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Le code des luthiers


Élisabeth Busser

Les luthiers de la maison parisienne Gand & Bernardel, célèbre dynastie de fabricants de violons de 1795 à la Seconde Guerre mondiale, avaient un code pour opérer, sur leurs bordereaux, en toute discrétion.


 

Les chiffres codés des luthiers

 

Jean-Philippe Echard, conservateur au Musée de la musique au sein de la Philharmonie de Paris, et Pierrick Gaudry, cryptographe et directeur de recherche au Laboratoire lorrain de recherche en informatique, ont étudié ces registres et décrypté le fameux code.

Sur les bordereaux figurent quatre mentions significatives : le prix d’acquisition ; le prix proposé à la vente ; le prix de réserve (en-dessous duquel le marchand refusera de descendre) ; et le montant final de la transaction. On lit par exemple sur le bordereau ci-contre :

 

 

Comme les chiffres comportaient en général un ou deux zéros à leur droite, on trouve que x et z codaient zéro. Pour le chiffre le plus à gauche, ce sont 1 ou 2 qui revenaient le plus souvent, ce qui donne déjà une idée. En tenant compte, enfin, des inégalités « prix d’acquisition < prix de réserve < montant de la transaction », le bon sens fait le reste. La clé a évidemment dix lettres et c’est, sans grande surprise, le mot « harmonieux ». Ainsi, h, a, r, m, o, n, i, e, u, x correspondent respectivement aux chiffres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 0. Le luthier pouvait encrypter et décrypter à vue ; il devait juste ne pas oublier que le z doublant le x était là pour tromper l’ennemi.