Passer au contenu principal
AlgèbrePersonnage · Glossaire

polygone de Newton

Le polygone de Newton d’un polynôme à coefficients dans un corps valué est l’enveloppe convexe inférieure des points dont l’abscisse est l’exposant du monôme correspondant à un coefficient non nul et l’ordonnée sa valuation. Cette frontière géométrique permet, sous les hypothèses de prolongement appropriées, de déterminer les valuations des racines dans une extension du corps de base.
Polygone de Newton de 8 + 2x + x² pour la valuation 2-adique Les points A0 (0,3), A1 (1,1) et A2 (2,0) forment deux côtés inférieurs de pentes moins deux et moins un. 0 1 2 0 1 2 3 i v₂(aᵢ) A₀ (0,3) A₁ (1,1) A₂ (2,0) pente −2 pente −1
Les trois coefficients forment deux côtés inférieurs : leurs pentes −2 et −1 correspondent aux valuations 2 et 1 des racines.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Construire l’enveloppe convexe inférieure à partir des coefficients non nuls.
  • Calculer les pentes et lire leur signe selon la convention choisie.
  • Relier largeur horizontale, valuation des racines et multiplicité dans le cadre du théorème de Newton.
  • Éviter les pièges des coefficients nuls, des points alignés et des conventions inversées.

En clair

Imaginez que chaque coefficient d’un polynôme devienne un point. Sa position horizontale indique la puissance de la variable ; sa hauteur mesure le coefficient avec une valuation. On tend ensuite un fil sous tous ces points. La ligne brisée suivie par le fil est le polygone de Newton.
Les inclinaisons de ses côtés condensent une information difficile à voir dans l’écriture du polynôme : sous les hypothèses du théorème de Newton, elles renseignent sur les valuations de ses racines.

Définition

Soit un polynôme P à coefficients dans un corps K muni d’une valuation v. Pour chaque coefficient non nul ai de xi, on place le point de coordonnées (i, v(ai)). L’abscisse i est donc un indice entier, tandis que l’ordonnée appartient au groupe de valeurs de v, représenté dans un repère ordonné. Les coefficients nuls ne fournissent pas de point, car leur valuation n’est pas une valeur finie dans la convention usuelle.
Le polygone de Newton est la frontière inférieure de l’enveloppe convexe de ces points. Autrement dit, il est formé des segments visibles depuis le bas. Des points peuvent se trouver au-dessus de cette ligne brisée sans en être des sommets ; un point situé sur un côté appartient au polygone, même s’il ne change pas sa pente.
Avec la convention de l’enveloppe inférieure, une pente s est reliée à la valuation −s des racines dans une extension appropriée du corps. La longueur horizontale du côté donne le nombre de racines correspondant, comptées avec multiplicité, lorsque le théorème de Newton s’applique. Changer la convention de valuation ou utiliser l’enveloppe supérieure change les signes : la convention doit donc toujours être annoncée.

Où on le rencontre

On rencontre ce dessin à côté d’un polynôme dont les coefficients vivent dans un corps valué. Le support se reconnaît à un axe horizontal gradué par les exposants entiers, à un axe vertical portant les valuations, à un nuage fini de points et à une ligne polygonale qui longe ce nuage par-dessous.
Le dessin ne représente pas la courbe de la fonction polynomiale. Il encode la taille valuative de chaque coefficient selon sa place dans le polynôme. Dans le cas 2-adique, par exemple, pour un entier non nul a, la hauteur v2(a) est l’exposant de 2 dans sa factorisation. Pour un rationnel, cet exposant peut aussi être négatif : v2(1/2) = −1.

Le mode d'emploi

La grandeur essentielle à lire est la pente de chaque côté inférieur. La convention retenue ici place les indices de gauche à droite et les valuations de bas en haut.
Pour deux points dont les indices sont i1 et i2, et dont les valuations sont respectivement v1 et v2, la pente s se calcule par s=v2v1i2i1s=\frac{v_2-v_1}{i_2-i_1}.
1. Associez à chaque coefficient non nul le point (indice, valuation).
2. Tracez l’enveloppe convexe inférieure, sans relier mécaniquement les points dans l’ordre.
3. Pour chaque côté, calculez la variation verticale divisée par la variation horizontale.
4. Lisez l’opposé de cette pente comme valuation candidate des racines ; la largeur horizontale en donne la multiplicité dans le cadre du théorème de Newton.
L’œil peut être attiré par tous les points successifs. Pourtant, un point placé au-dessus d’un segment inférieur ne crée aucun nouveau côté. Le bon réflexe consiste à vérifier que toute la figure reste sur ou au-dessus de chaque segment retenu.

