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Des histoires de dés


Gianni Sarcone

Une petite histoire des dés

Historiquement parlant, on retrouve le concept du dé à jouer sur tous les continents : auprès des cultures précolombiennes, en Asie, en Afrique, dans les îles du Pacifique… Dans l'Antiquité, les dés à jouer étaient généralement fabriqués en ivoire, en os, en bois ou encore en pierre. Ce sont les Mésopotamiens qui ont perfectionné l'apparence des dés en rendant plus cubiques les astragales, leurs ancêtres, et en marquant les faces avec des points. Toutefois, nos dés actuels sont un héritage des anciens Étrusques et avaient la caractéristique suivante :

a) Le nombre de points sur chaque face et son opposé donne comme somme 7 (1–6, 2–5, et 3–4) ; 

b) Un autre arrangement qui se rencontre souvent sur les dés étrusques gravés en chiffres est celui d'une disposition « ascendante » (1–2, 3–4, et 5–6).

Nos dés actuels ont gardé la première caractéristique. 

 

Un mystère résolu grâce aux dés

Regardons de près un artéfact étrusque conservé à la Bibliothèque nationale de France, dont le numéro d'inventaire est Luynes 816 (d'après son généreux donateur Honoré Théodoric d'Albert, duc de Luynes). Ce simple dé en ivoire a la particularité d'avoir le nom des chiffres – au lieu de simples chiffres ou points – gravés en caractères étrusques sur les six faces. Ce sont ces inscriptions particulières qui ont servi à la reconstitution des six premiers numéraux étrusques.

 Observons le développement sur le plan des six faces de ce dé avec les inscriptions, mises en évidence et transcrites avec leur valeur correspondante en chiffres (les Étrusques écrivaient de droite à gauche). Grâce aux caractéristiques communes aux dés (voir ci-contre), les archéologues ont pu déduire le nom des six premiers chiffres. Ils n'étaient en désaccord que sur le nom à attribuer aux chiffres 4 et 6 (sha ou bien huth ?). Une équipe de chercheurs italiens ont étudié statistiquement quatre-vingt-treize dés étrusques. Ils ont constaté que le chiffre 3 se trouve invariablement opposé au 4. Ainsi, par élimination, 4 ne pouvait que correspondre à sha, et donc huth doit être attribué à 6.

 

 

     

 

 

Note : les Étrusques écrivaient de droite à gauche

 

 

Les Étrusques ont aussi légué leur manière particulière de compter aux Romains, à savoir la pratique de la soustraction pour les trois nombres précédant la dizaine supérieure. Par exemple, ils écrivaient 18 esl-em zathrum (2 ôté de 20, en chiffres romains IIXX, duodeviginti), et 19 thun-em zathrum (1 ôté de 20, en chiffre romains IXX, undeviginti).

 

 

Quand l'archéologie rencontre le jeu et les maths

Alea jacta est ! Nous allons parler de dés. Aussi étrange que cela puisse paraître de prime abord, les dés, le jeu d'échec et les cartes à jouer sont perchés sur le même arbre généalogique, dont le tronc commun est… l'osselet (ou l'astragale). Certains chercheurs remontent même plus loin dans le temps : ils ont émis l'hypothèse que l'ancêtre historique de presque tous les jeux de table actuels était la flèche (ou baguette) divinatoire. La divination (contrôle du réel) conduit parallèlement à la science (étude du réel) et au jeu (simulation du réel). En effet, les premiers lanceurs de dés n'étaient pas des joueurs ou des parieurs invétérés, mais des « prêtres » qui tiraient au sort pour sonder l'avenir ou pour interpréter le vouloir des dieux.

 

 

 

 

 

 

SOURCES

Lo Sdado. Gianni Sarcone, MateMagica, La Meridiana, 2005.
Les stupéfiants dés étrusques. Gianni Sarcone, Pliages, découpages et magie, POLE, 2012.
Gambling With Etruscan Dice: A Tale Of Numbers And Letters. Gilberto Artioli, Vincenzo Nociti et Ivana Angelini,