Logique et ensemblesNotion · Glossaire
modèle cKc
Le modèle cK¢ est un cadre théorique de didactique des mathématiques qui relie la conception (c), la connaissance (K) et le concept (¢). Il sert à analyser comment un apprenant construit, stabilise et fait évoluer ses représentations mathématiques, en tenant compte des dimensions épistémologiques et cognitives de l'apprentissage.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Distinguer la conception c, la connaissance K et le concept ¢.
- Suivre une analyse en quatre étapes à partir de conduites observées.
- Repérer les limites d'une interprétation fondée sur une seule trace d'activité.
En clair
Un élève peut réussir un problème, puis hésiter lorsque les nombres ou la présentation changent. Sa façon de voir l'objet mathématique n'est donc pas nécessairement figée. Le modèle cK¢ sert à décrire ce mouvement.
Il relie ce que l'élève se représente, la connaissance qu'il mobilise et le concept mathématique visé. On peut ainsi étudier comment une représentation se construit, se stabilise ou évolue, au lieu de réduire l'apprentissage à une réponse juste ou fausse.
Définition
Le modèle cK¢ est un cadre théorique de didactique des mathématiques élaboré par Nicolas Balacheff. Il met en relation trois niveaux d'analyse : la conception, notée c ; la connaissance, notée K ; et le concept, noté ¢, c'est-à-dire « c barré ». La conception décrit la représentation mathématique qu'un individu construit et mobilise. La connaissance désigne ce qui soutient cette activité. Le concept constitue le pôle mathématique auquel l'analyse rapporte ces représentations.
Le cadre s'applique à la modélisation de l'apprenant, notamment dans le domaine des environnements informatiques pour l'apprentissage humain, ou EIAH. Son objet n'est pas seulement un état ponctuel : il aide à analyser la construction, la stabilisation et l'évolution des représentations. Cette analyse tient ensemble une dimension cognitive, liée à l'activité de l'individu, et une dimension épistémologique, liée au contenu mathématique. Le schéma synthétique rend visibles les trois pôles que le modèle demande de considérer conjointement.
Un exemple, pas à pas
Prenons la proportionnalité. Dans un énoncé, trois carnets coûtent 6 euros et l'on demande le prix de six carnets : une élève double 6 et répond 12 euros. Dans un tableau donnant trois carnets pour 6 euros, on demande cette fois le prix de cinq carnets : elle ajoute 2 aux deux quantités et répond 8 euros. La présentation et les nombres ont changé ; ces deux conduites donnent des éléments à comparer, sans suffire à établir un diagnostic.
1. On décrit d'abord les faits observables : dans l'énoncé, l'élève double le prix quand le nombre de carnets double ; dans le tableau, elle traite le passage de 3 à 5 comme un ajout de 2 qu'elle reporte sur le prix.
2. Une conception c possible consiste à envisager la proportionnalité comme une conservation des mêmes changements : doubler dans le premier cas, puis ajouter le même écart dans le second. C'est une hypothèse d'interprétation, pas une certitude sur le raisonnement de l'élève.
3. La connaissance K mobilisée paraît inclure le doublement, valable dans la première tâche. On examine alors son rapport avec le concept ¢ de proportionnalité, où les deux grandeurs varient selon un même coefficient multiplicatif : ajouter 2 au nombre de carnets n'autorise pas à ajouter 2 au prix.
4. On compare enfin les deux situations : le succès à 12 euros s'explique par le doublement, tandis que la réponse 8 euros révèle une procédure additive lorsque le nombre demandé n'est plus un multiple de 3. Pour contrôler cette interprétation, il faudrait proposer d'autres tâches et vérifier si cette procédure réapparaît ; ces deux observations seules ne prouvent ni une conception stabilisée ni son évolution.
En pratique
En classe, le modèle invite à comparer plusieurs tâches portant sur un même objet. Une réponse isolée indique un résultat ; des conduites observées dans des présentations variées renseignent mieux sur la représentation mobilisée.
Dans un EIAH, il fournit un cadre pour interpréter les traces de l'activité de l'apprenant. Lorsque ces traces changent avec les situations, l'analyse porte sur l'évolution possible des représentations plutôt que sur un simple classement juste ou faux.
Pour étudier un apprentissage, on choisit ce cadre lorsque la question concerne les liens entre activité cognitive et contenu mathématique. Si l'on veut seulement compter des réussites, un relevé de résultats suffit et répond à une autre question.
À ne pas confondre
Un théorème mathématique. Un théorème relie des hypothèses à une conclusion démontrée. Le modèle cK¢ est un cadre d'analyse didactique : il organise l'étude de conceptions, de connaissances et de concepts.
Un EIAH. Un environnement informatique pour l'apprentissage humain est un domaine d'application et de recherche. Le modèle cK¢ peut y servir à modéliser l'apprenant, mais il n'est pas lui-même un environnement informatique.
Un simple relevé de performances. Un relevé compte des réussites ou des erreurs. Le modèle cK¢ cherche à analyser la représentation mobilisée et son évolution ; deux résultats identiques peuvent donc appeler une étude différente des conduites.
Limites et pièges
Notation instable. Le titre courant « cKc » peut masquer la notation donnée par la source : cK¢, avec le dernier signe lu « c barré ». Il faut annoncer les trois symboles avant de les employer.
Photo figée de l'apprenant. Une seule réponse ne montre ni construction, ni stabilisation, ni évolution. Il faut comparer des conduites dans plusieurs situations avant de proposer une interprétation.
Trois étiquettes indépendantes. Isoler c, K et ¢ fait perdre la fonction du modèle, qui formalise précisément leurs relations. L'analyse doit donc expliciter le lien entre représentation, connaissance mobilisée et concept mathématique.
Diagnostic automatique. Une trace d'activité reste un indice à interpréter, pas un accès direct à la pensée. Il faut confronter l'interprétation à plusieurs conduites et signaler ce que les observations ne permettent pas d'établir.
Pour aller plus loin
La fiche didactique des mathématiques situe le champ qui étudie les conditions d'enseignement et d'apprentissage des objets mathématiques.
La fiche épistémologie approfondit la dimension qui interroge la constitution et la validité des connaissances.
L'article La proportionnalité : si cruciale, si difficile offre un terrain concret pour observer les difficultés liées à l'apprentissage d'une notion mathématique.
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