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La théière de Bertrand Russell


Daniel Justens

On entend souvent l'expression « absence de preuves n'est pas preuve de l'absence ». Cette proposition est ambiguë : bon nombre d'affirmations fantaisistes ne sont pas réfutables.


Le mathématicien et philosophe Bertrand Russell en a proposé un exemple admirable dans un article (refusé à l’époque) daté de 1952, et intitulé Is there a God ?.

« Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars se trouve une théière de porcelaine en orbite elliptique autour du Soleil, personne ne serait capable de prouver le contraire, pour peu que j’aie pris la précaution de préciser que la théière est trop petite pour être détectée par nos plus puissants télescopes. Mais si j’affirmais que, comme ma proposition ne peut être réfutée, il n’est pas tolérable pour la raison humaine d’en douter, on me considérerait aussitôt comme un illuminé.

Cependant, si l’existence de cette théière était décrite dans des livres anciens, enseignée comme une vérité sacrée tous les dimanches et inculquée aux enfants à l’école, alors toute hésitation à croire en son existence deviendrait un signe d’excentricité et vaudrait au sceptique les soins d’un psychiatre à une époque éclairée, ou de l’Inquisiteur en des temps plus anciens. »