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AnalyseNotion · Glossaire

Desanti Jean-Toussaint

Jean-Toussaint Desanti est un philosophe français. Il étudie comment une théorie mathématique se développe, comment elle est pratiquée et à quelles conditions ses objets sont reconnus comme objectifs. Son parcours associe aussi phénoménologie, engagement politique et critique des philosophies de la science.
Repères du parcours de Jean-Toussaint Desanti Frise ordinale montrant l'ENS en 1936, l'adhésion au Parti communiste de 1943 à 1956, puis les publications de 1968 et 1975. Repères du parcours 1936 ENS 1943–1956 Parti communiste 1968 Les Idéalités mathématiques 1975 La philosophie silencieuse Espacement non proportionnel au temps
Quatre repères distinguent la formation, l'engagement politique et les deux publications citées dans le parcours de Desanti.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier les trois dimensions du parcours intellectuel de Desanti.
  • Situer Les Idéalités mathématiques et La philosophie silencieuse.
  • Expliquer la question épistémologique reliant histoire, pratique et objectivité.

En clair

En 1936, Jean-Toussaint Desanti entre à l'École Normale Supérieure. Il y construit un parcours entre deux questions : comment décrire l'expérience et comment penser les objets mathématiques. Maurice Merleau-Ponty accompagne sa formation en phénoménologie, tandis que Jean Cavaillès l'initie à la philosophie des mathématiques.
Son travail ne porte donc pas sur un nouveau calcul. Il interroge la manière dont les mathématiques se développent, deviennent objectives et s'inscrivent dans une histoire de pratiques. Son itinéraire associe aussi enseignement, Résistance et engagement politique.

Définition

Jean-Toussaint Desanti est un philosophe français né en 1914 et mort en 2002. Son œuvre se situe au croisement de la phénoménologie, de la philosophie des mathématiques et de l'engagement politique. Ancien élève de l'École Normale Supérieure en 1936, il se forme auprès de Maurice Merleau-Ponty et de Jean Cavaillès. Il enseigne ensuite à l'École Normale Supérieure et à la Sorbonne.
Le centre de ses travaux est le statut épistémologique des objets mathématiques, c'est-à-dire la question de leur objectivité et des conditions dans lesquelles un savoir mathématique se constitue. Dans Les Idéalités mathématiques, publié en 1968, il étudie le développement de la théorie des fonctions de variables réelles. Cette enquête met en rapport l'histoire, la pratique et l'objectivité des mathématiques.
Dans La philosophie silencieuse, publié en 1975, Desanti déplace l'examen vers une critique des philosophies de la science. Son parcours politique appartient aussi à son portrait : résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, proche de Sartre et de Malraux, il est membre du Parti communiste de 1943 à 1956.

Un exemple, pas à pas

Prenons un cas documentaire borné : une notice indique que Les Idéalités mathématiques paraît en 1968, porte sur le développement de la théorie des fonctions de variables réelles et en examine l'objectivité. Il faut décider si ces données annoncent un manuel de calcul ou une analyse philosophique du savoir mathématique.
1. Relever sans interpréter les trois indices de la notice : une date, une théorie mathématique prise pour objet et une question sur son objectivité.
2. Associer chaque indice à une dimension de l'enquête : le développement daté signale l'histoire de la théorie ; son élaboration renvoie aux pratiques mathématiques ; la question posée porte sur l'objectivité de ses objets.
3. Tester l'hypothèse « manuel de calcul » : elle demanderait des techniques à exécuter, alors que la notice annonce l'examen du développement d'une théorie et des conditions de son objectivité.
4. Retenir l'hypothèse compatible avec tous les indices : il s'agit d'une analyse philosophique du savoir mathématique, non d'un enseignement des calculs sur les fonctions réelles.
Le contrôle est refaisable : si une notice réunit un développement historique, des pratiques de constitution du savoir et une question d'objectivité, la lecture épistémologique rend compte des trois indices ; l'étiquette « manuel de calcul » n'en explique qu'un, le domaine mathématique.

En pratique

Pour situer Desanti dans un cours, on relève d'abord les trois axes explicitement réunis par son œuvre : phénoménologie, philosophie des mathématiques et engagement politique. Cette lecture convient mieux qu'une étiquette unique lorsque le sujet porte sur l'ensemble de son parcours.
Pour aborder sa pensée des mathématiques, on commence par Les Idéalités mathématiques et sa question centrale : les rapports entre histoire, pratique et objectivité. La philosophie silencieuse devient le meilleur repère lorsque l'enquête vise sa critique des philosophies de la science.
Pour vérifier une notice biographique, on associe chaque date à son fait : 1936 à l'École Normale Supérieure, 1943-1956 au Parti communiste, 1968 au premier ouvrage cité et 1975 au second.

À ne pas confondre

Jean-Toussaint Desanti et Jean Cavaillès. Le critère est la relation indiquée dans le parcours : Desanti se forme à la philosophie des mathématiques auprès de Cavaillès. Une notice sur Les Idéalités mathématiques concerne donc Desanti, même si Cavaillès compte dans sa formation.
Philosophie des mathématiques et mathématiques. Desanti prend une théorie mathématique pour objet d'analyse, mais la question posée est épistémologique. Chercher les conditions d'objectivité d'une théorie n'équivaut pas à en enseigner les techniques de calcul.

Limites et pièges

Réduire Desanti à un seul domaine. Le symptôme est une présentation qui ne retient que les mathématiques, la phénoménologie ou la politique. Il faut conserver leur articulation sans prétendre que ces trois dimensions se confondent.
Transformer une question en thèse définitive. La source dit que Desanti questionne le rapport entre histoire, pratique et objectivité. Elle ne fournit pas ici une formule unique censée résumer sa réponse. Il faut donc présenter l'objet de l'enquête sans lui attribuer une conclusion absente.
Déplacer les dates. 1968 correspond à Les Idéalités mathématiques et 1975 à La philosophie silencieuse. Intervertir ces repères brouille le passage de l'étude des objets mathématiques à la critique des philosophies de la science.

Pour aller plus loin

Cavaillès Jean — Ce portrait situe le philosophe auprès duquel Desanti s'est formé à la philosophie des mathématiques.
La philosophie des mathématiques iconoclaste de Wittgenstein — Cette autre approche philosophique des mathématiques ouvre un point de comparaison sans assimiler les deux auteurs.
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