Logique et ensemblesNotion · Glossaire
Kripke Saul
Saul Aaron Kripke est un philosophe et logicien américain dont les travaux portent sur la logique modale, la philosophie du langage et la métaphysique. Sa sémantique des mondes possibles permet d'analyser ce qui est possible ou nécessaire. Sa théorie causale de la référence soutient qu'un nom propre désigne son objet par une chaîne historique de transmission, et non par la seule description que les locuteurs lui associent.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Situer Saul Kripke et ses principaux domaines de travail.
- Relier la sémantique des mondes possibles aux notions de possibilité et de nécessité.
- Suivre pas à pas une chaîne causale de transmission d'un nom propre.
- Distinguer référence, description et erreur sur une propriété du référent.
- Replacer les ouvrages de 1980 et 1982 dans les chantiers distincts de Kripke.
En clair
Né dans le Nebraska en 1940, Saul Kripke publie ses premiers articles de logique modale à dix-huit ans. Il s'intéresse à ce qui pourrait être vrai, à ce qui doit l'être et à la façon dont les mots désignent les choses.
Son idée la plus intuitive concerne les noms propres. Un nom ne renvoie pas à une personne parce que chacun possède une description parfaite d'elle. Il se transmet depuis un premier usage par une suite de personnes qui parlent du même individu. Kripke relie ainsi logique, langage et métaphysique.
Définition
Saul Aaron Kripke (1940-2022) est un philosophe et logicien américain. Ses recherches appartiennent à la logique formelle, à la philosophie du langage et à la métaphysique analytique. Ses premiers articles sur la logique modale paraissent lorsqu'il a dix-huit ans. Sa sémantique des mondes possibles fournit un cadre pour examiner des énoncés de possibilité et de nécessité en considérant différentes situations possibles.
En philosophie du langage, sa théorie causale de la référence distingue l'objet désigné des descriptions qu'un locuteur lui associe. Un nom propre est rattaché à son porteur par un premier acte de nomination, puis par une chaîne historique d'usages transmis entre locuteurs. La description peut être incomplète ou erronée sans que le nom cesse automatiquement de viser le même objet. Cette conception est exposée dans Naming and Necessity, publié en 1980.
Kripke a aussi consacré un ouvrage aux règles et au langage privé : Wittgenstein on Rules and Private Language, publié en 1982. Ce travail a ouvert un vaste débat philosophique. Une partie importante de sa pensée a d'abord circulé dans des manuscrits ou des enregistrements de conférences, avant sa publication sous forme de livres ou de textes.
Un exemple, pas à pas
Une communauté observe un objet céleste et lui donne le nom fictif « Nérée ». Le schéma suit ce nom depuis l'objet jusqu'à une locutrice qui ne l'a jamais observé directement.
Données.
Un objet céleste sert de référent.
Un premier groupe lui attribue le nom « Nérée ».
Le nom est transmis à deux autres locuteurs.
La dernière locutrice associe au nom une description inexacte.
Un objet céleste sert de référent.
Un premier groupe lui attribue le nom « Nérée ».
Le nom est transmis à deux autres locuteurs.
La dernière locutrice associe au nom une description inexacte.
Étape 1. Le premier usage rattache le nom « Nérée » à l'objet observé.
Étape 2. Un locuteur apprend ce nom avec l'intention de parler du même objet. Un autre le reçoit ensuite dans les mêmes conditions. Chaque transmission prolonge la chaîne historique.
Étape 3. La dernière locutrice emploie « Nérée » tout en se trompant sur une propriété de l'objet. Dans la théorie causale, cette erreur descriptive ne suffit pas à changer le référent.
Contrôle. En remontant les usages, on retrouve le premier acte de nomination et le même objet. Si cette continuité historique manque, l'exemple ne permet plus, à lui seul, d'établir la référence.
En pratique
Pour lire un texte de logique modale, on peut repérer d'abord les expressions de possibilité et de nécessité. Le cadre des mondes possibles devient pertinent lorsqu'il faut distinguer ce qui est vrai dans une situation de ce qui le serait dans toutes les situations envisagées.
Pour analyser un nom propre, la théorie causale invite à rechercher la transmission de l'usage. Une analyse par description convient mieux si la question porte précisément sur les propriétés associées au nom, et non sur son référent.
Pour aborder les règles et le langage privé, il faut identifier la question traitée avant de transposer une conclusion sur les noms propres. L'ouvrage de 1982 ouvre un autre dossier que Naming and Necessity, même si les deux relèvent de la philosophie du langage.
À ne pas confondre
Monde possible et monde réel supplémentaire. Un monde possible sert à évaluer ce qui aurait pu ou dû être le cas. Il ne désigne pas, par ce seul emploi logique, un univers physique dont l'existence aurait été observée.
Référence et description. La référence est l'objet visé par le nom ; une description rassemble des propriétés qu'on lui attribue. Dans l'exemple de Nérée, une propriété inexacte ne remplace pas automatiquement l'objet relié au nom par la chaîne d'usages.
Logique modale et théorie causale de la référence. La première analyse possibilité et nécessité ; la seconde explique comment un nom reste attaché à son porteur. Une question sur « ce qui aurait pu arriver » relève de la modalité, pas à elle seule de la nomination.
Limites et pièges
Une description fausse ne prouve pas n'importe quelle référence. Dans l'exemple de Nérée, le symptôme décisif serait une rupture de transmission ou l'intention de parler d'un autre objet. Il faut alors reconstituer les usages au lieu d'ignorer toute erreur descriptive.
Un monde possible n'est pas une prévision. Le fait qu'une situation soit envisagée comme possible n'annonce pas qu'elle se réalisera. Il faut distinguer l'évaluation logique d'une possibilité et l'estimation empirique de sa probabilité.
Une année de publication ne date pas nécessairement l'idée. Naming and Necessity paraît en 1980 et l'ouvrage sur les règles en 1982, mais certaines réflexions avaient circulé auparavant en manuscrits ou en conférences. Il faut donc distinguer circulation et publication.
Les trois chantiers ne forment pas une théorie unique. Sémantique modale, référence des noms et problème des règles ont des objets différents. Il faut revenir au texte concerné avant d'attribuer à l'un une conclusion formulée dans un autre.
Pour aller plus loin
Le glossaire Wittgenstein Ludwig situe le philosophe auquel Kripke consacre son ouvrage de 1982 et replace le débat sur les règles dans son contexte.
L'article La philosophie des mathématiques iconoclaste de Wittgenstein prolonge la lecture vers la conception wittgensteinienne des mathématiques.
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