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Histoire et cultureNotion · Glossaire

Crémone Gérard de

Gérard de Crémone est un érudit et traducteur italien qui a rendu accessibles en latin de nombreux textes scientifiques et philosophiques écrits en arabe. Son travail a contribué à transmettre ces savoirs au monde savant latin ; il estimait qu’une traduction fidèle exigeait de maîtriser la langue source, la langue cible et la discipline concernée.
Chronologie de Gérard de Crémone Frise de 1114 à 1187, avec l’installation à Tolède vers 1150 et l’activité de traduction de l’arabe vers le latin. Crémone 1114 Tolède vers 1150 Traductions arabe → latin 1187 fin de vie
La frise distingue les dates établies de 1114 et 1187 du repère approximatif de son installation à Tolède vers 1150.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Situer Gérard de Crémone entre Crémone, Tolède et le mouvement de traduction du XIIe siècle.
  • Identifier six ouvrages majeurs dont une traduction lui est attribuée.
  • Distinguer son rôle de traducteur de celui des auteurs traduits.
  • Retenir les trois compétences qu’il juge nécessaires à une bonne traduction scientifique.

En clair

Vers 1150, Gérard de Crémone quitte sa Lombardie natale pour s’établir à Tolède. Il y apprend l’arabe afin de traduire en latin des textes scientifiques et philosophiques majeurs.
Son travail fait passer des savoirs d’une langue savante à une autre. Il ne suffit donc pas de remplacer des mots : Gérard estime qu’un bon traducteur doit connaître les deux langues et comprendre profondément la discipline abordée. Environ soixante-dix traductions lui sont attribuées, dont l’Almageste de Ptolémée et un ouvrage d’Al-Khwârizmî.

Définition

Gérard de Crémone est un érudit, écrivain et traducteur italien né à Crémone, en Lombardie, en 1114 et mort en 1187. Il s’établit à Tolède vers 1150, y apprend l’arabe et consacre la suite de sa vie à traduire en latin des textes scientifiques et philosophiques rédigés dans cette langue. Son activité appartient au mouvement de traduction des œuvres grecques et arabes mené au XIIe siècle en Espagne et en Italie, l’un des moteurs de la Renaissance du XIIe siècle.
La chronologie de son parcours relie ainsi un lieu de naissance, son installation à Tolède et une longue activité de traduction. Environ soixante-dix ouvrages majeurs lui sont attribués. Parmi eux figurent l’Almageste de Claude Ptolémée, les Coniques d’Apollonius, les Seconds Analytiques d’Aristote, le Canon d’Avicenne, l’Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison d’Al-Khwârizmî et les Degrés d’Al-Kindi.
Son apport ne se réduit pas au nombre de textes traduits. Il introduit aussi le mot « sinus » dans le vocabulaire scientifique latin en traduisant le terme arabe correspondant. Sa conception exige trois compétences réunies : la maîtrise de la langue source, celle de la langue cible et une connaissance approfondie de la discipline concernée.

Un exemple, pas à pas

Prenons un cas cité parmi ses traductions : l’Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison d’Al-Khwârizmî. Les données de départ sont un texte scientifique rédigé en arabe, une traduction attendue en latin et un traducteur qui connaît les deux langues ainsi que la discipline.
1. Gérard identifie d’abord la langue source, l’arabe, et la langue cible, le latin.
2. Il mobilise ensuite sa connaissance du calcul afin que les notions scientifiques ne soient pas réduites à une substitution mot à mot.
3. La traduction latine rend alors le contenu de l’ouvrage accessible dans la langue cible. Ce cas illustre le mouvement plus vaste de traduction des œuvres grecques et arabes au XIIe siècle.
4. Le contrôle consiste à retrouver les trois exigences formulées par Gérard : maîtriser l’arabe, maîtriser le latin et connaître en profondeur le domaine scientifique traduit. Si l’une manque, l’exemple ne correspond plus à sa conception d’une bonne traduction.

En pratique

Pour situer un ouvrage scientifique médiéval, on vérifie d’abord son auteur puis le rôle de Gérard. L’Almageste est une œuvre de Ptolémée ; Gérard en est le traducteur latin cité dans la source, pas l’auteur.
Pour replacer une traduction dans le temps, le repère utile est son installation à Tolède vers 1150. Si l’on étudie le mouvement d’ensemble plutôt que sa trajectoire personnelle, il faut élargir le cadre à l’Espagne et à l’Italie du XIIe siècle.
Pour reconnaître sa méthode, on cherche trois éléments explicites : la langue du texte, la langue d’arrivée et la compétence scientifique. Une simple équivalence de vocabulaire ne suffit pas à représenter sa conception du métier.

À ne pas confondre

Traducteur et auteur. Le critère est la responsabilité de l’œuvre : Ptolémée est l’auteur de l’Almageste, tandis que Gérard en réalise une traduction latine. Nommer Gérard comme auteur de cet ouvrage serait donc incorrect.
Gérard de Crémone et Al-Khwârizmî. Le premier traduit en latin un ouvrage attribué au second. Lorsque le titre considéré est l’Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison, Al-Khwârizmî est l’auteur cité et Gérard le traducteur.
Une trajectoire et un mouvement historique. Gérard est une personne née en 1114 et morte en 1187. La Renaissance du XIIe siècle est le cadre plus large auquel contribue le mouvement de traductions en Espagne et en Italie.

Limites et pièges

Une attribution n’est pas une certitude d’auteur. La source dit qu’environ soixante-dix traductions lui sont attribuées. Il faut donc conserver à la fois l’approximation du nombre et la prudence du verbe « attribuer », sans transformer ce corpus en liste certaine et exhaustive.
« Vers 1150 » n’est pas une date exacte. Ce repère concerne son installation à Tolède. Le présenter comme une année certaine, ou l’associer sans preuve à une traduction particulière, ajouterait une précision absente de la source.
Traduire ne signifie pas écrire l’œuvre traduite. La présence du nom de Gérard auprès des Coniques, du Canon ou des Degrés indique ici son rôle de traducteur latin. Il faut conserver séparément le nom de l’auteur cité pour chaque ouvrage.
Le mot « sinus » demande une attribution précise. La source attribue à Gérard son introduction dans le vocabulaire scientifique latin lors de la traduction du terme arabe correspondant. Elle ne date pas cette introduction et ne la rattache pas à un ouvrage particulier.

Pour aller plus loin

Gérard de Crémone, portrait d’un traducteur — Pour prolonger la fiche par un article centré sur son activité de traducteur.
Almageste de Ptolémée — Pour identifier l’un des ouvrages majeurs dont une traduction latine lui est attribuée.
Al-Khwarizmi — Pour situer l’auteur de l’ouvrage de calcul cité parmi les traductions de Gérard.
Avicenne — Pour découvrir l’auteur du Canon, autre texte majeur présent dans le corpus attribué au traducteur.
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