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Une belle histoire
30 ans de vulgarisation intelligente


Élisabeth Busser

Qui aurait parié, en 1987, quand quelques passionnés ont eu l'idée saugrenue de créer un magazine professionnel consacré à la place des mathématiques dans le monde, que Tangente existerait encore trente ans plus tard et deviendrait la référence universelle en matière de culture mathématique ?


Des maths, rien que des articles autour des maths dans un magazine, vous n’y pensez-pas ? Il s’appelle Tangente ? De quoi faire fuir… Pourtant, trente ans plus tard, l’aventure continue !

Tout remonte à 1987, un petit groupe de « fondus des maths » à l’imagination fertile lance la première revue grand public exclusivement consacrée à la culture mathématique. Un pari osé, qui déjà fleure bon l’inconnu puisqu’elle a pour nom « Tangente, l’aventure mathématique ».

Elle a depuis essaimé en une galaxie de publications diverses, gravitant toutes autour des mathématiques et des jeux. 


Mon premier « Tangente »

Au départ, des acteurs issus de tous horizons (voir encadré) se sont regroupés pour imaginer la ligne éditoriale de cet objet insolite que pouvait être un magazine de mathématiques culturelles. En regroupant leurs forces et leurs publics, ces acteurs ont fait que le numéro 1 avait été commandé par mille personnes avant même de paraître.

Tenir entre ses mains le tout premier numéro est émouvant à plus d’un titre : couverture en couleur, papier glacé mais mise en page pas très sophistiquée, en deux couleurs seulement. Le sommaire, peu détaillé, s’inscrit en énormes caractères, comme si on craignait qu’il passe inaperçu. En revanche, sur une cinquantaine de pages, comme aujourd’hui, les contenus sont déjà structurés en rubriques dont les thèmes ont peu changé aujourd’hui, ce qui prouve que la formule a fait ses preuves : « Passerelles », une des « marques de fabrique » du magazine, montre combien les mathématiques font partie de la culture et peuvent embrasser des champs très divers ; « Savoirs » rappelle des résultats mathématiques, classiques ou plus récents, en les « racontant » ; « Actions », parle de l’implication des maths dans de nombreux domaines ; « Jeux et Problèmes » fait la part belle aux défis ; sans oublier la double page consacrée à la courbe du mois, la fameuse « Playmath » de l’adorable Tonton Lulu. Des « Brèves » d’actualité viennent émailler le tout, des « Notes de lecture » rendent compte des publications récentes. On donne même, à la fin du numéro, le sommaire du prochain.

On rencontre aussi, au hasard de ce numéro-souvenir, quelques passages prêtant à la nostalgie : la « notation polonaise inverse » des premières calculatrices programmables HP, l’inauguration chez Hatier du premier serveur « Depann’Lycéen » sur Minitel.


Tangente, les mathématiques buissonnières

Mais si Tangente fait partie de la « génération Y », il a grandi et évolué, et, de revue pour lycéens s’est transformé, dans sa structure et dans son mode de diffusion, en un véritable magazine pour tout public. « Actions garanties, voyage en 1ère et 2ème classe, passerelles de premier choix, réductions sur les longues distances, 5 000 réservations, mais encore de la place » annonçait avec humour le numéro 5. Le pari a été tenu et, si la publication s’est peu à peu transformée, l’esprit « mathématiques buissonnières » de Tangente ne s’est pas émoussé au fil des ans. De même que la rencontre, dans son numéro 2, de l’écrivain  Michel Tournier pour évoquer avec lui son attirance pour les nombres, Tangente n’hésitera pas à présenter des dossiers comme « Maths et sports » (n°168), « Mathématiques et Lumière » (n°164) ou, tout récemment, « Mathématiques et Cinéma » (n°178).

C’est cet éclectisme qui a fait évoluer la revue, dans sa forme et dans ses contenus. Toujours bimestriel, le magazine change de maquette et passe à la quadrichromie dès le numéro 75 de juin-juillet 2000, dans lequel les surfaces sculptées de Philippe Charbonneau font merveille. Apparaissent aussi au sommaire les « dossiers » consacrés à des  thèmes aussi différents que « Le Paris insolite des mathématiques » ou « Où sont les femmes ? ». 2000, année mondiale des mathématiques, marque le début de la diffusion en kiosques. Tout entier organisé en « dossiers », on y retrouve toujours « Passerelles » et « Savoirs ». Les couvertures, au design soigné, sont de plus en plus colorées et attractives : une vraie revue de pros !

Pour ses 20 ans, célébrés durant trois jours à la Mairie du Ve arrondissement, Tangente change de « look » avec le numéro 118 : nouvelle maquette, onglets de couleur identifiant en couverture les passages remarquables, présentation à la fois plus sobre et plus esthétique, faisant la part belle aux illustrations artistement disposées. Mieux encore, depuis avril 2016, avec le n°169, la version numérique de Tangente est en ligne. Que d’idées neuves, que de voies ouvertes vers des horizons inattendus, et, pour les numéros à venir, que de plaisirs mathématiques en perspective !