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En 2013, Karol Beffa, compositeur et pianiste improvisateur, titulaire d'une chaire au Collège de France, organise une conférence. Celle-ci vise à démontrer, exemples à l'appui, la permanence du système tonal, ou néo-tonal, et les errements d'un système atonal, jugé dogmatique, inapte à l'appréhension auditive, et obsolète à ses yeux.


Effectivement, si l’on change une note à une sérénade de Mozart, la plupart des auditeurs vont le percevoir ; si l’interprète fait une « fausse note » dans une composition atonale sérielle, seules quelques oreilles expertes et très exercées vont la détecter.

Aussitôt, Philippe Manoury (qui a pratiqué le sérialisme) et Pascal Dusapin (qui connaît son histoire de la musique) répliquent vertement, rejoignant presque Schoenberg, qui déclarait : « Il n’y a plus de bonne musique à composer en ut majeur ! »

On croyait ces polémiques éteintes depuis longtemps : la musique atonale a conquis ses galons, mais elle ne règne pas sans partage. Karol Beffa estime même qu’elle s’éteindra d’elle-même lorsque les financements publics et subventions aux artistes sériels se tariront (Les Coulisses de la création, avec Cédric Villani, Flammarion, 2015). Quant aux compositeurs tonaux, ils ne se portent pas si mal : Steve Reich, l’un des pionniers de la musique minimaliste, est à l’origine de tout un mouvement répétitif. Arvo Pärt séduit dans un langage modal archaïsant. Étienne Perruchon submerge invariablement d’émotion les auditeurs avec sa grande suite Dogora (Naive, 2004) et l’ensemble de ses « suites dogoriennes ».

Ne peut-on à la fois apprécier un Alban Berg heureux avec la série, et un Henri Dutilleux rétif à tout système ?