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Le roman impitoyable d'un géomètre attachant et toxique

Élisabeth Busser



Méandre

Y HUGUES
stock
2014

48°50’20,91 de latitude Nord, 2° 20’ 17,51 de longitude Est, telles sont les coordonnées GPS du lieu de naissance de Mortimer, le personnage principal de Méandre. Ces chiffres posent le problème de cet autiste Asperger et nous font sentir dès les premières pages de ce roman tout le malaise de sa vie. Bébé, il n’a jamais « su » sa mère ; enfant, il ne savait pas lire l’expression sur un visage, pas même du sien dans un miroir ; adulte, il aime mieux les poules que les chiens – car « c’est plus neutre », dit-il – et comprend visiblement mieux les chants des oiseaux que la voix des humains. Aucune émotion ne semble l’affecter, si ce n’est celle des chiffres. Hanté par les coordonnées géographiques, il repère avec une précision suspecte celles de tous les lieux où il passe, maniaque des horaires du train dont les roues tournent – a-t- il calculé – 43 816,5 fois entre Rouen et Caen. Il pratique quotidiennement Pascal, sa géométrie de la cycloïde, et observe de manière obsessionnelle les propriétés des trajectoires paraboliques des volants de badminton. Page après page, le malaise s’aggrave, en le voyant chaque jour nager de manière compulsive dans un méandre de la Seine, puis décider de vivre cinq jours les yeux fermés pour « mieux saisir le monde avec son corps », ou tuer et plumer de ses mains des dizaines d’oies pour fabriquer avec leurs plumes des volants aux trajectoires parfaites qu’il teste avec précision. Cette glissade sur la pente de la folie douce ne s’arrêtera qu’en catastrophe à la dernière ligne de la dernière page, gâchant la sympathie que l’on aurait pu éprouver pour cet être attachant mais toxique malgré son amour des chiffres, de Pascal et de la géométrie.



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