AnalyseNotion · Glossaire
théorie des six poignées de main
La théorie des six poignées de main, ou des six degrés de séparation, est la conjecture selon laquelle toute personne peut être reliée à toute autre par une chaîne de relations interpersonnelles comptant au plus six personnes intermédiaires. En théorie des graphes, elle revient à supposer qu'un court chemin relie toute paire de personnes dans le réseau considéré, dont la structure influence le nombre de relais.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Interpréter les personnes et leurs relations comme les sommets et les arêtes d'un graphe.
- Distinguer le nombre de relations du nombre de personnes intermédiaires.
- Refaire le comptage sur une chaîne fictive de cinq personnes.
- Ne pas confondre une moyenne empirique avec une borne valable pour chaque paire.
En clair
Camille ne connaît pas Nour. Camille connaît toutefois Inès, qui connaît Hugo, qui connaît Léa, qui connaît Nour. Quatre relations successives suffisent donc à les relier, avec trois personnes intermédiaires.
La théorie des six poignées de main généralise cette idée : dans un très vaste réseau humain, une chaîne étonnamment courte pourrait relier deux personnes quelconques. Il s'agit d'une conjecture sur la proximité sociale, et non de l'affirmation que chacun connaît directement tout le monde.
Définition
La théorie des six poignées de main, ou théorie des six degrés de séparation, est une conjecture de « petit monde ». Elle affirme que deux personnes peuvent être reliées par une courte chaîne de relations interpersonnelles, la source fixant la borne à six intermédiaires. Dans un graphe, chaque personne est représentée par un sommet et chaque relation retenue par une arête. La distance entre deux sommets est le plus petit nombre d'arêtes d'un chemin qui les relie. Le nombre d'intermédiaires vaut alors une unité de moins que le nombre d'arêtes du chemin ; il faut donc annoncer la convention employée lorsque l'on compte des « degrés » ou des « relais ».
L'idée prend racine au début du 20e siècle dans des réflexions sur la démographie, l'urbanisme et les circulations. Frigyes Karinthy (1887-1938) en donne une formulation littéraire dans la nouvelle Láncszemek (Chaînons), publiée dans le recueil Minden másképpen van (Tout est différent). Il y associe le raccourcissement des distances sociales aux progrès des communications et des transports. Stanley Milgram (1933-1984) explore empiriquement la conjecture en 1967 avec l'étude du petit monde, aussi appelée paradoxe de Milgram.
Les expériences ne donnent pas une constante universelle : la source souligne que de nombreux facteurs font varier le nombre de relais. Le nombre d'Erdős transpose l'idée au réseau des collaborations scientifiques et mesure la distance d'un mathématicien à Paul Erdős. Dans des réseaux sociaux numériques, des analyses ont estimé le nombre moyen de relais autour de 4,74 ; cette moyenne ne constitue ni une distance exacte pour chaque paire ni une preuve d'une borne universelle.
Un exemple, pas à pas
Considérons un réseau fictif de cinq personnes. Le graphe associe un sommet à chaque personne et une arête à chaque relation connue. La chaîne retenue relie Camille à Nour sans supposer de relation directe entre elles.
Données.
Personnes : Camille, Inès, Hugo, Léa et Nour.
Relations : Camille–Inès, Inès–Hugo, Hugo–Léa et Léa–Nour.
Convention : la longueur d'un chemin est son nombre d'arêtes.
Personnes : Camille, Inès, Hugo, Léa et Nour.
Relations : Camille–Inès, Inès–Hugo, Hugo–Léa et Léa–Nour.
Convention : la longueur d'un chemin est son nombre d'arêtes.
Étape 1. On part de Camille et l'on suit Camille–Inès : une relation est parcourue.
Étape 2. On poursuit par Inès–Hugo, puis Hugo–Léa, puis Léa–Nour. Le chemin contient donc quatre arêtes.
Étape 3. Entre les deux extrémités, Inès, Hugo et Léa servent de relais. La chaîne comporte ainsi quatre relations et trois intermédiaires.
Contrôle. La liste Camille, Inès, Hugo, Léa, Nour contient cinq personnes. Une chaîne simple de cinq sommets possède quatre arêtes et trois sommets internes, ce qui retrouve les deux comptages.
En pratique
Dans un réseau social connu, on représente les personnes par des sommets et une relation choisie par une arête. Pour relier deux personnes, on cherche un chemin de longueur minimale plutôt qu'une chaîne trouvée au hasard, car cette dernière peut contenir des détours.
Dans un réseau de collaborations scientifiques, le nombre d'Erdős donne une distance précise à Paul Erdős. Cette mesure est préférable à une impression de proximité dès que les publications communes qui forment les arêtes sont identifiées.
Pour comparer des réseaux ou des périodes, on examine une distribution ou une moyenne de distances. Une valeur moyenne, comme l'estimation autour de 4,74 citée pour des réseaux sociaux numériques, est informative sur l'ensemble étudié ; elle ne permet pas d'attribuer cette distance à chaque paire de personnes.
À ne pas confondre
Distance sociale et distance géographique. Deux personnes vivant loin l'une de l'autre peuvent avoir un contact commun, tandis que deux voisins peuvent n'avoir aucune relation recensée. Le critère est le nombre d'arêtes du réseau choisi, pas le nombre de kilomètres.
Conjecture des six degrés et étude du petit monde de Milgram. La première est l'affirmation générale à examiner ; la seconde est l'exploration empirique menée par Stanley Milgram en 1967. Une expérience particulière ne doit donc pas être prise pour la définition de la conjecture elle-même.
Limites et pièges
Six relations ne signifie pas six intermédiaires. Avec six arêtes entre deux extrémités, le chemin possède cinq sommets internes. Avec six intermédiaires, il possède sept arêtes. Il faut annoncer ce qui est compté avant de comparer deux résultats.
Une moyenne n'est pas une borne. L'estimation autour de 4,74 concerne un nombre moyen de relais dans les analyses numériques citées. Elle n'affirme pas que toute paire est reliée en 4,74 étapes, ni même que toutes les paires respectent ce seuil. Il faut conserver la distribution des distances ou, à défaut, limiter la conclusion à la moyenne.
Un graphe peut être déconnecté. Si deux personnes appartiennent à des composantes sans chemin commun, leur distance n'est pas finie dans ce graphe. Il faut alors signaler l'absence de chaîne plutôt que compter arbitrairement des relais.
Le résultat dépend du réseau observé. La relation choisie, les personnes incluses et les données disponibles modifient les chemins. Puisque la source indique que de nombreux facteurs font varier le nombre de relais, une valeur empirique doit rester attachée à son réseau et à sa convention de comptage.
Pour aller plus loin
La théorie des graphes transforme la question sociale en problème de chemins : la longueur pertinente est celle d'un plus court chemin, non celle d'une chaîne quelconque. Cette formalisation permet de séparer trois questions : l'existence d'un chemin, sa longueur minimale et la manière dont ces longueurs se répartissent dans le réseau.
nombre d'Erdös — Cette mesure applique la distance de graphe aux collaborations scientifiques et donne un exemple précis centré sur Paul Erdős.
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