Quelques autoréférences textuelles


Éric Angelini

Les jeux avec le langage sont un terrain de choix pour l'autoréférence. On en trouve dans les ouvrages de Douglas Hofstadter (voir Tangente 131, 2009, et Tangente 154, 2013) et dans moult travaux anonymes (trouvés sur la Toile par exemple), apocryphes ou bien attestés. En voici un florilège.


Avec Douglas Hofstadter

À tout seigneur, tout honneur. Hofstadter s’écrie « J’espère que mon vœu ne sera pas exaucé ! », et énonce la loi d’Hofstadter, selon laquelle « les choses prennent toujours plus de temps que prévu, même en tenant compte de la loi d’Hofstadter ».

À la question : « Votre maison brûle et vous ne pouvez sauver qu’une seule chose : qu’emportez-vous ? », Jean Cocteau répond : « Le feu ! »

Albert Einstein s’étonnait au sujet de l’univers : « Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible. »

Références :

Gödel, Escher, Bach : les brins d’une guirlande éternelle. Douglas Hofstadter,
  Dunod, 2008.

Ma thémagie. Douglas Hofstadter, Intereditions, 1997.

 

Dans la littérature

Les jeux autoréférents avec des lettres foisonnent. « Je dois en toute hâte enfoncer avec le pouce des “a” et des “ou” dans mes trtes avant de les enfourner » s’amuse l’écrivain Éric Chevillard. Il se souvient également que, « enfant cruel, [il] arrach[ait] les ailes des ibeues ». Il aborde par ailleurs la topologie dans cette citation : « Le long couloir de l’hôpital psychiatrique débouche sur un long couloir qui conduit à un long couloir menant droit à un long couloir au bout duquel enfin vous voilà fou. » Enfin, il nous gratifie d’une réflexion surréaliste, voire absurde, avec « le médecin légiste mourut à son tour, sans savoir où, quand, comment ni pourquoi ».

Le comédien américain Groucho Marx était-il amateur de paradoxes ensemblistes, lui qui affirmait « pour rien au monde je ne voudrais appartenir à un club qui m’accepterait pour membre » ? Le psychiatre suisse Carl Jung appréciait-il la dualité, quand il faisait ce bon mot : « Je suis schizophrène et moi aussi » ? On peut d’ailleurs se poser la même question au sujet de Montaigne, qui a pu écrire « je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre ne m’a fait ». 

L’humoriste Pierre Dac, enfin, nous a gratifiés d’un sublime et arithmétique « on a beau intervertir l’ordre des facteurs, le courrier n’arrive pas plus vite »

 

C’est l’histoire d’une phrase…

Douglas Hofstadter, toujours lui, n’a cessé de triturer les phrases en tous sens. Une première réflexion est que « cette phrase vous a changé : vous ne pouvez pas ne pas l’avoir lue ». On lui doit quelques pépites : « Il ma que des let res pour bien lire c tte ph ase » ou encore « L’aposiopèse est l’interruption soudaine d’une phra ».

La logique n’est pas en reste ! En effet : « Cette phrase ne vous évoque-t-elle pas Agatha Christie ? » Et que dire de « alphabétique cette de Les mots ordre par phrase rangés sont. » ? C’est tout aussi implacable que « Les mots de cette phrase ne sont pas rangés par ordre alphabétique. » ou que « Je suis la littérale traduction d’une anglaise phrase. »

Plus combinatoires et gourmands (du moins pour un Américain…) sont les énoncés « Voici un hamburger avec des voyelles, des consonnes, des virgules et un point final. » et « Voici une phrase avecoignons”,salade”, tomates” etquelques frites” ». Si cela vous a ouvert l’appétit, alors songez que « cette phrase comporte une faute vers la faim ».

 

Références :

Je suis une boucle étrange. Douglas Hofstadter, Dunod, 2008.

L’analogie, cœur de la pensée. Douglas Hofstadter et Emmanuel Sander, Odile Jacob, 2013.