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Trophées Tangente 2018


Les couronnés du 2 décembre

L'équipe de Tangente

Depuis le sacre de Napoléon en 1804, le 2 décembre est la date des couronnements. Voici ceux des nombreux lauréats 2018 des concours et prix décernés par le Club Tangente au musée des Arts et Métiers.


Rappelez-vous. Il y a un an, la remise des trophées Tangente au Palais du Luxembourg avait immédiatement suivi la journée des 30 ans de notre magazine, fêtée au musée des Arts et Métiers, gratuitement ouvert au public à cette occasion. Les deux évènements avaient eu un retentissement exceptionnel, et, chose remarquable, trois mille personnes s’étaient rendues au musée pour célébrer notre anniversaire.

De quoi donner envie de recommencer ! L’équipe du Club Tangente s’est remise au travail, en décidant, cette année, de regrouper les deux évènements. Une journée a donc été programmée au musée le dimanche 2 décembre, sur le thème de la relation des mathématiques avec la littérature, l’informatique et les jeux, une relation illustrée par les différents trophées remis en fin de journée.

Outre les expositions déjà présentes au musée (dont « Sous la surface, les maths », décrite dans Tangente 184, commentée toute la journée par son commissaire Olivier Druet et deux médiateurs), le programme a prévu des exposés, des signatures de livres, des ateliers de jeux, des contes mathématiques pour enfants, une rencontre d’enseignants… et, pour terminer, animée par le journaliste Mathieu Vidard, la remise des Trophées Tangente, dont le palmarès fait l’objet de cet article.

À tout seigneur, tout honneur ! Commençons donc par le plus ancien des trophées.

 

Prix Tangente du livre 2018  

L’art de ne pas dire n’importe quoi, de Jordan Ellenberg.

www.tropheestangente.com/palmares_2014.php

Le prix Tangente du livre et le prix Tangente des lycéens donnent l’occasion de mettre en valeur la littérature en lien avec les mathématiques, en récompensant des ouvrages culturels flattant le goût pour les maths et accessibles à un large public. On trouvera en troisième de couverture de ce numéro la plupart des livres primés des dernières années.

Pour le prix du livre, nos lecteurs internautes avaient fait, en votant, une présélection parmi les ouvrages parus dans les dix-huit derniers mois dont une note de lecture a été publiée dans Tangente. Leur choix était bon, puisque, aux dires des membres du jury, ce sont cinq ouvrages de qualité qu’ils avaient la tâche de départager.

 

Le jury du prix Tangente :
Bertrand Hauchecorne, Manon Gissot, Benoît Rittaud, Roger Mansuy, Mickaël Launay.

 

Parmi eux, deux récits romancés concernant des mathématiciens, deux ouvrages présentant divers amusements ou paradoxes tirés de jeux classiques ou de situations courantes, le dernier brossant un panorama des mathématiques et de leurs applications. Trois des cinq livres en lice ont été présentés à la journée Tangente dans l’amphithéâtre par leurs auteurs, qui se sont ensuite pliés à une séance de signature.

C’est d’ailleurs naturel pour Jean-Paul Delahaye, déjà lauréat du prix Tangente en 2014, dont le livre en compétition s’intitulait les Mathématiciens se plient au jeu (Belin, 2017). Un autre auteur avait déjà obtenu le Prix Tangente, Hervé Lehning, lauréat 2011, qui concourait avec Toutes les mathématiques du monde (Flammarion, 2017). Le troisième livre nominé exposé par ses auteurs était Je suis… Sophie Germain, d’Anne Boyé et Christine Charretton, aux Éditions Jacques André.

Le prix Tangente a été attribué à l’Art de ne pas dire n’importe quoi, de Jordan Ellenberg, traduit en français par Françoise Bouillot et paru aux Éditions Cassini. Ce mathématicien américain est un habitué des chroniques scientifiques, en particulier dans le New York Times et le Washington Post.

L’ouvrage est certes imposant (près de cinq cents pages), mais son style léger en rend la lecture agréable, tant pour le néophyte que pour le spécialiste. Il aborde des thèmes de la vie courante allant des plus sérieux aux plus anecdotiques. À l’opposé d’un cours, le ton n’est en rien professoral, mais se rapprocherait plus d’une causerie. Ellenberg possède une prudence méthodologique et utilise les maths comme outil de compréhension de la société. Le lecteur français pourra découvrir le regard caustique de l’auteur sur la société américaine et quelques-uns de ses travers. Il sera aussi amusé par certains titres originaux comme « L’opinion publique n’existe pas ». Peut-être ce livre l’aidera-il à peser ses arguments pour ne plus dire n’importe quoi ? C’est en tout cas le but recherché.

