Passer au contenu principal
ArithmétiqueObjet mathématique · Glossaire

suite de Farey

Une suite de Farey de rang n est la liste, par ordre croissant, de toutes les fractions irréductibles comprises dans [0, 1[ dont le dénominateur est au plus n. Elle organise ainsi les rationnels selon la taille maximale de leur dénominateur, ce qui permet de les recenser et de comparer la finesse des approximations quand le rang augmente.
Suite de Farey de rang 5 sur l’intervalle de 0 inclus à 1 exclu Dix fractions irréductibles sont placées à leur abscisse exacte sur un segment. Un cercle ouvert signale que 1 est exclu. F₅ sur [0, 1[ 0/1 1/5 1/4 1/3 2/5 1/2 3/5 2/3 3/4 4/5 1 exclu
Les dix termes de F₅ occupent leur position exacte dans [0, 1[ ; les écarts varient malgré l’ordre strict.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Construire la liste exhaustive des fractions irréductibles de dénominateur au plus 5.
  • Contrôler ses dix termes avec la somme des valeurs de l’indicatrice d’Euler.
  • Tester la relation de déterminant entre deux fractions voisines.
  • Distinguer la convention semi-ouverte de la convention qui inclut 1/1.
  • Savoir quand le déterminant 1 ne suffit pas à établir un voisinage au rang fixé.

En clair

Prenez les dénominateurs de 1 à 5 et placez entre 0 et 1 toutes les fractions qui ne se simplifient plus. On obtient 0/1, puis 1/5, 1/4, 1/3, 2/5, jusqu’à 4/5. Une écriture comme 2/4 disparaît, car elle représente déjà 1/2.
La suite de Farey de rang 5 est précisément cette liste rangée. Le rang fixe la taille maximale des dénominateurs ; augmenter le rang conserve les anciennes fractions et insère de nouvelles valeurs à leur juste place.

Définition

Soit n un entier positif. Dans la convention de cette fiche, la suite de Farey de rang n, notée Fn, rassemble les fractions a/b telles que a est entier, 0 ≤ a/b < 1, avec un dénominateur b entier positif ne dépassant pas n. La fraction doit être irréductible : le plus grand commun diviseur de a et b vaut 1. Les valeurs sont rangées dans l’ordre croissant, donc chaque nombre rationnel admissible apparaît une seule fois.
Le nombre de termes est donné par l’indicatrice d’Euler φ, qui compte les entiers de 1 à k premiers avec k : Fn=k=1nφ(k)|F_n|=\sum_{k=1}^{n}\varphi(k). Cette formule correspond à l’intervalle semi-ouvert [0, 1[. Avec la convention courante qui inclut aussi 1/1, il faut ajouter un terme.
Si a/b précède immédiatement c/d dans Fn, alors bcad=1bc-ad=1. La portion située dans [p, p + 1[, où p est entier, s’obtient en ajoutant p à chaque terme de Fn.

De quoi c'est fait

La structure repose sur cinq éléments. Le rang n borne les dénominateurs. L’intervalle [0, 1[ fixe les valeurs retenues. Le numérateur entier a et le dénominateur entier positif b donnent une fraction a/b. L’irréductibilité, c’est-à-dire pgcd(a, b) = 1, élimine les écritures répétées. L’ordre croissant transforme enfin cet ensemble en une suite.
Le rang agit avant le tri : si b dépasse n, la fraction est exclue même si sa valeur est dans l’intervalle. L’irréductibilité agit avant le comptage : 2/4 ne s’ajoute pas à 1/2. Ces données suffisent à construire Fn, à compter ses termes avec φ et à tester la relation entre deux voisins.

