Il y a un « avant » et un « après » ChatGPT. Retour sur soixante-dix ans d’une discipline longtemps restée en coulisses, jusqu’à ce qu’elle arrive entre toutes les mains… et dans les laboratoires de mathématiques.
Le terme artificial intelligence apparaît pour la première fois le 31 août 1955 dans une demande de subvention de quatre chercheurs américains, parmi lesquels l’informaticien John McCarthy (1927-2011) et le mathématicien et ingénieur Claude Shannon (1916-2001), père de la théorie de l’information. Ils sollicitent des fonds pour l’organisation d’un séminaire l’été suivant. L’objectif ? Décrire chaque aspect de l’apprentissage ou de l’intelligence avec assez de précision pour qu’une machine puisse le simuler.
En anglais, intelligence désigne aussi le renseignement, la collecte et le traitement de l’information (comme dans le sigle CIA, pour Central Intelligence Agency, qui ne fait pas référence au QI de ses agents). En français, le terme évoque plutôt la pensée, la compréhension, voire la conscience. Cette ambiguïté fait couler beaucoup d’encre mais les objectifs du séminaire de 1956 montrent que c’est bien la faculté de penser et d’apprendre qui est visée.

L’IA sans le savoir

Pendant des décennies, deux approches coexistent. La première consiste à utiliser des règles logiques du type « si… alors… » : ce sont les systèmes experts des années 1980. La seconde, l’apprentissage automatique, laisse la machine ajuster elle-même ses réglages à partir de milliers d’exemples. C’est finalement cette seconde voie qui l’emportera, grâce à l’évolution de la puissance de calcul des ordinateurs.