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AutreNotion · Glossaire

mémoire ostensive

La mémoire ostensive est une dimension de la mémoire didactique qui rend délibérément un savoir perceptible à d’autres personnes. Dans une classe, elle passe par ce que l’enseignant ou l’élève choisit de montrer, dire, écrire, faire manipuler ou ne plus montrer.
Succession d’une mise en visibilité intentionnelle Une règle est montrée à la classe, reprise par un élève, puis effacée volontairement. Rappel public Reprise de l’élève Trace retirée Règle Règle
La même trace passe d’un rappel public à une reprise par l’élève, puis disparaît par un choix intentionnel.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier le rôle de l’intention dans la mise en visibilité d’un savoir.
  • Reconnaître les registres gestuel, langagier, graphique et scriptural.
  • Distinguer la mémoire officielle de l’enseignant de la mémoire personnelle et pratique de l’élève.
  • Analyser un exemple où une trace est montrée, mobilisée puis retirée.

En clair

Dans une classe, l’enseignant encadre une règle au tableau, la relit à voix haute, puis la désigne d’un geste. Ce savoir déjà rencontré redevient présent pour tous. Plus tard, la trace peut être effacée afin que les élèves la mobilisent autrement.
La mémoire ostensive tient à cette mise en visibilité intentionnelle. Elle passe par ce qui est montré, dit, écrit ou manipulé, mais aussi par ce que l’on choisit de ne plus montrer.

Définition

Dans le modèle développé par Yves Matheron, la mémoire ostensive est l’une des trois dimensions de la mémoire didactique. Elle correspond à une mémoire qu’une institution rend délibérément perceptible à ses membres, ou qu’une personne rend perceptible à d’autres. L’intention de montrer est donc décisive : une trace simplement présente ne suffit pas à caractériser le geste.
Cette mise en visibilité peut être gestuelle, discursive et langagière, graphique ou scripturale. En classe, l’organisation de l’espace, une parole, un geste, un écrit ou un objet manipulé rendent certains événements liés au savoir accessibles à tous. La même action peut aussi viser un seul élève. Montrer, rappeler ou cesser de montrer participe alors à ce que la classe mémorise, oublie ou remobilise.
La position institutionnelle peut influer sur la nature de ce qui devient visible. L’enseignant peut manifester la mémoire officielle du savoir enseigné ; l’élève peut manifester une mémoire personnelle et pratique, sans que cette distinction soit exclusive : un élève peut aussi reprendre ou manifester un savoir institutionnel. La mémoire didactique ostensive de la classe se construit ainsi à partir d’événements intentionnellement donnés à voir, à entendre ou à manipuler, ainsi que d’éléments que l’on cesse intentionnellement d’exposer.

Un exemple, pas à pas

Une classe a déjà travaillé une règle. Deux données organisent la situation : la règle peut être écrite au tableau et un élève peut être sollicité devant le groupe.
1. L’enseignant écrit la règle et l’encadre : il rend publiquement visible un élément de la mémoire officielle.
2. Il pointe cette trace en demandant à l’élève de reprendre la règle : le registre gestuel accompagne le registre scriptural.
3. L’élève la reformule et montre comment il s’en sert : sa mémoire personnelle et pratique devient perceptible.
4. L’enseignant efface ensuite la trace : il cesse délibérément de l’offrir comme appui visible.
Le contrôle consiste à repérer, à chaque étape, qui rend quoi perceptible, à qui et par quel moyen. L’enchaînement relève de la mémoire ostensive parce que les apparitions et le retrait de la trace sont intentionnels et liés au savoir enseigné.

En pratique

Pour analyser une séance, on repère d’abord ce que l’enseignant choisit de montrer, dire, écrire ou faire manipuler. Si l’événement vise à rappeler un savoir déjà rencontré, la lecture par la mémoire ostensive est pertinente.
On observe ensuite le destinataire. Une adresse à toute la classe et un geste discret vers un seul élève peuvent relever du même mécanisme ; ce qui change est l’étendue de la mise en visibilité.
Enfin, on suit aussi les retraits. Lorsqu’une trace auparavant disponible est volontairement effacée ou n’est plus montrée, ce choix renseigne sur la manière dont la classe est conduite à se souvenir ou à ne plus s’appuyer sur elle.

À ne pas confondre

La mémoire didactique est le modèle plus large ; la mémoire ostensive n’en est qu’une des trois dimensions. Un cas qui mobilise la mémoire didactique ne relève de sa dimension ostensive que si une mise en visibilité intentionnelle peut être identifiée.
Une trace visible n’est pas automatiquement une manifestation de mémoire ostensive. Une ancienne inscription restée par hasard au tableau est seulement présente ; une inscription conservée et désignée pour rappeler un savoir est intentionnellement rendue perceptible.

Limites et pièges

Visibilité accidentelle. Le symptôme est une trace perceptible sans choix identifiable de la donner à voir. Il faut alors décrire une simple présence, et non conclure à une mémoire ostensive.
Public confondu avec collectif. Une manifestation adressée à un seul élève peut être ostensive. Il faut identifier le destinataire réel au lieu d’exiger que toute la classe voie ou entende l’événement.
Retrait pris pour une absence neutre. Cesser volontairement de montrer un élément appartient aussi au phénomène décrit. Il faut rechercher si la disparition de l’appui est intentionnelle et liée au savoir enseigné.
Positions institutionnelles effacées. Le même geste n’exprime pas nécessairement la même mémoire. Il faut distinguer la mémoire officielle manifestée par l’enseignant de la mémoire personnelle et pratique exprimée par l’élève.

Pour aller plus loin

La fiche mémoire didactique replace la dimension ostensive dans le modèle plus large auquel elle appartient.
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