Le jury a accordé en outre une mention au livre les Refus de Grigori Perelman, de Philippe Zaouati, aux Éditions Pippa. Ce petit ouvrage de lecture facile raconte la rencontre du chercheur russe et de John Ball, président de l’Union mathématique internationale, tentant de convaincre Perelman d’accepter la médaille Fields 2006. Comme le dit Fabien Aoustin dans la note de lecture qui lui a été consacrée dans Tangente 183, le face-à-face entre les deux hommes est tour à tour tendu, exalté, complice… L’auteur imagine les propos échangés à travers les ponts et les rues de la mythique cité de Pierre le Grand, Saint-Pétersbourg.

 

Prix Tangente des lycéens 2018

Le grand roman des maths, de Mickaël Launay.

 

 

 

 

 

Les élèves du lycée

Sainte-Thècle de Chamalières 

(Puy-de-Dôme) 

pour leur traditionnel

pique-nique littéraire.

 

 

 

 

Le prix Tangente des lycéens est décerné par les élèves d’une vingtaine de lycées qui lisent les dix livres présélectionnés tout au long de l’année scolaire, puis votent pour celui qu’ils préfèrent.

On connaissait ainsi le lauréat 2018 depuis juin dernier, Mickaël Launay, pour son livre le Grand Roman des maths (Flammarion, 2016, voir la note de lecture dans Tangente 174). Il avait déjà remporté, pour le même ouvrage, le prix Tangente du livre en 2017, montant par là qu’il sait passionner un très large public ! C’est d’ailleurs ce que fait au quotidien ce YouTuber, bien connu des internautes grâce à sa chaîne de vulgarisation mathématique Micmaths.

Nous avons recueilli l’avis d’élèves du lycée Jeanne-d’Arc de Bayeux (Calvados) : « On entend souvent parler des calculs, des dernières recherches, dernières découvertes, mais on ne sait pas vraiment comment on en est arrivé là. Voilà un livre clair et intéressant qui nous montre comment les maths ont évolué depuis l’aube des temps. »

Deux mentions ont également été attribuées. La Formule préférée du professeur, (Actes Sud, 2008) de l’écrivaine japonaise Yoko Ogawa, raconte les liens d’amitiés qui se tissent entre un ancien mathématicien dont, suite à un accident, la mémoire est limitée à quatre-vingt-dix minutes, et son aide ménagère. Paru pour la première fois au Japon en 2003, le roman a été adapté au cinéma en 2006 par le réalisateur Takashi Koizumi. Le film n’est malheureusement jamais sorti en France. « Ce roman présente des personnages attachants. La vision des mathématiques est originale et nous apprend des choses sur la vie quotidienne. Cela amène à réfléchir sur ce qui nous entoure », ont commenté les élèves du lycée Georges-Clémenceau de Nantes (Loire-Atlantique).

Mathématiques du crime (Robert Laffont, 2008), de l’écrivain et mathématicien argentin Guillermo Martinez (voir la note de lecture dans Tangente 183), est un thriller mêlant, pour les besoins d’une enquête policière, la logique, les travaux de Kurt Gödel et Ludwig Wittgenstein, la démonstration du dernier théorème de Fermat, et même les sectes pythagoriciennes, tenant le lecteur en haleine jusqu’au dénouement final. Le livre a été adapté au cinéma par Álex de la Iglesia sous le titre Crimes à Oxford.

Prix du meilleur article : un prix et une mention

Le prix du meilleur article récompense un projet d’article « dans le style de Tangente », tant pour son thème (la culture mathématique destinée à un large public) que son style (vivant et non scolaire) ou sa longueur (entre deux et quatre pages). Le prix 2018 a été attribué à Clément Lelièvre (photo ci-dessus) pour les Hallucinantes Propriétés de l’infini, qui s’intéresse plus particulièrement à la série harmonique (Σ 1 /n), divergente, et à la série alternée correspondante (Σ (-1)n/n), qui, elle, converge. Chose extraordi-naire : en réarrangeant astucieusement les termes de cette dernière, on peut faire atteindre à sa somme n’importe quel nombre donné !

