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Le rapport Villani sur l'IA


Élisabeth Busser

En mars dernier, le député et mathématicien Cédric Villani a dirigé la rédaction d'un rapport sur l'intelligence artificielle (IA), sorte de « feuille de route » sur l'actualité et l'avenir du sujet.



 

Ambition : une référence à l’échelle européenne


L’équipe emmenée par Cédric Villani n’a pas lésiné sur les moyens dans la préparation de son rapport, disponible à l’adresse https://www.aiforhumanity.fr : des centaines d’auditions d’experts, une prise en compte de nombreuses contributions citoyennes, un grand soin apporté à la qualité et à la clarté de la rédaction… Rigoureux dans les termes employés, didactique dans son exposition de la situation, ce long texte est assorti de cinq « focus » sectoriels : éducation, santé, agriculture, transport, défense et sécurité. Ce rapport est, nous disent ses auteurs, « rédigé pour conseiller le gouvernement avec l’action et l’efficacité en ligne de mire », avec l’ambition de constituer une référence à l’échelle européenne.
Il est également proposé de tripler d’ici 2020 le nombre de personnes formées à l’IA en France, ce qui imposera de créer des nouveaux cursus.
Enfin, le rapport préconise de pratiquer une politique audacieuse de féminisation du secteur de l’IA, en portant à 40 % d’ici 2020 la part des femmes dans ce domaine.

 

 

Le rôle des données

 

Une quarantaine de pages sont consacrées à la matière première de l’intelligence artificielle : les données. Le rapport préconise de favoriser leur accès à tous, et d’aider à leur circulation et leur partage en proposant la constitution de plateformes dédiées, en collaboration avec d’autres pays européens. Il est également préconisé de constituer un réseau de recherche d’excellence, doté de facilités spécifiques qui permettent de faire face à la fuite des cerveaux observée aujourd’hui aussi bien vers les grands organismes étrangers que vers les entreprises du secteur privé.
Enfin, le rapport ne méconnaît pas les questions éthiques posées par les transformations en profondeur que l’intelligence artificielle est susceptible de produire dans notre société.

 

 

Combien ça va coûter ?


Placé délibérément dans le temps de l’action et de l’efficacité, le rapport Villani fait quantité de propositions concrètes. Néanmoins, des questions demeurent. La première est celle des financements, tant des outils de calcul que des salaires, des coûts humains et sociaux engendrés par la transformation des conditions de travail, ou encore de la modification de l’enseignement. Alors que le rapport « France IA » de 2017 (disponible en ligne) était chiffré, celui-ci ne l’est pas : il reconnaît à de multiples reprises que les financements peuvent poser problème, sans jamais se montrer plus précis.
Le rapport semble aussi privilégier plus particulièrement l’amont, à savoir la recherche, aux dépens de l’aval, c’est-à-dire les retombées dans la société. Donner à tous une culture générale sur l’algorithmique dès le cours préparatoire est l’une des pistes évoquées pour implanter l’IA en France.
Concernant les données, thème abondamment traité, la proposition d’en ouvrir plus largement l’accès pourrait entrer en conflit avec la mise en place récente du règlement général sur la protection des données. Comment s’articuleront ces deux principes ?