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Pythagore : ce que l'on sait vraiment

Élisabeth Busser



Le dossier Pythagore

Pierre Brémaud
Ellipses
2010

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 « Cet essai n’est pas une étude savante », prévient d’emblée Pierre Brémaud. Ce dernier nous dit juste avoir voulu « réunir et commenter les pièces du “dossier Pythagore” éparpillées dans les ouvrages de spécialistes », afin de dissiper les divers brouillards qui entourent l’existence et l’œuvre de Pythagore. Il cite pêle-mêle le brouillard de la légende, celui de l’allergie chrétienne au rationalisme, celui de la « Quellesforschung » (critique des sources) qui a prévalu au XIXe siècle, celui de la méfiance des mathématiciens, celui enfin de la dévotion aveugle des contemplateurs du nombre d’or. L’auteur réussit parfaitement, au cours des dix chapitres de cet ouvrage, à dissiper ces multiples brouillards.

Dans les deux premiers chapitres, il campe le décor historique et sociologique de la vie de Pythagore, l’enfant « annoncé par la Pythie », compte tenu de l’imprécision de certaines sources. Les trois chapitres suivants sont consacrés à la doctrine initiée par Pythagore, considéré de son vivant comme l’égal d’un dieu, puis mis en cause, pourchassé, ainsi que ses adeptes, souvent considérés comme des « philosophes en loques », mais dont l’influence sur des penseurs comme Platon ou Socrate est reconnue. On suit avec intérêt l’évolution des relations entre pythagoriciens et chrétiens, les liens avec la franc-maçonnerie, utilisant dans ses représentations les symboles même de la géométrie pythagoricienne. Les trois chapitres de la suite traitent de domaines qui nous sont plus familiers : Pythagore et la musique, Pythagore et les nombres, Pythagore et « le » fameux théorème, alors déjà connu depuis plusieurs siècles, mais dont les pythagoriciens auraient pu apporter la preuve. Les deux derniers chapitres sont consacrés, l’un à la conception astronomique pythagoricienne, l’autre à ce que Pierre Brémaud appelle un « folklore tardif autour du nom de Pythagore », à savoir le nombre d’or.

Quand bien même Pythagore n’aurait laissé dans notre conscience collective que le nom d’un seul théorème, le « mythe » Pythagore demeure et ce livre très documenté, assorti d’une iconographie originale et d’une riche bibliographie, nous aide à la décrypter. Mais l’ouvrage est plus riche encore : si on imagine bien l’influence de Pythagore sur Euclide, on la découvre sur Kepler et Newton, on découvre aussi les liens possibles de Pythagore avec le judaïsme et la Cabale. Qui eût dit que Mozart lui-même, dans l’une de ses sérénades, le Rêve de Scipion, composerait un véritable hymne à Pythagore, « le sage de Samos » ?



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