Une mention a été attribuée à Daniel Bouix pour l’article Combien de couleurs pour colorier les pavés d’un plan ?. Restant dans le thème qui a conduit au théorème des quatre couleurs, l’auteur adopte la démarche inverse : quels sont les pavages plans qui peuvent se colorier avec trois couleurs ? Il expose plusieurs pistes de réflexions ainsi qu’une méthode qui étend une propriété locale à l’ensemble du plan. Le lecteur, quel que soit son niveau, aura envie de se lancer lui aussi dans la recherche…

Le public découvrira prochainement ces articles dans les colonnes de Tangente, mais aussi sur les sites des partenaires de ce prix, CultureMath (culturemath.ens.fr) et l’APMEP (apmep.fr).

 

Le prix Novelli attribué à deux jeunes filles

Le prix Bernard-Novelli, qui récompense un programme informatique de jeu autour des mathématiques, a quant à lui pour partenaires les calculatrices Casio, ainsi que la SIF (Société informatique de France). Pour la première fois, il a été attribué à un groupe formé de deux jeunes filles, Géraldine Faure et Julie Callendret (avec des illustrations de Marion Callendret, sœur de Julie), pour le « jeu du Hobbit » (voir FOCUS « Prix Novelli : le Hobbit »).

Ce jeu, dont le programme en Python compte 693 lignes de programmation bien commentées, possède un design épuré et agréable, mais surtout un fond mathématique : pour les joueurs, du calcul mental pour trouver la meilleure solution, et, de la part des créatrices, l’appel au triangle de Pascal et aux coefficients binomiaux pour calculer les meilleurs chemins (le but du jeu) en partant de la dernière case, puis, grâce à la récursivité, en remontant à la première.

Le prix Novelli franchit cette année un cap, avec la possibilité pour les établissements scolaires de s’y inscrire et de faire participer leurs élèves. Il leur suffit d’envoyer un mail à Tropheestangente@yahoo.fr avant le 15 janvier 2019.

Le thème de la règle du jeu, ainsi que le langage de programmation seront alors fixés librement par les professeurs organisateurs. 

À l’issue de l’encadrement des projets, les enseignants sélectionneront un à trois dossiers qui représenteront l’établissement lors de la réunion du jury national. 

Les dix premiers lycées qui s’inscriront pour l’année scolaire 2018–2019 et choisiront le langage Python recevront gratuitement une calculatrice CASIO Graph 90 + E.

Naturellement, il est toujours possible pour les jeunes de s’inscrire en candidats libres, individuellement ou en groupe, en se préinscrivant sur le site :
www.tropheestangente.com.

 

Concours Affaire de Logique

Pour fêter la millième rubrique hebdomadaire « Affaire de logique » dans Le Monde, un concours avait été organisé l’an dernier. Devant son succès, il a été décidé de le rééditer et de l’inclure dans les Trophées Tangente.

Cette fois, seuls huit problèmes ont été posés (il y en avait vingt-cinq l’an dernier). Deux catégories ont été créées, les « amateurs » et les « experts », un prix récompensant chaque catégorie. Mais voilà, vous êtes trop forts ! Vingt-cinq ex-aequo ont obtenu le maximum de points chez les « experts », quatre chez les « amateurs ».

La question subsidiaire, autoréférente, consistait à indiquer le nombre le moins choisi par les « amateurs » (parmi les entiers de 1 à 20) et le nombre le moins choisi par les « experts » (parmi les entiers de 1 à 30). Le hasard fait bien les choses ! Voici les votes (cumulés amateurs + experts) respectifs pour chacun des nombres.

 

Malgré cette question double, deux « experts » ont encore obtenu le maximum. Deux prix ont donc été attribués, à Pierre Parodi et Christophe Luppens. Frédéric Gloannec a rémporté, quant à lui, le premier prix de la catégorie « amateurs ». Pour chaque trophée, des œuvres d’art mathématique ont été décernées : art fractal avec Jérémie Brunet, art vectoriel avec Scowcza, gravures de surfaces 3D avec Patrice Jeener, photographies avec Denise Demaret-Pranville et Claudine Cochet.