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L'équation de la gravité


Élisabeth Busser

Pour une fois qu'un économiste parle « équation », cela mérite qu'on s'y attarde


L’équation de la gravité

C’est Thomas Chaney, l’un des trois nommés pour le Prix du meilleur jeune économiste 2017, qui a osé s’y risquer. À 40 ans, ce professeur d’économie à Sciences Po Paris a été honoré pour son travail, dont il a rassemblé les résultats sous le titre l’Équation de la gravité en commerce international : une explication. Jan Tinbergen, qui a découvert incidemment cette fameuse « équation », s’est inspiré de la loi de la gravitation universelle de Newton pour décrire la dynamique des échanges entre deux pays. D’après cette loi, la force exercée par le corps B sur le corps A (et par le corps A sur le corps B) est donnée par

,

où G est l’accélération de la pesanteur, MA et MB les masses respectives des deux corps et d leur distance mutuelle.

En économie, cela devient, selon Tinbergen :

,

où X est le volume d’échanges entre deux pays A et B, de produits intérieurs bruts respectifs PIBA et PIBB, d leur distance mutuelle, G, , et  des constantes. Les études économétriques montrent que  et  sont stables et proches de 1, et les estimations suggèrent que l’exposant aussi. Ainsi, plus les partenaires économiques ont une taille importante, plus ils échangent entre eux, mais plus grande est leur distance, moins grands sont leurs échanges. Le travail de Thomas Chaney a consisté, en étudiant surtout les échanges commerciaux au royaume d’Assyrie au XIXe siècle avant J.-C., à montrer la pertinence de cette loi, puis à l’étendre aux pratiques commerciales d’aujourd’hui.