Un exemple, pas à pas

Prenons le polynôme P(x) = 8 + 2x + x2 sur les rationnels munis de la valuation 2-adique v2.
Données : v2(8) = 3 ; v2(2) = 1 ; v2(1) = 0.
1. Les coefficients donnent les points A0 = (0, 3), A1 = (1, 1) et A2 = (2, 0).
2. Les trois points appartiennent à l’enveloppe inférieure : A1 est sous le segment reliant A0 à A2.
3. La pente de A0A1 vaut (1 − 3)/(1 − 0) = −2.
4. La pente de A1A2 vaut (0 − 1)/(2 − 1) = −1.
Chaque côté a une largeur horizontale égale à 1. Le théorème de Newton prédit donc, dans une clôture algébrique munie d’un prolongement de v2, une racine de valuation 2 et une racine de valuation 1, multiplicités comprises. La somme 2 + 1 = 3 contrôle le résultat : elle retrouve v2(8/1), rapport du terme constant au coefficient dominant.

En pratique

Pour estimer les tailles p-adiques des racines, on construit le polygone à partir des valuations des coefficients. Cette lecture évite de résoudre explicitement le polynôme lorsque seules les valuations sont recherchées.
Pour comparer plusieurs polynômes, on observe leurs suites de pentes et les largeurs horizontales correspondantes. Un calcul direct des racines reste préférable si leur valeur exacte, et pas seulement leur valuation, est nécessaire.
Lorsqu’un coefficient change, on déplace seulement le point associé puis on reconstruit l’enveloppe inférieure. Si le point reste au-dessus du polygone, les côtés ne changent pas ; s’il passe dessous, les pentes peuvent être modifiées.

À ne pas confondre

Avec la courbe représentative du polynôme. La courbe de y = P(x) place des valeurs de la variable et de la fonction. Le polygone de Newton place des indices de coefficients et leurs valuations. Pour P(x) = 8 + 2x + x2, le point (1, 1) décrit le coefficient de x ; il n’affirme pas que P(1) = 1.
Avec l’enveloppe convexe entière. L’enveloppe convexe comprend toute la région convexe bordant le nuage. Le polygone de Newton, dans la convention employée ici, n’en retient que la frontière inférieure. Un bord visible uniquement depuis le haut appartient à l’enveloppe, mais pas à ce polygone.

Limites et pièges

Coefficient nul. Aucun point d’ordonnée finie ne lui correspond dans la convention usuelle v(0) = +∞. Il faut l’omettre du nuage, et non le placer sur l’axe horizontal.
Point aligné. Un point situé exactement sur un côté appartient au polygone sans créer une pente nouvelle. Sa présence ne doit pas conduire à compter deux familles distinctes de valuations.
Convention inversée. Certains textes changent le signe de la valuation ou considèrent une enveloppe supérieure. Les pentes visibles sont alors inversées. Avant de conclure sur les racines, il faut relever la définition de la valuation et le bord choisi.
Lecture sans hypothèses. Le dessin existe dès que les coefficients non nuls ont des valuations ordonnées. L’interprétation complète des pentes comme valuations de racines exige cependant le cadre du théorème de Newton et un prolongement approprié de la valuation ; le graphique seul ne fournit pas les racines exactes.

Pour aller plus loin

La notion de valuation précise la mesure portée en ordonnée et les règles qui rendent les calculs cohérents.
La fiche corps valué présente le cadre algébrique dans lequel coefficients et racines sont étudiés.
L’Enveloppe convexe éclaire la construction géométrique dont on ne conserve ici que la frontière inférieure.
Une Extension de corps explique dans quel espace algébrique des racines absentes du corps de départ peuvent apparaître.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres