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Le Breakthrough Prize décerné à Vincent Lafforgue


Édouard Thomas

Le mathématicien français Vincent Lafforgue, frère du médaillé Fields 2002 Laurent Lafforgue, remporte le Breakthrough Prize en mathématiques pour l’année 2019, doté de trois millions de dollars, « pour ses contributions fondamentales et élégantes au programme de Langlands dans le cas des corps de fonctions ».


Directeur de recherche au CNRS, il a commencé sa carrière en apportant des contributions décisives à la conjecture de Baum–Connes en théorie des algèbres d’opérateurs. Il s’est ensuite reconverti dans le programme de Langlands (voir Tangente 149), domaine dans lequel son frère s’est illustré. Il est allé plus loin encore, en exploitant « de manière dynamique » une version très générale (« à plusieurs pattes ») des chtoucas introduits dans les années 1970 par Vladimir Drinfeld pour attaquer le programme de Langlands : dans un article fleuve de deux cents pages en français, il a trouvé un «argument merveilleusement simple et direct » qui explique enfin pourquoi la correspondance conjecturée par Langlands « n’est pas une conséquence miraculeuse de calculs compliqués » et pourquoi « elle doit être vraie », selon Richard Taylor, qui a contribué à démontrer le dernier théorème de Fermat avec Andrew Wiles en 1995.

Aujourd’hui à l’Institut Joseph-Fourier de Grenoble, Vincent Lafforgue, très concerné par la crise écologique actuelle, se consacre désormais au rôle des algèbres d’opérateurs dans la mécanique quantique, dans l’espoir de contribuer à imaginer de nouveaux matériaux qui pourraient conduire à des énergies propres.