Passer au contenu principal
Tangente
Logique et ensemblesThéorème · Glossaire

théorème de Borsuk-Ulam

Le théorème de Borsuk-Ulam affirme que, pour tout entier n ≥ 1 et toute application continue d’une sphère Sn−1 vers un espace euclidien de dimension n−1, il existe deux points antipodaux ayant la même image. Il garantit donc qu’une collection continue de n−1 mesures portée par cette sphère coïncide en au moins une paire de points opposés.
Deux antipodes ont la même image Les points x et moins x, opposés sur une sphère, sont reliés au même point image dans un plan. x −x f(x)=f(−x)
Sur S², le théorème garantit une paire x et −x dont les couples température-pression ont la même image dans ℝ².
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Interpréter l’égalité des images de deux points antipodaux.
  • Vérifier la continuité, la sphère de départ et la dimension d’arrivée.
  • Dérouler l’exemple du couple température-pression sur la Terre.
  • Repérer les limites liées aux sauts, aux mesures et à une dimension trop grande.

En clair

Imaginez qu’à un instant donné, chaque point de la Terre porte deux nombres : sa température et sa pression atmosphérique. Le point situé exactement de l’autre côté du globe est son antipode.
Si ces deux mesures varient sans saut quand on se déplace, le théorème de Borsuk-Ulam garantit au moins une paire d’antipodes qui partage le même couple température-pression. Il ne dit ni où se trouvent ces points ni combien de paires conviennent : il assure qu’une paire existe.

Définition

Le théorème de Borsuk-Ulam porte sur les applications continues définies sur une sphère. Pour un entier n au moins égal à 1, la sphère Sn−1 est l’ensemble des points à distance 1 de l’origine dans l’espace euclidien ℝn. Deux points x et −x y sont antipodaux : ils sont opposés par rapport au centre.
Une application f associe à chaque point de Sn−1 un point de ℝn−1. Si f est continue, alors il existe au moins un point x tel que :
f(x)=f(x)f(x)=f(-x)
Autrement dit, une sphère de dimension n − 1 ne peut pas être envoyée continûment dans un espace de même dimension sans identifier au moins une paire d’antipodes.
La notation plus courante Sm vers ℝm exprime le même théorème en posant m = n − 1. Sur la surface terrestre modélisée par S2, le couple température-pression fournit une application vers ℝ2. Le résultat concerne l’égalité du couple complet, pas seulement celle d’une des deux mesures.

Le principe

Soit n un entier au moins égal à 1. Si f est une application continue de la sphère Sn−1, incluse dans ℝn, vers ℝn−1, alors il existe un point x de cette sphère tel que son antipode −x ait la même image.
La conclusion s’écrit :
xSn1,f(x)=f(x)\exists x\in S^{n-1},\quad f(x)=f(-x)
Le quantificateur signifie qu’au moins une paire convient ; il n’affirme pas que toutes les paires antipodales ont la même image.

Quand l'utiliser

Quatre éléments doivent être vérifiés. Le domaine est toute la sphère Sn−1, chaque point x y possède l’antipode −x, et l’espace d’arrivée est ℝn−1. Surtout, l’application f est continue : une petite variation du point de départ ne provoque pas de saut de son image. Le théorème fournit alors l’existence d’une paire antipodale de même image.
Si l’on attribue brutalement la valeur 0 à un demi-cercle et 1 à l’autre, avec des sauts aux deux points de séparation, la continuité manque et aucune conclusion de Borsuk-Ulam n’est permise. Il faut alors étudier directement les valeurs opposées ou remplacer cette attribution par un modèle continu justifié.

Un exemple, pas à pas

À un instant fixé, modélisons la surface de la Terre par S2. À chaque point x, l’application f associe le couple formé de la température T(x) et de la pression P(x). Les données sont donc une sphère, des points antipodaux x et −x, deux mesures réelles et l’hypothèse que ces mesures varient continûment. Le schéma représente l’égalité garantie entre les images d’une paire antipodale.
1. Le couple de mesures définit une application de S2 vers ℝ2 :
f(x)=(T(x),P(x))f(x)=(T(x),P(x))
2. Le domaine et l’espace d’arrivée ont tous deux la dimension 2, et la continuité supposée de T et P rend f continue. Les hypothèses du théorème sont réunies.
3. Il existe donc au moins un point x dont l’antipode −x vérifie :
(T(x),P(x))=(T(x),P(x))(T(x),P(x))=(T(-x),P(-x))
4. Le contrôle porte sur les deux coordonnées : la température est la même aux deux points et la pression aussi. Vérifier une seule de ces égalités ne suffit pas à retrouver la conclusion de cet exemple.

En pratique

Pour une donnée continue définie sur un cercle, le théorème garantit deux points opposés de même valeur. Si les données présentent des sauts, il faut examiner directement les antipodes au lieu d’invoquer le théorème.
Sur une sphère, deux grandeurs continues peuvent être regroupées en un couple. Le critère décisif est que les deux coordonnées varient continûment et que l’espace d’arrivée ait la même dimension que la sphère.
En combinatoire, le résultat possède une traduction discrète par le lemme de Tucker. Cette voie est préférable lorsque les données sont des étiquettes plutôt que des valeurs continues ; elle intervient notamment dans l’étude topologique des graphes de Kneser.

À ne pas confondre

Le théorème du point fixe cherche un point x vérifiant f(x) = x. Borsuk-Ulam compare au contraire les images de deux points distincts, x et −x. Une égalité entre un point et son image relève du premier problème ; une égalité entre les images d’antipodes relève du second.
Le théorème des valeurs intermédiaires garantit qu’une fonction continue sur un intervalle prend toutes les valeurs situées entre les valeurs qu’elle prend aux deux extrémités de cet intervalle. Borsuk-Ulam impose une symétrie du domaine et compare une paire antipodale ; l’absence de cette paire désignée empêche de remplacer l’un par l’autre.

Limites et pièges

Existence sans localisation. Le théorème assure au moins une paire, mais ne donne pas de procédé pour la trouver. Chercher des coordonnées exige une description supplémentaire de f et une méthode adaptée.
Dimension d’arrivée trop grande. La conclusion n’est plus garantie pour une application de Sm vers ℝm+1. L’inclusion qui envoie chaque point de la sphère sur lui-même sépare x et −x ; il faut donc vérifier la dimension avant d’appliquer le résultat.
Continuité rompue. Un saut dans une coordonnée de f suffit à faire échouer l’hypothèse. Le symptôme est une valeur qui change brutalement malgré des points arbitrairement proches ; il faut traiter les morceaux séparément ou justifier un modèle continu.
Mesures terrestres idéalisées. La conclusion exacte concerne des champs mathématiques continus à un instant fixé. Des relevés arrondis, espacés ou réalisés à des instants différents ne prouvent qu’un accord à leur précision ; il faut d’abord préciser le modèle et l’incertitude.

Pour aller plus loin

La fiche sphère terrestre précise le modèle géométrique du globe qui porte l’exemple des couples température-pression.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres