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AutreNotion · Glossaire

mémoire pratique

Dans le modèle de mémoire didactique d’Yves Matheron, la mémoire pratique est la capacité individuelle de reproduire une suite de gestes apprise pour une pratique et un dispositif donnés. Elle porte sur l’exécution de ces gestes, tandis que la mémoire du savoir en conserve les fondements et les justifications.
Circuit de la mémoire pratique La collectivité didactique transmet une chaîne qui devient mémoire pratique individuelle puis reproduction des gestes. Collectivitédidactique Transmission /apprentissage Reproductiondes gestes Mémoire pratiqueindividuelle
La chaîne opératoire passe d’une mémoire collective externe à une capacité individuelle de reproduire les gestes appris.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Définir la mémoire pratique comme mémoire individuelle de gestes opératoires appris.
  • Relier l’incorporation personnelle à la mémoire externe et à la médiation de la collectivité didactique.
  • Distinguer la reproduction des gestes de la conservation de leurs fondements et justifications.
  • Reconnaître les cas où un geste isolé ou une imitation immédiate ne suffit pas.

En clair

Une personne observe une suite de gestes sur un dispositif, s’y exerce, puis la reproduit plus tard sans nouvelle démonstration. Ce qu’elle a personnellement retenu de cet enchaînement constitue sa mémoire pratique.
Cette mémoire ne reste pas à l’extérieur de la personne, dans les habitudes du groupe qui enseigne. Elle s’incorpore par l’apprentissage. La collectivité didactique conserve les chaînes opératoires transmises et accompagne leur acquisition ; l’individu devient alors capable de remettre ces gestes en œuvre dans la pratique concernée.

Définition

Dans le modèle de mémoire didactique développé par Yves Matheron, la mémoire pratique est la mémoire individuelle des gestes opératoires propres à une pratique. Elle se manifeste lorsqu’une personne reproduit un enchaînement d’actes qu’elle a appris auparavant dans cette pratique. Elle suppose donc une pratique déterminée, un dispositif matériel activé par des gestes et un apprentissage antérieur de leur enchaînement.
Cette mémoire résulte de l’incorporation personnelle de chaînes opératoires traditionnelles. La collectivité culturelle qui les transmet est appelée ici collectivité didactique. Elle remplit deux fonctions liées : elle conserve ces chaînes comme mémoire externe et elle sert de médiateur pour que la personne se les approprie. Le schéma proposé rend visible ce passage d’une mémoire conservée collectivement à une capacité individuelle de reproduction.
La mémoire pratique est étroitement articulée à la mémoire du savoir. La première porte sur les gestes mis en œuvre ; la seconde conserve les fondements et les justifications des savoirs mobilisés par ces gestes. Cette distinction décrit deux dimensions liées du modèle, et non deux pratiques indépendantes.

Un exemple, pas à pas

Prenons le report d’une longueur au compas. Une personne apprend à utiliser ce dispositif pour reproduire, à partir d’un point C, la distance entre deux points A et B.
Données :
— les points A et B déterminent la longueur à reporter ;
— le point C sert de nouveau point de départ ;
— un médiateur transmet quatre gestes : 1) placer la pointe sèche du compas sur A ; 2) ouvrir le compas jusqu’à B ; 3) sans modifier cette ouverture, placer la pointe sèche sur C ; 4) tracer un arc.
1. La personne observe le médiateur exécuter les quatre gestes dans cet ordre, puis s’exerce à les reprendre sans modifier l’ouverture du compas.
2. Par cet apprentissage, la chaîne conservée et transmise par la collectivité didactique devient une capacité personnellement incorporée.
3. Plus tard, devant les points A, B et C, la personne reproduit seule le même enchaînement. Cette exécution différée manifeste sa mémoire pratique.
Contrôle : on vérifie que la pointe sèche est d’abord placée sur A, que l’ouverture atteint B, qu’elle reste inchangée et que l’arc est tracé depuis C. Le résultat attendu est un arc dont les points sont à la distance AB de C. Savoir pourquoi le compas conserve cette distance renseignerait plutôt sur la mémoire du savoir.

En pratique

Pendant un apprentissage, on repère la mémoire pratique lorsque l’élève reprend lui-même la chaîne de gestes transmise sur le dispositif. Si l’enchaînement n’est pas encore reproductible, la collectivité didactique peut encore accompagner son acquisition.
Pour analyser une difficulté, on distingue le geste de sa justification. Une personne peut avoir besoin de revoir la chaîne opératoire ; si elle exécute les gestes mais ne peut en restituer les fondements, c’est plutôt la mémoire du savoir qu’il faut solliciter.
Dans la transmission d’une pratique, on porte l’attention sur le dispositif matériel et sur l’enchaînement observable des actes. Le critère est la capacité de la personne à remettre effectivement les gestes appris en œuvre.

À ne pas confondre

Mémoire pratique et mémoire du savoir. La mémoire pratique porte sur la reproduction des gestes opératoires ; la mémoire du savoir conserve les fondements et les justifications des savoirs mis en œuvre. Refaire l’enchaînement appris manifeste la première ; exposer pourquoi les savoirs mobilisés le justifient relève de la seconde. Elles restent étroitement articulées.
Mémoire individuelle et mémoire externe. La mémoire pratique est incorporée par une personne. La collectivité didactique, elle, conserve et transmet les chaînes opératoires traditionnelles comme mémoire externe. Quand le groupe maintient une chaîne mais que l’individu ne peut pas encore la reproduire, la mémoire externe existe sans être devenue sa mémoire pratique.

Limites et pièges

Un geste isolé ne suffit pas. Le symptôme est une action ressemblante, mais détachée de l’enchaînement appris. Il faut vérifier que la personne reproduit bien la chaîne opératoire liée à la pratique considérée.
Une exécution présente ne prouve pas à elle seule un apprentissage antérieur. La mémoire pratique concerne la reprise d’actes précédemment appris. Sans cette antériorité, il faut décrire une exécution ou une imitation immédiate, pas conclure automatiquement à une mémoire pratique.
La chaîne dépend de la pratique et de son dispositif. Si le dispositif ou l’enchaînement change, la reproduction à l’identique peut devenir inadaptée. Il faut alors identifier les nouveaux gestes à apprendre au lieu de traiter l’ancienne chaîne comme universelle.
Les dimensions du modèle ne sont pas étanches. Opposer absolument gestes et savoirs ferait perdre leur articulation. Il faut examiner séparément ce qui est retenu des actes et ce qui est conservé de leurs fondements, puis décrire leur relation.

Pour aller plus loin

La mémoire didactique replace la mémoire pratique dans le modèle auquel elle appartient et aide à situer ses autres dimensions.
Le savoir-faire offre un prolongement sur la capacité à agir, tout en conservant la distinction propre au modèle de mémoire didactique.
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