Peut-être connaissez-vous déjà le « paradoxe de Condorcet » mais le nom du marquis, philosophe et mathématicien, est aussi associé à un théorème dit « du jury » dont le résultat est assez intuitif : si chaque électeur possède une compétence légèrement supérieure à 50 %, alors l’agrégation des votes conduit statistiquement à la « bonne » décision.
Dans l’ouvrage qu’il consacre à ce théorème, Antoine Houlou-Garcia explore en humaniste la fortune de ce résultat devenu un véritable mythe politique. Aussi bien invoqué par les tenants d’un suffrage réservé à une élite intellectuelle que par les défenseurs d’une démocratie universelle, le cœur du théorème a en effet été détourné pour servir de caution scientifique. Tout le sel du livre est de décortiquer avec pédagogie ces lectures simplificatrices. L’auteur montre comment des glissements de sens conceptuels, notamment sur la notion de vérité objective, ont conduit certains penseurs à transformer un peu trop rapidement le résultat initial en justification générale de la démocratie. Loin de jeter le travail de Condorcet aux orties, Antoine Houlou-Garcia en propose, dans un fascinant dernier chapitre, une application à l’essaimage des abeilles.