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AnalyseThéorème · Glossaire

Fermés emboîtés (théorème des)

Le théorème des fermés emboîtés affirme que dans un espace métrique complet, toute suite décroissante de fermés non vides dont le diamètre tend vers zéro a une intersection non vide et réduite à un seul point. Ce résultat caractérise la complétude des espaces métriques et est l'analogue du théorème des segments emboîtés sur la droite réelle. Il est utilisé pour démontrer le théorème du point fixe de Banach et d'autres résultats d'existence en analyse.
Intervalles fermés emboîtés centrés en 1 Les intervalles F1, F2, F4 et F10 se resserrent symétriquement autour du point commun 1. F₁ = [0 ; 2] F₂ = [1/2 ; 3/2] F₄ = [3/4 ; 5/4] F₁₀ = [9/10 ; 11/10]
Les intervalles F₁, F₂, F₄ et F₁₀ gardent le centre 1 tandis que leur diamètre passe de 2 à 1/5.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier les trois conditions portant sur les fermés emboîtés.
  • Vérifier le théorème sur une suite d'intervalles de diamètre 2/n.
  • Repérer ce qui échoue sans fermeture, sans complétude ou sans diamètre tendant vers zéro.
  • Relier le résultat aux segments emboîtés et au point fixe de Banach.

En clair

Imaginez une suite de boîtes fermées, chacune placée dans la précédente. Elles ne sont jamais vides et leur largeur finit par devenir aussi petite qu'on le souhaite. Dans un espace complet, elles enferment alors toutes le même point, et aucun second point ne peut rester dans chaque boîte.
Le mot « fermé » empêche le point limite de s'échapper par le bord. La complétude garantit que ce point appartient bien à l'espace considéré.

Définition

Soit un espace métrique complet, c'est-à-dire un ensemble muni d'une distance dans lequel toute suite de Cauchy converge. On considère une suite de parties notées F1, F2, etc. Chaque partie est fermée et non vide, et la suite est décroissante : Fn+1FnF_{n+1} \subseteq F_n pour tout entier n au moins égal à 1.
Le diamètre d'une partie Fn est la borne supérieure des distances entre deux de ses points. L'hypothèse décisive est que ces diamètres tendent vers zéro : diam(Fn)0\operatorname{diam}(F_n) \longrightarrow 0. Le théorème conclut qu'il existe un unique point appartenant à toutes les parties : n1Fn={x}\bigcap_{n\geq 1} F_n=\{x\}.
Pour voir l'existence, on choisit un point xn dans chaque Fn. Si les indices p et q sont au moins égaux à n, les points xp et xq appartiennent à Fn : leur distance est donc au plus égale à son diamètre. La suite ainsi choisie est de Cauchy, converge par complétude, et sa limite appartient à chaque Fn parce que ces ensembles sont fermés. L'unicité vient du diamètre qui tend vers zéro : deux points distincts communs à tous les Fn imposeraient une distance positive inférieure ou égale à chaque diamètre. Réciproquement, cette propriété des suites de fermés emboîtés caractérise les espaces métriques complets.

Le principe

Si un espace métrique est complet et si une suite F1, F2, etc., est formée de fermés non vides vérifiant Fn+1FnF_{n+1} \subseteq F_n et diam(Fn)0\operatorname{diam}(F_n) \longrightarrow 0, alors l'intersection de tous les Fn contient exactement un point. Autrement dit, l'emboîtement assure une cible commune, tandis que la disparition du diamètre impose son unicité.

Quand l'utiliser

Le théorème s'applique dans un espace métrique complet. Il faut vérifier trois points : chaque ensemble est non vide et fermé dans l'espace considéré ; chaque ensemble contient le suivant ; enfin, leur diamètre tend vers zéro. La conclusion fournit alors à la fois l'existence et l'unicité d'un point commun.
La complétude ne peut pas être omise. Dans l'espace des nombres rationnels, les ensembles de rationnels situés à une distance au plus égale à 1/n de √2 sont fermés, non vides, emboîtés et de diamètre au plus égal à 2/n. Pourtant leur intersection est vide, car √2 n'est pas rationnel. Il faut alors travailler dans un espace complet, ici celui des nombres réels.

