AnalyseNotion · Glossaire
genèse instrumentale
La genèse instrumentale décrit la construction progressive d'un instrument par un utilisateur à partir d'un artefact matériel ou symbolique. Elle articule deux mouvements complémentaires : l'instrumentation, par laquelle les propriétés de l'artefact façonnent les schèmes d'action, et l'instrumentalisation, par laquelle l'utilisateur adapte ou enrichit l'artefact. L'instrument résulte ainsi de la relation entre l'artefact et les schèmes d'action construits, et non de l'objet seul.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Définir la genèse instrumentale
- Distinguer instrumentation et instrumentalisation
- Reconnaître la construction d'un instrument dans une activité
En clair
Un élève ouvre un outil informatique pour représenter une situation mathématique. Au départ, cet outil est seulement un artefact : il existe, avec ses commandes et ses possibilités. En l'utilisant, l'élève apprend peu à peu quels gestes permettent d'explorer, de vérifier ou de modifier cette situation. L'outil et les habitudes de l'élève se transforment alors ensemble. L'artefact devient un instrument de pensée quand il prend place dans une manière organisée d'agir. Cette construction progressive est la genèse instrumentale. Elle combine l'influence de l'outil sur les actions et les adaptations que l'utilisateur lui apporte.
Définition
La genèse instrumentale décrit le passage d'un artefact à un instrument fonctionnel pour un utilisateur. Un artefact est ici un objet matériel ou symbolique fabriqué par l'homme ; un instrument n'est pas l'objet seul, mais l'ensemble formé par cet objet et les schèmes d'action que l'utilisateur construit pour s'en servir. La genèse est donc un processus de construction progressive, et non une propriété disponible immédiatement dans l'artefact.
Deux mouvements complémentaires la décrivent. L'instrumentation correspond à l'influence des propriétés de l'artefact : ses représentations, commandes ou contraintes orientent et façonnent les schèmes d'action du sujet. L'instrumentalisation correspond au mouvement inverse : le sujet adapte, détourne ou enrichit l'artefact afin de répondre à ses propres besoins. Ces mouvements peuvent se développer ensemble, dans une activité individuelle ou collective.
En didactique des mathématiques et des sciences, notamment avec les outils informatiques, cette distinction sert à analyser l'appropriation d'un outil par un élève ou un enseignant. Elle rappelle qu'un même artefact ne devient pas nécessairement le même instrument pour tous, car les schèmes construits dépendent de l'activité menée.
Un exemple, pas à pas
Un élève utilise un outil informatique pour représenter et explorer une situation mathématique. L'outil est d'abord l'artefact ; l'instrument apparaîtra dans l'organisation progressive de son activité.
1. Dans un logiciel de géométrie dynamique, l'élève observe la représentation d'un triangle ABC et de sa hauteur issue de A, ainsi que les commandes qui permettent de déplacer B ou C.
2. Il déplace B, puis observe que le pied de la hauteur se déplace tandis que l'angle avec (BC) reste droit : il répond ainsi à la question « la hauteur reste-t-elle perpendiculaire à (BC) quand le triangle change ? ».
3. Pour contrôler cette propriété, il ajoute l'affichage de la mesure de l'angle et organise ses gestes : sélectionner B, le déplacer, puis lire la mesure affichée.
4. Il réutilise cette organisation sur un autre triangle DEF : il déplace E et vérifie de nouveau, avec la mesure de l'angle, que la hauteur issue de D reste perpendiculaire à (EF).
2. Il déplace B, puis observe que le pied de la hauteur se déplace tandis que l'angle avec (BC) reste droit : il répond ainsi à la question « la hauteur reste-t-elle perpendiculaire à (BC) quand le triangle change ? ».
3. Pour contrôler cette propriété, il ajoute l'affichage de la mesure de l'angle et organise ses gestes : sélectionner B, le déplacer, puis lire la mesure affichée.
4. Il réutilise cette organisation sur un autre triangle DEF : il déplace E et vérifie de nouveau, avec la mesure de l'angle, que la hauteur issue de D reste perpendiculaire à (EF).
Les étapes 1 et 2 montrent l'instrumentation : les commandes de déplacement et la contrainte de perpendicularité du logiciel orientent les gestes de l'élève, et l'effet observable est le déplacement du pied de la hauteur avec un angle qui reste droit. Les étapes 3 et 4 montrent l'instrumentalisation : l'élève enrichit la représentation par la mesure de l'angle, organise une procédure de contrôle adaptée à sa question, puis la réinvestit sur le triangle DEF.
Le contrôle est refaisable : il suffit de déplacer B puis E et de lire la mesure de l'angle dans les deux triangles. Si l'élève ne relie pas ces déplacements et ces lectures à la question de la perpendicularité, l'artefact est utilisé, mais la genèse instrumentale n'est pas encore caractérisée par un instrument construit.
En pratique
En classe, on peut observer comment un élève s'approprie un outil informatique pendant une activité mathématique. On regarde les gestes qu'il répète, les représentations qu'il mobilise et la manière dont il relie l'outil à sa question.
Pour analyser l'instrumentation, on relève ce que les propriétés de l'outil rendent possible, imposent ou rendent visible. Pour analyser l'instrumentalisation, on relève les adaptations, détournements ou enrichissements construits par l'élève ou l'enseignant.
L'analyse peut aussi porter sur un collectif. Deux utilisateurs peuvent employer le même artefact, mais organiser leurs actions selon des schèmes différents. Le critère observable est alors l'écart entre leurs façons effectives d'agir, et non la seule présence de l'outil.
À ne pas confondre
La genèse instrumentale ne se confond pas avec la simple utilisation d'un artefact. Le critère qui tranche est l'existence de schèmes d'action construits et réinvestis par l'utilisateur. Un élève qui ouvre un outil puis l'abandonne après quelques clics utilise l'artefact ; un élève qui organise des gestes réutilisables pour explorer une situation construit un instrument.
Elle ne se confond pas non plus avec l'instrumentalisation seule. L'instrumentalisation désigne le mouvement par lequel le sujet adapte ou enrichit l'artefact ; la genèse instrumentale englobe ce mouvement et l'instrumentation, par laquelle l'artefact façonne les schèmes d'action.
Limites et pièges
Un artefact ne devient pas automatiquement un instrument dès qu'il est mis entre les mains d'un utilisateur. Le symptôme observable est l'absence de schème d'action identifiable ou réinvesti. Il faut alors décrire l'activité réelle avant de conclure à une genèse instrumentale.
La relation n'est pas à sens unique. Réduire la genèse à l'influence des commandes ou des représentations de l'outil efface l'instrumentalisation ; la réduire aux astuces de l'utilisateur efface l'instrumentation. Pour éviter ce double piège, on examine les deux mouvements dans la même activité.
Enfin, un instrument n'est pas nécessairement identique d'une personne à l'autre. Un élève et un enseignant peuvent s'approprier le même outil selon des schèmes différents. Une observation valable précise donc l'utilisateur, l'activité et le contexte au lieu d'attribuer au seul artefact une fonction universelle.
Pour aller plus loin
La notion invite à étudier l'appropriation des outils dans des activités où l'utilisateur pense et agit avec eux. En didactique des mathématiques et des sciences, elle conduit à décrire ensemble les propriétés de l'artefact, les schèmes d'action construits et les interactions entre élèves ou enseignants, plutôt qu'à attribuer l'apprentissage à l'outil seul.
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