Logique et ensemblesNotion · Glossaire
sophisme
Un sophisme est un raisonnement qui, partant de prémisses apparemment correctes ou vraies, aboutit par le biais d'une argumentation habile mais erronée à une conclusion qui peut être vraie ou fausse. La particularité du sophisme est d'être difficile à réfuter malgré son caractère fallacieux : l'erreur logique est souvent dissimulée dans la forme de l'argumentation. On distingue le sophisme de la simple erreur de raisonnement (paralogisme) en ce qu'il est généralement construit avec l'intention de tromper. Le terme est issu du grec sophisma, signifiant habileté ou raisonnement trompeur, lui-même dérivé de sophizesthai (user d'habileté), lié aux sophistes, ces rhéteurs de l'Antiquité grecque réputés pour leur maîtrise des arguments persuasifs.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Séparer les prémisses, l'inférence et la conclusion d'un sophisme.
- Tester un raisonnement au moyen d'un contre-cas.
- Distinguer le sophisme intentionnel du paralogisme involontaire.
En clair
Imaginez une méthode présentée ainsi : « Si elle est efficace, elle reçoit des avis favorables. Elle reçoit des avis favorables, donc elle est efficace. » L'enchaînement paraît fluide, mais les avis peuvent avoir d'autres causes. La conclusion ne découle donc pas des deux phrases précédentes.
Un sophisme exploite ce genre de passage trompeur. Des prémisses plausibles et une forme persuasive cachent une erreur de raisonnement. Dans le sens retenu ici, l'argument est généralement construit pour tromper, et pas seulement produit par inadvertance.
Définition
Un sophisme est une argumentation habile mais erronée. Il part de prémisses vraies ou seulement apparemment correctes, puis conduit par une inférence invalide ou trompeuse à une conclusion qui peut être vraie ou fausse. Son caractère fallacieux peut être difficile à repérer, car l'erreur logique se dissimule dans la forme persuasive de l'enchaînement.
Pour analyser un cas, il faut séparer les prémisses, la règle de passage et la conclusion. Dans l'exemple de la méthode, la première prémisse affirme : « si la méthode est efficace, alors elle reçoit des avis favorables ». Cela n'affirme pas la réciproque : recevoir des avis favorables ne suffit pas à établir l'efficacité. Le dessin associé rend visible ce changement de sens entre l'implication annoncée et la flèche inverse utilisée par la conclusion.
Dans l'acception donnée ici, l'intention compte généralement. Une personne qui emploie sciemment ce passage invalide pour convaincre construit un sophisme. Si elle commet la même faute sans vouloir tromper, il s'agit d'un paralogisme, c'est-à-dire d'une simple erreur de raisonnement.
Un exemple, pas à pas
Une personne veut convaincre qu'une méthode est efficace. Son argument contient deux données :
Première prémisse : si la méthode est efficace, alors elle reçoit des avis favorables.
Deuxième prémisse : la méthode reçoit des avis favorables.
Première prémisse : si la méthode est efficace, alors elle reçoit des avis favorables.
Deuxième prémisse : la méthode reçoit des avis favorables.
1. Repérons le sens de la première prémisse : l'efficacité est présentée comme une condition suffisante pour obtenir des avis favorables.
2. Observons le geste logique : l'argument part ensuite des avis favorables pour remonter vers l'efficacité. Il utilise donc la relation dans le sens inverse.
3. Testons ce passage : des avis favorables pourraient avoir une autre cause. Les deux prémisses n'excluent pas cette possibilité, donc elles ne garantissent pas l'efficacité.
La conclusion « cette méthode est efficace » n'est pas établie. Le contrôle consiste à conserver les deux prémisses et à imaginer une méthode inefficace qui reçoit néanmoins des avis favorables : ce contre-cas suffit à révéler l'erreur. Si l'orateur la cache volontairement pour persuader, l'argument constitue un sophisme au sens retenu dans cette fiche.
En pratique
Face à un discours persuasif, isolez chaque prémisse et la conclusion. Reformulez ensuite le passage de l'une à l'autre. Une transition absente ou inversée devient souvent plus visible lorsque les phrases sont séparées.
Cherchez un contre-cas qui accepte les prémisses mais refuse la conclusion. Pour l'argument sur la méthode, il suffit d'envisager des avis favorables dus à une autre cause. Si ce cas reste possible, la conclusion n'est pas garantie.
Enfin, distinguez la faute logique de l'intention de son auteur. Lorsque l'intention de tromper n'est pas établie, décrivez d'abord l'inférence erronée. Le mot « paralogisme » convient à l'erreur involontaire ; « sophisme » convient, dans l'acception de cette fiche, à la construction généralement destinée à tromper.
À ne pas confondre
Le paralogisme. La différence porte sur l'intention : le paralogisme est une erreur de raisonnement involontaire, tandis que le sophisme est généralement construit pour tromper. Deux personnes peuvent donc produire le même enchaînement invalide sans que leur argument reçoive le même nom.
Une affirmation fausse. Une phrase fausse n'est pas à elle seule un sophisme, car un sophisme est un raisonnement. Dire simplement « cette méthode est efficace » ne montre aucun enchaînement ; prétendre le déduire d'avis favorables fait apparaître le passage logique à examiner.
Limites et pièges
Une conclusion vraie ne valide pas le raisonnement. Une méthode peut être réellement efficace, mais cette coïncidence ne répare pas le passage fautif depuis les avis favorables. Il faut vérifier l'inférence, indépendamment de la vérité finale.
Les prémisses ne sont pas forcément vraies. La définition admet des prémisses apparemment correctes. Il faut donc contrôler séparément leur vérité et la validité du passage vers la conclusion.
L'intention n'est pas lisible dans la forme logique. Le même argument invalide peut être un sophisme intentionnel ou un paralogisme involontaire. Sans indice sur l'intention, il est plus précis de nommer d'abord l'erreur de raisonnement observée.
Une argumentation difficile à réfuter n'est pas nécessairement correcte. Une forme habile peut multiplier les détours et masquer le point faible. La réponse consiste à reconstruire explicitement les prémisses, le passage logique et la conclusion.
Pour aller plus loin
L'histoire du mot éclaire son rapport à la persuasion. « Sophisme » vient du grec sophisma, qui renvoie à l'habileté ou au raisonnement trompeur, et de sophizesthai, « user d'habileté ».
Le terme est lié aux sophistes de l'Antiquité grecque, des rhéteurs réputés pour leur maîtrise des arguments persuasifs. Cette origine rappelle pourquoi l'analyse d'un sophisme porte à la fois sur la structure du raisonnement et sur la manière dont cette structure peut dissimuler l'erreur.
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