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Graunt John

John Graunt est considéré comme l'un des fondateurs de la démographie et des statistiques appliquées aux populations. En réunissant et en organisant en tableaux des séries de bulletins de mortalité, il a fait apparaître des régularités démographiques et établi les premières tables de mortalité, ouvrant la voie à l'étude statistique de la survie.
Frise chronologique de John Graunt Les bulletins de mortalité deviennent systématiques en 1603. John Graunt vit de 1620 à 1674 et est élu à la Royal Society en 1664. 1603 Bulletins systématiques 1620 Vie de John Graunt 1664 Élection à la Royal Society 1674
Le matériau statistique précède Graunt : bulletins systématiques dès 1603, vie de 1620 à 1674 et élection à la Royal Society en 1664.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Situer John Graunt, son époque et le matériau statistique qu'il analyse.
  • Suivre le passage des bulletins hebdomadaires aux tableaux démographiques et aux tables de mortalité.
  • Distinguer une régularité de population d'une prédiction individuelle.
  • Relier les observations de Graunt aux premiers calculs d'espérance de vie entrepris notamment par Christiaan Huygens.

En clair

À Londres, les bulletins de mortalité deviennent systématiques à partir de 1603. Plusieurs décennies plus tard, John Graunt ne se contente pas de les lire semaine après semaine : il les rassemble, les organise en tableaux et compare les nombres qu'ils contiennent.
Des relevés suffisamment nombreux, comparables par leurs populations, leurs définitions et leurs périodes, puis correctement agrégés, peuvent permettre de rechercher des régularités invisibles dans un bulletin isolé. Graunt étudie ainsi la mortalité, les naissances, les mariages et les migrations. Cette manière d'observer une population à partir de séries de données contribue à fonder la démographie et les statistiques des populations.

Définition

John Graunt (1620–1674) est un drapier londonien considéré comme l'un des fondateurs de la démographie et des statistiques appliquées aux populations. Son matériau est une série de bulletins de mortalité hebdomadaires tenus à Londres dès la fin du XVIe siècle et devenus systématiques en 1603. Il les soumet pendant plusieurs années à une analyse méthodique, au lieu de traiter chaque semaine comme un fait isolé.
Les tableaux qu'il produit portent sur la mortalité, la fécondité, la nuptialité et les migrations. Ils soutiennent aussi des observations épidémiologiques et économiques. Sur l'ensemble de la série de naissances étudiée, Graunt relève notamment que le nombre de garçons dépasse celui des filles. Il utilise également les séries disponibles pour contester des croyances sur l'origine et la propagation des épidémies.
Graunt est l'auteur des premières tables de mortalité, ancêtres des tables actuarielles modernes. Ses travaux lui valent son élection à la Royal Society en 1664. Ses observations ouvrent enfin la voie aux premiers calculs d'espérance de vie, prolongés notamment par Christiaan Huygens. Son apport ne réside donc pas dans un relevé particulier, mais dans la transformation de relevés répétés en connaissances sur une population.

Un exemple, pas à pas

Pour suivre la démarche de Graunt sans inventer de nombres absents de la source, on part de quatre données : des bulletins hebdomadaires londoniens, leur tenue systématique à partir de 1603, plusieurs années d'analyse et quatre thèmes démographiques — mortalité, fécondité, nuptialité et migrations.
1. Graunt réunit une série de bulletins au lieu d'examiner une seule semaine.
2. Il ordonne les relevés en tableaux pour rendre les comparaisons possibles.
3. Il cherche des régularités dans plusieurs dimensions de la population.
4. Il interprète les écarts répétés, notamment la présence de davantage de garçons que de filles parmi les naissances étudiées.
5. Il confronte enfin les résultats aux croyances sur les épidémies et construit des tables de mortalité.

Micro-exemple didactique — nombres fictifs, distincts des données historiques de Graunt. Prenez trois bulletins comparables de naissances : semaine A, 3 garçons et 2 filles ; semaine B, 4 garçons et 3 filles ; semaine C, 5 garçons et 4 filles. Additionnez chaque colonne : 12 garçons contre 9 filles. Vous pouvez donc vérifier l'observation « davantage de garçons que de filles » sur ce petit ensemble, sans en déduire le sexe d'un enfant particulier.
Le contrôle est refaisable sur le raisonnement : chaque conclusion doit venir d'une comparaison entre plusieurs relevés, et non d'un bulletin isolé. La chronologie rappelle aussi que 1603 date la systématisation des bulletins, tandis que 1664 date l'élection de Graunt à la Royal Society.

En pratique

Pour reconnaître la méthode de Graunt, on cherche une série de relevés comparables dans le temps. Un bulletin isolé décrit une semaine ; si les bulletins portent sur des populations, des définitions et des périodes comparables et sont suffisamment nombreux, leur agrégation en tableaux peut aider à repérer une régularité dans la population étudiée.
Pour situer son apport, le thème étudié sert de repère. Mortalité, fécondité, nuptialité et migrations relèvent de l'analyse démographique ; l'origine et la propagation des épidémies conduisent à une lecture épidémiologique.
Pour relier ce travail aux outils actuels, la table de mortalité est le meilleur point d'entrée. Elle organise notamment, par âge, les survivants, les décès et les probabilités correspondantes, pour une cohorte réelle ou hypothétique, afin d'étudier la survie et d'alimenter des calculs actuariels ou d'espérance de vie.

À ne pas confondre

John Graunt et Christiaan Huygens. Graunt établit des observations démographiques et des tables de mortalité ; Huygens entreprend notamment des calculs d'espérance de vie à partir de ce point de départ. Une question sur les premiers calculs prolongés après les observations de Graunt concerne donc Huygens, pas Graunt seul.
Bulletin de mortalité et table de mortalité. Le bulletin est un relevé périodique des décès, souvent hebdomadaire dans le cas étudié ; la table organise et synthétise statistiquement des données de mortalité selon des variables définies, par exemple l'âge et la durée de survie. Une table peut réunir plusieurs périodes ou décrire une seule population, et servir aussi à comparer des groupes.

Limites et pièges

Prendre 1603 pour une date de publication de Graunt. Le symptôme est d'attacher cette année à ses tables. Elle marque la systématisation des bulletins londoniens, matériau antérieur à son analyse. Il faut laisser sans date précise les résultats que la source ne date pas.
Transformer une régularité statistique en règle individuelle. Observer davantage de garçons que de filles dans une longue série de naissances ne prédit pas le sexe d'un enfant particulier. Il faut distinguer une tendance mesurée sur une population du résultat d'un cas isolé.
Confondre relevé et explication. Une association répétée dans des bulletins peut contredire une croyance sur une épidémie sans suffire, à elle seule, à établir tout son mécanisme causal. Il faut séparer ce que montrent les données de l'explication médicale complète.
Réduire Graunt à la mortalité. Le symptôme est un portrait limité aux décès. Ses tableaux couvrent aussi la fécondité, la nuptialité et les migrations, avec des observations épidémiologiques et économiques ; ces dimensions doivent rester distinctes.

Pour aller plus loin

Table de mortalité Pour approfondir l'outil issu des travaux de Graunt et son rôle dans l'étude statistique de la survie.
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