ArithmétiqueNotion · Glossaire
Bazeries Etienne
Étienne Bazeries est un militaire français, cryptanalyste et concepteur de procédés cryptographiques, notamment du chiffre et du cylindre qui portent son nom. Son chiffre est un surchiffrement qui réordonne puis remplace les lettres ; son emploi suppose un nombre à quatre chiffres pour découper le message et un tableau de substitution connus de l’expéditeur et du destinataire.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Situer Étienne Bazeries et ses principaux travaux à partir de la définition source.
- Distinguer ses déchiffrements de ses inventions.
- Refaire un exemple contrôlable de transposition puis de substitution.
En clair
Dans les années 1890, au Bureau du Chiffre du ministère des Affaires étrangères, Étienne Bazeries s’attaque à des messages que leurs destinataires veulent rendre illisibles. Son geste caractéristique est double : il change d’abord l’ordre des lettres, puis remplace chacune d’elles à l’aide d’un tableau convenu.
Cette pratique lui sert autant à concevoir des procédés de chiffrement qu’à analyser ceux des autres. Elle éclaire sa célébrité de cryptanalyste du Grand Chiffre de Louis XIV et son invention du chiffre qui porte son nom.
Définition
Étienne Bazeries (1846–1931) est un militaire français et un praticien de la cryptologie. Initié à la cryptanalyse par des jeux publiés dans la presse, il travaille au Bureau du Chiffre du ministère des Affaires étrangères dans les années 1890, puis poursuit cette activité après sa retraite. Parmi ses déchiffrements les plus connus figurent le Grand Chiffre de Louis XIV, demeuré inviolé depuis la mort de son inventeur, et le télégramme de Panizzardi, qui disculpait Dreyfus.
Le chiffre de Bazeries est un surchiffrement : il combine deux transformations successives. Un nombre à quatre chiffres fixe le découpage du message en groupes. Les lettres de chaque groupe sont d’abord écrites en ordre inverse ; chaque lettre obtenue est ensuite remplacée selon un tableau préétabli. Le destinataire doit donc connaître les données convenues pour annuler la substitution, puis reconstituer l’ordre des lettres dans chaque groupe.
Bazeries conçoit aussi le cylindre de Bazeries, présenté comme une amélioration du cylindre de Jefferson. Il expose ses travaux dans Les chiffres secrets dévoilés, publié en 1901. Ces trois traces — déchiffrements, chiffre et cylindre — distinguent son activité de cryptanalyste de son travail d’inventeur.
Un exemple, pas à pas
Prenons un exemple pédagogique, et non un message historique. Le texte à chiffrer est MATHS. Le nombre à quatre chiffres choisi est 2121. Pour rendre la seconde transformation vérifiable, le tableau convenu contient ici les correspondances A→Q, M→F, T→L, S→R et H→B.
1. Les premiers chiffres nécessaires, 2, 1 et 2, découpent le texte en MA | T | HS.
2. L’inversion dans chaque groupe donne AM | T | SH, soit AMTSH.
3. La substitution lettre par lettre transforme AMTSH en QFLRB.
2. L’inversion dans chaque groupe donne AM | T | SH, soit AMTSH.
3. La substitution lettre par lettre transforme AMTSH en QFLRB.
Le schéma matérialise les deux transformations sans leur attribuer de valeur historique. Pour contrôler le résultat, on applique le tableau en sens inverse : QFLRB redonne AMTSH. Le découpage 2 | 1 | 2 puis une nouvelle inversion rendent enfin MATHS.
En pratique
Pour étudier un message à la main, on sépare les deux couches. On repère d’abord les groupes et leur inversion, puis on examine les remplacements. Une substitution seule convient si les lettres changent sans être réordonnées ; une transposition seule suffit si elles sont seulement déplacées.
Pour refaire l’exemple, on conserve côte à côte le nombre à quatre chiffres et le tableau de substitution. Le bon contrôle consiste à parcourir exactement les étapes en sens inverse jusqu’au message initial.
Pour situer Bazeries dans l’histoire, on distingue ses activités : il déchiffre le Grand Chiffre et le télégramme de Panizzardi, tandis qu’il conçoit le chiffre et le cylindre portant son nom. Cette séparation évite d’attribuer à une invention ce qui relève d’une cryptanalyse.
À ne pas confondre
Le chiffre de Bazeries et le Grand Chiffre de Louis XIV. Bazeries conçoit le premier, mais déchiffre le second, qui avait un autre inventeur. Le critère décisif est donc son rôle : création d’un côté, cryptanalyse de l’autre.
Le chiffre et le cylindre de Bazeries. Le chiffre est la procédure en trois étapes appliquée au message. Le cylindre est un objet distinct, présenté comme une amélioration du cylindre de Jefferson. Un découpage suivi d’inversions et de substitutions relève ici du chiffre, pas du cylindre.
Chiffrement et cryptanalyse. Le chiffrement transforme un message pour le protéger ; la cryptanalyse cherche à retrouver le sens d’un message chiffré. Bazeries a pratiqué les deux, ce qui n’en fait pas une seule et même opération.
Limites et pièges
Un exemple n’est pas une pièce d’archive. Le message MATHS, le nombre 2121 et les cinq correspondances ont été choisis pour montrer le mécanisme. Ils ne doivent pas être présentés comme des paramètres employés par Bazeries.
Le nombre ne suffit pas. Après l’inversion des groupes, le tableau préétabli reste nécessaire pour effectuer ou annuler la substitution. Si ce tableau manque, la seconde transformation de l’exemple ne peut pas être reproduite.
La longueur du message peut interrompre la suite. Dans MATHS, les tailles 2, 1 et 2 épuisent déjà les cinq lettres ; le quatrième chiffre n’est pas utilisé. Il ne faut ni ajouter une lettre ni fabriquer un groupe vide pour forcer son emploi.
La description fournie reste générale. Elle établit les trois étapes, mais ne donne pas la forme complète du tableau historique ni la construction détaillée du cylindre. Ces éléments ne peuvent donc pas être déduits du seul résumé.
Pour aller plus loin
Un prolongement naturel consiste à étudier séparément la transposition et la substitution, puis à observer ce que leur composition change pour le chiffrement comme pour le déchiffrement. On peut aussi comparer une procédure écrite à un dispositif matériel tel que le cylindre, sans supposer qu’ils mettent en œuvre exactement les mêmes opérations.
La trajectoire de Bazeries invite enfin à distinguer trois types de sources : les messages qu’il a analysés, les procédés qu’il a conçus et son ouvrage de 1901. Cette distinction aide à attribuer chaque résultat au bon contexte.
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