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AnalyseNotion · Glossaire

Trithème Jean

Jean Trithème (Johannes Trithemius) est un abbé bénédictin et cryptologue allemand, connu pour ses travaux sur la cryptographie et la stéganographie. Il conçoit le chiffre de Trithème, un chiffrement polyalphabétique sans mot-clé : dans un alphabet ordonné, le décalage augmente d’un rang à chaque position, avec retour au début de l’alphabet si nécessaire. Cette règle permet de chiffrer et de déchiffrer un message dès lors que l’alphabet et le décalage initial sont connus.
Chiffrement de CODE par la méthode de Trithème Les positions zéro à trois imposent les décalages plus zéro à plus trois, qui transforment CODE en CPFH. Position Clair Décalage Chiffré 0 1 2 3 C O D E +0 +1 +2 +3 C P F H
À chaque position, le décalage augmente d'un rang : C reste C, O devient P, D devient F et E devient H.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier Jean Trithème et replacer ses œuvres dans leur chronologie.
  • Appliquer puis contrôler le chiffre de Trithème sur un mot de quatre lettres.
  • Distinguer ce chiffre du chiffre de Vigenère et de la stéganographie « Ave Maria ».

En clair

En 1483, à l'abbaye de Sponheim, Jean Trithème devient abbé et rassemble une bibliothèque qui attire des érudits. Ce bénédictin allemand ne sépare pas l'étude des textes de l'art de cacher leur sens.
Son chiffre décale la première lettre de zéro rang, la suivante d'un rang, puis de deux, et ainsi de suite. Le changement est automatique : aucun mot-clé ne le commande. Trithème imagine aussi des suites de mots dévots capables de porter un message secret sans en avoir l'apparence.

Définition

Jean Trithème est le nom français de Johannes Trithemius, né Johannes von Heidelberg en 1462 et mort en 1516. Son pseudonyme vient de Trittenheim, près de Trêves. Après des études à Trêves et à Heidelberg, il entre en 1480 à Sponheim, devient abbé en 1483, restaure l'abbaye, en renforce la discipline et constitue une bibliothèque encyclopédique. Contraint de partir en 1505 après une révolte des moines, il devient abbé de Saint-Jacques de Würzburg.
Ses travaux touchent la théologie, l'histoire bénédictine, l'astrologie, la magie, les sciences occultes et l'écriture secrète. La Steganographia, rédigée vers 1499 et publiée en 1606, prend l'apparence d'un traité kabbaliste tout en dissimulant un contenu cryptographique. La Polygraphia, publiée en 1518, décrit le chiffre de Trithème : un chiffrement polyalphabétique dont le décalage augmente d'une lettre à chaque position.
Dans le procédé classique décrit ici, le décalage est systématique et prédéterminé, sans mot-clé. Le chiffre de Vigenère est habituellement commandé par un mot-clé périodique ; ces caractéristiques distinguent les définitions des deux procédés, sans permettre de les identifier avec certitude à partir d'un texte fini. L'invention du chiffre de Vigenère fut attribuée à tort à Trithème au XVIIe siècle. La Polygraphia expose aussi le procédé « Ave Maria » : des alphabets de mots produisent, par juxtaposition, une litanie dévote qui cache un message.

Un exemple, pas à pas

Chiffrons le mot CODE avec l'alphabet usuel de 26 lettres. Les quatre lettres sont C, O, D et E. Leurs positions dans le message sont numérotées à partir de zéro : 0, 1, 2 et 3. Le schéma récapitule ces données et chaque substitution.
1. À la position 0, le décalage est 0 : C reste C.
2. À la position 1, le décalage est 1 : O devient P.
3. À la position 2, le décalage est 2 : D devient F. À la position 3, le décalage est 3 : E devient H.
Le texte chiffré est donc CPFH. Le contrôle inverse consiste à retirer successivement 0, 1, 2 et 3 rangs : C donne C, P donne O, F donne D et H donne E. On retrouve bien CODE.

En pratique

Pour étudier un chiffre possiblement lié à Trithème, on compare les substitutions successives. Si leur décalage augmente régulièrement avec la position, la suite observée est compatible avec le procédé décrit dans la Polygraphia. Cette observation seule ne permet toutefois ni d'exclure une clé de Vigenère adaptée ni d'identifier le procédé avec certitude.
Pour déchiffrer, on applique le mouvement inverse : zéro rang à la première lettre, un à la deuxième, deux à la troisième. Le rang dépend de la position dans le message, pas de la lettre précédente.
Pour étudier « Ave Maria », le bon geste change : on ne cherche plus seulement des lettres substituées. On repère le choix des mots dans des alphabets préétablis, car leur suite dévote porte le message caché.

À ne pas confondre

Chiffre de Trithème et chiffre de Vigenère. Les deux sont polyalphabétiques. Le chiffre de Trithème suit une règle progressive prédéterminée liée aux positions ; le chiffre de Vigenère emploie habituellement un mot-clé périodique. Ces caractéristiques décrivent les deux procédés, mais une observation finie des substitutions ne suffit pas à les départager : une clé adaptée peut reproduire la même suite de décalages. Attribuer le chiffre de Vigenère à Trithème est une erreur apparue au XVIIe siècle.
Cryptographie et stéganographie. Dans le chiffre de Trithème, les lettres sont transformées selon une règle. Dans « Ave Maria », le message est dissimulé sous l'apparence d'une litanie. Un texte manifestement codé relève du premier geste ; un texte anodin qui cache l'existence du message relève du second.

Limites et pièges

Le premier décalage est nul. Dans la convention de l'exemple, la lettre de position 0 reste inchangée. Ce symptôme n'est pas une omission : il lance la progression 0, 1, 2, 3. Il faut conserver la même origine des positions pendant tout le message.
L'apparence de la Steganographia peut tromper. La forme kabbaliste du traité ne décrit pas à elle seule son contenu. Pour le lire justement, il faut distinguer cette présentation des procédés stéganographiques qui dissimulent un contenu cryptographique.
Les dates ne désignent pas le même événement. La Steganographia est rédigée vers 1499 mais publiée en 1606 ; la Polygraphia paraît en 1518. Il faut donc séparer rédaction, publication et attribution ultérieure au lieu de les fondre dans une seule chronologie.

Pour aller plus loin

La fiche cryptographie replace la substitution polyalphabétique parmi les moyens de rendre un message secret.
La fiche stéganographie approfondit l'art de cacher l'existence même d'un message, essentiel pour lire « Ave Maria ».
L'article La stéganographie, inséparable compagne de la cryptographie éclaire le lien entre dissimulation du message et transformation de son contenu.
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