Un exemple, pas à pas

Construisons F5. Données : le rang est 5, l’intervalle est [0, 1[, les dénominateurs autorisés sont 1, 2, 3, 4 et 5, et chaque fraction doit être irréductible.
1. Pour chaque dénominateur, gardons les numérateurs premiers avec lui : 0/1 ; 1/2 ; 1/3 et 2/3 ; 1/4 et 3/4 ; 1/5, 2/5, 3/5 et 4/5.
2. Rangeons ces dix valeurs : 0/1, 1/5, 1/4, 1/3, 2/5, 1/2, 3/5, 2/3, 3/4, 4/5. Leur espacement n’est pas régulier, comme le montre leur placement exact sur l’intervalle.
3. Contrôlons le nombre de termes : φ(1)+φ(2)+φ(3)+φ(4)+φ(5)=1+1+2+2+4=10\varphi(1)+\varphi(2)+\varphi(3)+\varphi(4)+\varphi(5)=1+1+2+2+4=10.
4. Vérifions deux voisinages. Pour 1/3 et 2/5, 3 × 2 − 1 × 5 = 1. Pour 2/5 et 1/2, 5 × 1 − 2 × 2 = 1. Le comptage et ces déterminants confirment la construction.

En pratique

Pour énumérer sans doublon les rationnels à dénominateur borné, on choisit un rang, on réduit les fractions puis on les ordonne. Une liste brute de toutes les écritures convient moins bien, car 1/2, 2/4 et 3/6 y désignent la même valeur.
Pour chercher des approximations rationnelles sous une borne de dénominateur, les voisins d’un réel dans Fn encadrent les candidats disponibles à ce rang. Si l’objectif est plutôt d’obtenir successivement d’excellentes approximations quand la borne augmente, les fractions continues offrent une organisation plus directe.
Pour passer du rang n au rang n + 1, il est inutile de trier à nouveau toutes les anciennes valeurs : elles gardent leur ordre et seules les fractions irréductibles de dénominateur n + 1 s’insèrent. Le nombre d’ajouts est exactement φ(n + 1).

À ne pas confondre

Avec la liste de toutes les fractions de dénominateur au plus n. Une suite de Farey ne conserve que les écritures irréductibles. Au rang 4, 2/4 n’est donc pas un terme supplémentaire : il coïncide avec 1/2.
Avec l’arbre de Stern-Brocot. Cet arbre organise les rationnels positifs par générations et par médiantes. Fn est, elle, une liste ordonnée définie par une borne sur le dénominateur ; le rang 5 tranche immédiatement la différence.
Avec une fraction continue. Une fraction continue décrit un nombre au moyen de quotients successifs. Une suite de Farey rassemble au contraire tous les rationnels admissibles pour un rang donné ; elle n’est pas le développement d’un seul nombre.

Limites et pièges

Convention à l’extrémité droite. La source travaille sur [0, 1[, donc 1/1 est exclu et F1 contient seulement 0/1. De nombreux ouvrages utilisent [0, 1] : leur comptage vaut alors 1+k=1nφ(k)1+\sum_{k=1}^{n}\varphi(k). Il faut vérifier la convention avant de comparer deux listes.
Le déterminant 1 ne suffit pas à rang fixé. Deux fractions réduites a/b < c/d vérifiant bc − ad = 1 sont voisines dans Fn seulement si b + d > n. Ainsi, 0/1 et 1/1 vérifient le déterminant, mais 1/2 s’intercale dès le rang 2.
Une fraction hors borne reste absente. Entre 1/3 et 2/5 se trouve leur médiante 3/8, mais son dénominateur 8 dépasse 5. Elle n’appartient donc pas à F5 ; elle apparaît au rang 8.
La translation conserve l’intervalle semi-ouvert. Ajouter l’entier p envoie [0, 1[ sur [p, p + 1[. Inclure aussi l’extrémité droite ferait compter l’entier p + 1 dans deux intervalles consécutifs.

Pour aller plus loin

La fiche Irréductible (fraction rationnelle) précise le critère qui élimine les écritures multiples d’un même quotient.
La fiche Fraction continue présente une autre organisation des rationnels, centrée sur l’approximation successive d’un nombre.
La fiche Rationnels replace les fractions réduites dans l’ensemble de nombres auquel elles appartiennent.
Continuez avec Tangente

Explorez les mathématiques autrement

Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.

Découvrir les offres