L’usage d’un pseudonyme masculin est une chose qui devient fréquente à partir de la Révolution. C’est la stratégie adoptée par Sophie Germain dont on fête cette année le 250e anniversaire. Sa correspondance avec Gauss, où elle finit par avouer son identité, montre l’admiration d’autant plus grande qu’elle suscite.

Si la reconnaissance des femmes mathématiciennes n’a jamais été une évidence, au moins œuvraient-elles sous leur propre nom. Ou bien lorsque ce n’était pas le cas, elles utilisaient un pseudonyme pour éviter de mêler leur nom nobiliaire à des activités qui auraient pu nuire à leur rang. Ainsi, utiliser un pseudonyme masculin est très rare avant la Révolution (voir l'article « La reconnaissance des savantes des Lumières »). 

En revanche, après la Révolution, les choses se compliquent pour les femmes : le peu de liberté que certaines d’entres elles (issues de la noblesse ou de la grande bourgeoisie) avaient se réduit quasiment à néant. Olympe de Gouges ne manque pas, parmi tant d’autres, de le dénoncer : « Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l’homme. »

De fait, la bourgeoisie qui prend les rênes après la Révolution érige un principe nouveau : puisque, sous l’Ancien Régime, les nobles n’avaient pas le droit de travailler (s’ils travaillaient autre chose que la terre, ils perdaient leur titre de noblesse), et puisque ... Lire la suite


références

- Œuvres philosophiques de Sophie Germain ; suivies de pensées et de lettres inédites. Hippolyte Stupuy (éd.), Firmin-Didot, 1896.

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