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Trois mathématiciens récompensés


Élisabeth Busser

Le prix L'Oréal-Unesco pour les femmes et la science 2019 a été attribué à Claire Voisin et Ingrid Daubechies. Au même moment, le prestigieux prix Wolf a été décerné à Jean-François Le Gall.


Claire Voisin, experte de la théorie de Hodge

 


 

Le prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science récompense chaque année cinq scientifiques exceptionnelles travaillant chacune dans l’une des cinq régions du monde. Pour sa vingt-et-unième édition, le prix a décidé d’ouvrir les candidatures aux mathématiques et aux sciences informatiques. Deux mathématiciennes, Ingrid Daubechies (pour l’Amérique du Nord, voir ci-dessous) et Claire Voisin (pour l’Europe) sont récompensées. Les noms des lauréates ont été publiés lors de la Journée internationale des femmes et des filles en sciences, le 11 février.

Médaille d’or du CNRS en 2016 et première mathématicienne à entrer au Collège de France comme titulaire de la chaire de géométrie algébrique, Claire Voisin ne compte plus les distinctions.
Le prix qu’elle vient d’obtenir montre combien son rayonnement à l’international est exceptionnel. Cette mathématicienne française, qui a commencé sa carrière en 1986 au CNRS, s’est très vite passionnée pour la théorie de Hodge (un outil qui permet d’étudier la topologie des variétés algébriques complexes). Elle a construit en 2002 des contre-exemples potentiels à la conjecture de Hodge, l’un des sept « problèmes du millénaire ».

D’autres résultats sont à mettre à son actif : une démonstration dans des cas particuliers de la conjecture de Green (sur le prolongement de certaines courbes), des travaux sur la symétrie-miroir et sur le théorème de plongement de Kodaira, dont elle a démontré qu’il n’est pas généralisable à toute dimension. Jetant des ponts entre la géométrie algébrique, la topologie et l’analyse complexe, Claire Voisin a, par ses découvertes pionnières, permis de résoudre nombre de questions fondamentales.

 

Jean-François Le Gall, à la frontière  entre EDP et probabilités 


 

Le prix Wolf, qui récompense chaque année depuis 1978 d’éminents chercheurs dans des domaines scientifiques ou artistiques, a été cette année attribué au mathématicien Jean-François Le Gall (université Paris-Sud) pour ses travaux « profonds et élégants » sur les processus stochastiques. Il partage cette distinction avec l’Américain Gregory Francis Lawler, de l’université de Chicago. Les recherches du Français se placent dans la théorie moderne des probabilités. Ses travaux sur le mouvement brownien lui ont permis de découvrir certaines propriétés surprenantes des points visités plusieurs fois au cours d’un tel mouvement. Dans les processus aléatoires décrivant l’évolution de populations de particules soumises à la fois à une reproduction aléatoire et à un déplacement brownien dans l’espace, il a établi des liens entre cette étude probabiliste et la théorie des équations aux dérivées partielles (EDP), mais s’intéresse plus particulièrement aujourd’hui aux grands graphes aléatoires dessinés dans le plan.

 

Ingrid Daubechies, spécialiste des ondelettes

 


 

Ingrid Daubechies, physicienne et mathématicienne américaine d’origine belge à la carrière prestigieuse (elle fut la première femme professeure de mathématiques à l’université de Princeton, New Jersey, et la première présidente de l’Union mathématique internationale), partage avec Claire Voisin le prix L’Oréal-Unesco (voir ci-dessus). Elle est récompensée pour le développement d’approches informatiques de pointe éclairant d’un jour nouveau notre compréhension des systèmes nanoscopiques. Sa thèse en physique théorique achevée en 1980, Daubechies a très vite travaillé sur une amélioration de l’analyse de Fourier. Intervenant à plusieurs reprises au cours de l’élaboration de la théorie des ondelettes, elle construit en 1989 des bases orthonormées à support compact, les ondelettes de Daubechies, qui amèneront à la mise au point d’une technique efficace de compression d’image, ce qui conduira au standard JPEG 2000.