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Arata Isokazi, prix Pritzker 2019


Élisabeth Busser

L'architecte japonais Arata Isokazi vient d'obtenir le prix Pritzker, véritable « prix Nobel d'architecture ».


L’imagination récompensée

 

L’homme de 87 ans, qui est aussi designer, urbaniste et théoricien, voit ici récompensée l’œuvre d’imagination de toute une vie. Renouvelant sans cesse ses sources d’inspiration et ses techniques de construction, il a traversé tous les styles, du béton brut aux formes futuristes. Toujours avec des bâtiments d’apparence géométrique simple, il a su valoriser les profils triangulaires ou cubiques et les jeux d’ombre et de lumière. Quoi de plus sobre en effet que la forme quasi torique du Lucerne Festival Ark Nova, structure gonflable conçue avec l’artiste indien Anish Kapoor pour un concert éphémère en l’honneur des victimes de Fukushima ? Quoi de plus épuré que cette « rhétorique du cylindre », selon ses propres termes, qui a présidé à la conception du musée d’art contemporain de Los Angeles ?

 



 

Pour les amateurs de belle géométrie

 

La création architecturale d’Arata Isokazi comporte des bâtiments faisant parfois appel à des particularités que seuls les géomètres peuvent apprécier. Il en va ainsi de la structure de l’Art Tower Mito, complexe d’art situé dans la ville japonaise de Mito, à environ trente kilomètres de Tokyo. La partie la plus spectaculaire de cet ensemble est sa tour offrant sur 100 m de haut un assemblage de vingt-huit tétraèdres connu des spécialistes sous le nom d’hélice de Boerdyk–Coxeter, que Buckminster Fuller nomme aussi tetrahelix. Les arêtes des tétraèdres forment trois hélices entrelacées, leurs sommets étant tous situés à la surface d’un cylindre ; la structure ne se reproduit ni par translation, ni par rotation autour de l’axe du cylindre.

 

Tradition et culture locale

Toujours soucieux d’être en phase avec la culture locale, Arata Isozaki, en concevant le Liberal Arts and Sciences Building du Centre dédié à l’éducation de Doha au Qatar, s’est inspiré des mosaïques traditionnelles arabes pour sa décoration. Ne laissant rien au hasard, il a convoqué la géométrie pour la précision toute mathématique du pavage de façade.