Un exemple, pas à pas

Dans la droite réelle, pour chaque entier n au moins égal à 1, on prend l'intervalle fermé Fn=[11/n,1+1/n]F_n=[1-1/n,\,1+1/n]. Les données sont donc un espace complet, des intervalles fermés centrés en 1 et un rayon égal à 1/n.
Étape 1. Chaque intervalle contient 1 : il est donc non vide. Ses deux extrémités lui appartiennent, il est donc fermé.
Étape 2. Lorsque n augmente, le rayon 1/n diminue. Ainsi Fn+1 est inclus dans Fn.
Étape 3. La longueur, donc le diamètre, vaut exactement (1+1/n)(11/n)=2/n(1+1/n)-(1-1/n)=2/n, et cette quantité tend vers zéro.
Le théorème donne n1Fn={1}\bigcap_{n\geq 1}F_n=\{1\}. On le contrôle directement : 1 appartient à chaque intervalle, tandis que tout nombre différent de 1 finit par se trouver à une distance supérieure à 1/n du centre. La figure montre sur une même échelle quatre de ces intervalles et leur resserrement autour de 1.

En pratique

Pour prouver qu'une construction définit un objet unique, on peut enfermer ses approximations dans des fermés de plus en plus petits. Dès que les trois hypothèses sont vérifiées, le point commun fournit l'objet recherché. Si les diamètres ne tendent pas vers zéro, un argument supplémentaire est nécessaire pour obtenir l'unicité.
Pour étudier une suite de Cauchy, on peut fermer successivement les ensembles formés par ses termes à partir d'un certain rang. Leurs diamètres deviennent petits ; dans un espace complet, leur point commun est la limite. Un critère de convergence direct reste préférable lorsque la limite est déjà calculable.
Dans la preuve du théorème du point fixe de Banach, la contraction produit des approximations qui se resserrent. Le théorème des fermés emboîtés peut organiser l'argument d'existence ; l'estimation de contraction donne en plus une vitesse d'approche exploitable.

À ne pas confondre

Avec le théorème des segments emboîtés. Celui-ci porte sur des segments fermés de la droite réelle. Le théorème des fermés emboîtés étend le même mécanisme aux fermés d'un espace métrique complet. Pour Fn = [1 − 1/n ; 1 + 1/n], les deux théorèmes s'appliquent ; pour des boules fermées dans un autre espace métrique complet, seul l'énoncé général convient.
Avec la compacité. Dans un espace compact, une suite décroissante de fermés non vides possède déjà une intersection non vide, même sans diamètre tendant vers zéro. Le test qui tranche est donc le rôle du diamètre : il est indispensable ici pour garantir que l'intersection est un singleton.

Limites et pièges

Ensembles non fermés. Les intervalles ouverts ]0 ; 1/n[ sont non vides, emboîtés et de diamètre 1/n, mais leur intersection est vide. Le point attendu, 0, reste exclu. Il faut prendre des fermés ou démontrer autrement que la limite appartient aux ensembles.
Diamètre qui ne tend pas vers zéro. La suite constante Fn = [0 ; 1] satisfait les autres hypothèses, mais son intersection est tout l'intervalle. L'existence peut subsister ; l'unicité n'est plus garantie.
Espace incomplet. Des fermés peuvent se resserrer vers un point absent de l'espace, comme les rationnels autour de √2. Le symptôme est une suite de Cauchy sans limite dans l'espace. Il faut compléter l'espace ou établir séparément l'existence du point commun.
Ensemble vide à un rang. Dès qu'un Fn est vide, tous les suivants peuvent l'être et l'intersection est vide, même si leur diamètre est conventionnellement nul. La non-vacuité doit être contrôlée à chaque rang.

Pour aller plus loin

Le théorème des segments emboîtés permet d'étudier la version sur la droite réelle et de comparer précisément ses hypothèses avec l'énoncé métrique général.
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