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Pour partager la poésie des nombres

Élisabeth Busser



L'éternité dans une heure

D. Tammet
Les Arènes
2013

« Faire tenir l’infini dans la paume de sa main / Et l’éternité dans une heure. » Ce sont ces vers du poète britannique de la fin du XVIIIe siècle William Blake qui ont inspiré à Daniel Tammet le titre de ce livre délicat qui parle si bien de mathématiques. Et pourtant l’auteur n’est pas mathématicien ; il fuit, dit-il, l’algèbre et ses « débris lexicographiques, tous ces x, ces y et ces z », mais il est habité par les nombres et se considère lui-même comme « artiste numérique ». Autiste atteint du syndrome d’Asperger, il a des nombres une vision colorée et poétique qu’il sait nous transmettre à sa façon. Il pose à propos de tout et de rien des questions aussi pertinentes que naïves. Sur les nombres négatifs, par exemple : « À quoi bon soustraire quelque chose de rien ? », sur la découverte du zéro, la « présence de l’absence » : « Comment ce chiffre nouveau et paradoxal a-t-il pu guider la réflexion de William Shakespeare ? » Il fait même parfois les questions et les réponses : « À quoi ressemblerait un monde sans neige ? […] Ce serait comme un monde sans nombres. »

Les nombres, toujours les nombres, omniprésents dans l’imaginaire de Tammet, semblent être son unique préoccupation. Il en aime certains plus que d’autres, le nombre π par exemple a tellement sa faveur qu’il est capable, « s’enfonçant de plus en plus dans le nombre », de passer cinq heures neuf minutes, au musée d’Oxford, où, dit-il, « l’éternité a rendu visite », à en réciter vingt-deux mille cinq cent quatorze décimales ! Les nombres ont forgé son univers, celui qu’il nous fait découvrir dans les vingt-cinq chapitres de son livre, autant d’essais indépendants et originaux qui nous feront voyager à travers l’invisible. C’est cet invisible que, selon lui, le mathématicien est parfois capable d’apercevoir, pour « transformer l’obscurité en lumière » et que la lecture de ce livre nous permettra peut-être d’atteindre l’espace de quelques instants.



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