Logique et ensemblesNotion · Glossaire
mémoire didactique
La mémoire didactique est la conservation et la mobilisation de savoirs dans le système formé par l’enseignant, l’élève et le savoir. Elle donne une continuité à l’enseignement grâce à des informations liées aux personnes, au contexte et au moment didactique.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Définir la mémoire didactique sans la réduire à un souvenir individuel.
- Suivre sa mobilisation dans un cas concret entre deux séances.
- Distinguer les rapports institutionnel, officiel et personnel.
- Situer les trois dimensions du modèle d’Yves Matheron sans leur imposer une correspondance non établie.
En clair
Une classe reprend une notion abordée la veille. L’enseignant rappelle une réponse donnée par un élève, le contexte de l’exercice et le point où le travail s’était arrêté.
Ces informations ne sont pas un cours universel détaché de la classe : elles appartiennent à son histoire. Leur conservation puis leur mobilisation constituent la mémoire didactique. Celle-ci relie l’enseignant, l’élève et le savoir au fil des moments d’enseignement.
Définition
La mémoire didactique regroupe les phénomènes par lesquels des savoirs sont conservés et mobilisés dans le système didactique. Ce système est le triplet formé par l’enseignant, l’élève et le savoir. La notion ne se réduit donc pas à ce qu’une personne se rappelle : elle concerne la continuité des relations au savoir au sein de ce système.
Les travaux fondateurs évoqués par la source étudient les actions de l’enseignant et les effets de sa propre mémoire sur les apprentissages. Ils portent notamment sur les passages d’une séance à l’autre ou d’un enseignant à l’autre. La mémoire du système apparaît alors dans l’emploi d’informations personnalisées, contextualisées et situées dans le temps. Ces informations se distinguent des savoirs formulés comme universels et atemporels. La figure présente les trois pôles entre lesquels cette continuité prend sens.
Yves Matheron propose trois dimensions complémentaires : la mémoire du savoir, la mémoire ostensive et la mémoire pratique. La source les nomme sans détailler la fonction propre de chacune ; cette fiche les situe donc sans les développer séparément. Ce modèle s’ancre dans la Théorie Anthropologique du Didactique et ses rapports aux objets. Le rapport institutionnel est indépendant d’un moment didactique particulier et relève d’une temporalité universelle. Le rapport officiel tient au discours de l’enseignant lors de l’institutionnalisation d’une notion. Le rapport personnel est propre à l’élève et lié à un moment didactique déterminé.
Un exemple, pas à pas
Considérons une reprise entre deux séances.
Données : une notion a été institutionnalisée pendant la première séance ; un élève a formulé une réponse dans un exercice précis ; la seconde séance reprend cette notion ; l’enseignant a conservé cette information située.
Données : une notion a été institutionnalisée pendant la première séance ; un élève a formulé une réponse dans un exercice précis ; la seconde séance reprend cette notion ; l’enseignant a conservé cette information située.
1. L’enseignant rappelle la réponse de l’élève et l’exercice où elle est apparue. L’information mobilisée est personnalisée, contextualisée et datée par rapport à la première séance.
2. Il relie ce rappel au discours officiel qui avait fixé la notion. Le savoir commun et la trace propre à cet élève ne sont pas confondus.
3. La classe peut reprendre le travail depuis ce point partagé. La conservation devient mobilisation : c’est le phénomène de mémoire didactique illustré par ce cas.
Le contrôle consiste à retirer le rappel situé. S’il ne reste qu’un énoncé universel de la notion, la dimension temporelle et personnalisée qui caractérise ici la mémoire du système a disparu.
En pratique
Entre deux séances, l’enseignant peut reprendre une réponse, une difficulté ou un contexte effectivement rencontrés par la classe. Un résumé général convient plutôt lorsqu’aucune trace liée à ce groupe n’est nécessaire.
Lors d’un changement d’enseignant, les informations situées permettent de préserver une continuité autour du savoir travaillé. Une simple présentation universelle de la notion ne remplace pas cette histoire lorsque le moment didactique précédent compte.
Pour analyser un enseignement, on observe quelles traces sont conservées, qui les mobilise et à quel moment. Si l’analyse porte seulement sur le contenu indépendant de toute séance, le rapport institutionnel offre un cadre plus approprié.
À ne pas confondre
Mémoire didactique et mémoire individuelle. Le souvenir personnel d’un enseignant ou d’un élève ne suffit pas. Le critère décisif est sa mobilisation dans le système enseignant–élève–savoir : une information rappelée sans effet sur la relation au savoir reste un souvenir individuel.
Mémoire didactique et savoir institutionnel. Le savoir institutionnel est formulé dans une temporalité universelle, indépendamment d’une séance particulière. Une règle générale relève de ce rapport ; son rappel à partir d’une réponse donnée hier dans une classe relève d’une information située.
Limites et pièges
Une trace conservée mais jamais mobilisée. Une note archivée ne manifeste pas, à elle seule, la mémoire didactique dans l’enseignement. Il faut examiner si elle est réintroduite dans la relation entre enseignant, élève et savoir.
Un rappel sans contexte. Répéter une formulation universelle ne suffit pas à montrer la mémoire située du système. Il faut identifier les personnes, le contexte ou le moment qui donnent au rappel sa fonction de continuité.
Trois rapports ramenés à un seul. Le discours officiel de l’enseignant, le rapport personnel de l’élève et le rapport institutionnel n’ont ni le même porteur ni la même temporalité. L’analyse doit les distinguer avant d’étudier leurs relations.
Deux triplets pris pour des listes équivalentes. Les trois dimensions de la mémoire et les trois rapports aux objets sont deux découpages articulés par le modèle. La source ne permet pas de les apparier terme à terme ; il faut donc éviter cette correspondance automatique.
Pour aller plus loin
Le système didactique précise le cadre formé par l’enseignant, l’élève et le savoir, dans lequel la mémoire didactique agit.
Le triangle didactique aide à examiner séparément les relations entre les trois pôles du système.
La didactique des mathématiques replace cette notion dans l’étude plus générale de l’enseignement et de l’apprentissage des savoirs mathématiques.
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