GéométrieNotion · Glossaire
codisciplinarité
Dans un cadre d'enseignement ou d'étude donné, la codisciplinarité désigne une collaboration où deux disciplines sont si imbriquées et structurellement dépendantes qu'elles ne peuvent être séparées. On la reconnaît au fait que retirer l'une ou l'autre défait le travail commun. Elle croise surtout leurs méthodes, sans garantir la production de savoirs conceptuels nouveaux.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier la dépendance structurelle qui définit la codisciplinarité.
- Tester un cas d'histoire-géographie en retirant successivement chaque approche.
- Distinguer codisciplinarité, pluridisciplinarité, interdisciplinarité et transdisciplinarité.
- Comprendre pourquoi un croisement méthodologique ne crée pas nécessairement de nouveaux concepts.
En clair
Imaginez une étude d'histoire-géographie dans laquelle la chronologie et l'organisation de l'espace répondent à une même question. Retirer l'une des deux approches empêcherait de mener l'étude telle qu'elle a été conçue.
Cette dépendance réciproque caractérise la codisciplinarité. Il ne s'agit pas seulement de placer deux matières côte à côte : leurs démarches sont imbriquées, au point que leur séparation ferait perdre la structure même du travail commun.
Définition
La codisciplinarité est une relation entre deux disciplines dont les objets ou les méthodes sont si étroitement liés qu'elles ne peuvent pas être enseignées ou étudiées séparément dans le cadre considéré. Sa condition distinctive est une dépendance structurelle : chaque discipline contribue à l'organisation même du travail de l'autre, et non à une simple addition de points de vue.
L'histoire et la géographie, la biologie et la géologie, ainsi que la physique et la chimie peuvent en fournir des exemples, selon le cadre d'enseignement ou d'étude considéré. Dans de tels cadres, ces couples illustrent une forte imbrication, qui peut aller jusqu'à la fusion des deux disciplines en une seule. Les termes multidisciplinarité, pluridisciplinarité, interdisciplinarité et transdisciplinarité décrivent d'autres degrés ou formes de croisement ; ils ne sont donc pas interchangeables avec codisciplinarité.
Sur le plan épistémologique, l'apport codisciplinaire tient surtout au croisement des approches méthodologiques. Ce croisement ne produit pas nécessairement des savoirs conceptuels nouveaux au-delà de ceux que chaque discipline aurait élaborés séparément. Une représentation par deux domaines reliés rend visible cette dépendance sans prétendre effacer leurs identités.
Un exemple, pas à pas
Considérons une étude conçue en histoire-géographie. Question commune : comment l'arrivée du chemin de fer, entre 1850 et 1900, transforme-t-elle l'organisation et la croissance de Lyon ? L'histoire établit la chronologie de l'extension du réseau, de l'industrialisation et des décisions d'aménagement à partir de dates et de documents d'époque. La géographie compare des cartes pour localiser les voies, les gares, les usines et l'expansion des quartiers.
1. Les deux approches ne forment pas deux dossiers indépendants : la chronologie indique quand surviennent les changements, tandis que les cartes montrent où la ville se réorganise et s'étend. Leur rapprochement permet d'étudier une transformation à la fois temporelle et spatiale.
2. Retirons l'approche géographique. Les dates et les documents d'époque retracent encore l'arrivée du chemin de fer et les décisions d'aménagement, mais ils ne permettent plus de localiser le déplacement des activités ni l'expansion des quartiers. La transformation de l'organisation urbaine demandée par la question reste donc incomplète.
3. Retirons maintenant l'approche historique. Les cartes situent les voies, les gares, les usines et les quartiers, mais, sans chronologie ni documents d'époque, elles ne permettent plus d'établir l'enchaînement entre l'arrivée du rail, les choix d'aménagement et la croissance de la ville. La transformation entre 1850 et 1900 ne peut donc plus être expliquée.
4. On vérifie enfin que le lien porte sur la structure de l'étude, et pas seulement sur un thème partagé ou une présentation commune.
Le diagnostic est alors codisciplinaire dans ce cadre précis. Le contrôle est refaisable : chaque approche doit être indispensable au travail de l'autre ; si l'une peut être retirée sans modifier la démarche, le critère de dépendance structurelle n'est pas satisfait.
En pratique
Dans un enseignement, on cherche si deux matières doivent construire ensemble la progression. Si chacune peut être enseignée sans modifier l'autre, une forme de collaboration moins intégrée décrit mieux la situation.
Dans une étude, on examine le rôle des méthodes. Lorsque les démarches de deux disciplines se conditionnent réciproquement, le cadre codisciplinaire est pertinent ; une simple juxtaposition de résultats ne suffit pas.
Pour qualifier un projet, le bon geste consiste à tester la séparation : que devient le travail si l'on retire l'une des disciplines ? Une perte de structure dans les deux sens signale la dépendance recherchée.
À ne pas confondre
Pluridisciplinarité ou multidisciplinarité. Plusieurs disciplines peuvent travailler sur un même thème tout en conservant des contributions séparables. Si chaque volet peut être isolé sans défaire les autres, le cas ne satisfait pas le critère codisciplinaire.
Interdisciplinarité. Des disciplines peuvent échanger des méthodes ou coordonner leurs analyses sans devenir structurellement inséparables. Un projet dont les apports restent autonomes relève d'un autre degré d'intégration que la codisciplinarité.
Transdisciplinarité. Elle vise un croisement qui traverse les frontières disciplinaires, tandis que la codisciplinarité décrit la dépendance structurelle de deux disciplines déterminées. Un cadre qui dépasse plusieurs découpages disciplinaires ne se réduit donc pas à un couple codisciplinaire.
Limites et pièges
Un couple habituel n'est pas une preuve automatique. La présence de deux disciplines souvent associées, comme l'histoire et la géographie, ne suffit pas. Il faut encore vérifier, dans l'enseignement ou l'étude considéré, que leur séparation détruirait la structure commune.
Un thème commun peut masquer une simple juxtaposition. Le symptôme est la possibilité de retirer un volet sans changer la démarche de l'autre. Dans ce cas, il faut décrire le degré réel d'intégration au lieu d'employer codisciplinarité.
Le croisement méthodologique ne garantit pas une connaissance conceptuelle nouvelle. La coopération peut être forte tout en produisant surtout un échange d'approches. Il faut distinguer l'intégration des méthodes de la création de concepts qui dépasseraient les résultats séparés.
La fusion change le cadre de description. Une imbrication poussée peut finir par former une seule discipline. Lorsque cette fusion est accomplie, il faut décrire la discipline unifiée plutôt que supposer indéfiniment deux domaines encore distincts.
Pour aller plus loin
Le glossaire interdisciplinarité aide à situer une coopération entre disciplines qui ne repose pas nécessairement sur leur inséparabilité structurelle.
La fiche pluridisciplinarité précise un autre degré de rapprochement et affine le diagnostic lorsque les contributions restent séparables.
La notion de transdisciplinarité prolonge la comparaison vers les démarches qui traversent les frontières entre plusieurs disciplines.
L'entrée épistémologie donne le cadre pour examiner ce que le croisement des méthodes change dans la production des savoirs.
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