AlgèbreObjet mathématique · Glossaire
matrice de Hilbert
Pour tout entier n ≥ 1, la matrice de Hilbert d'ordre n est la matrice carrée dont le coefficient de la ligne i et de la colonne j vaut 1/(i + j − 1), pour 1 ≤ i, j ≤ n. Malgré cette règle simple, elle devient rapidement mal conditionnée quand n augmente : résoudre numériquement un système qui l'emploie amplifie fortement les erreurs d'arrondi, ce qui en fait un banc d'essai classique en analyse numérique.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Construire chaque coefficient à partir de sa ligne et de sa colonne.
- Vérifier un produit exact avec la matrice d’ordre 3.
- Relier le mauvais conditionnement à la sensibilité aux erreurs d’arrondi.
- Distinguer la matrice de Hilbert d’une matrice seulement symétrique définie positive.
En clair
Imaginez une grille carrée remplie de fractions. La case en haut à gauche contient 1. En avançant d’une case vers la droite ou vers le bas, le dénominateur augmente de 1 : on rencontre 1/2, puis 1/3, 1/4, etc.
Cette grille est une matrice de Hilbert. Deux cases placées en miroir par rapport à la diagonale principale contiennent la même fraction. Malgré cette organisation très régulière, les calculs numériques effectués avec une grande matrice de Hilbert deviennent très sensibles aux petits arrondis.
Définition
Une matrice de Hilbert est une matrice carrée déterminée par son ordre, c’est-à-dire son nombre n de lignes et de colonnes. Pour une ligne numérotée i et une colonne numérotée j, avec i et j compris entre 1 et n, son coefficient est donné par . L’ordre fixe donc la taille, et la position fixe entièrement chaque valeur.
Les positions (i, j) et (j, i) ont la même somme i + j, donc le même coefficient de part et d’autre de la diagonale : la matrice est symétrique. Elle est aussi définie positive pour tout ordre n. Ces deux propriétés ne suppriment toutefois pas sa difficulté numérique. Son nombre de conditionnement augmente très rapidement avec n, si bien qu’un système linéaire qui l’utilise peut amplifier les erreurs d’arrondi.
Cette sensibilité en fait un banc d’essai classique en analyse numérique : elle met à l’épreuve les algorithmes de résolution de systèmes linéaires dans un cadre dont tous les coefficients sont connus exactement.
De quoi c'est fait
La structure repose sur quatre éléments. L’ordre n donne le nombre de lignes et de colonnes. L’indice i repère une ligne, tandis que l’indice j repère une colonne. Enfin, la somme i + j − 1 fournit le dénominateur du coefficient situé à leur croisement.
Le couple ligne-colonne détermine donc chaque fraction, et l’ordre détermine quels couples existent. Les cases pour lesquelles i + j est identique forment une anti-diagonale de valeurs égales. Comme la formule ne distingue pas i de j, les positions (i, j) et (j, i) se répondent avec la même valeur. Ces seules données suffisent à construire toute la matrice ; la disposition graphique ou la couleur choisie pour la représenter n’en font pas partie.
Un exemple, pas à pas
Prenons la matrice de Hilbert d’ordre 3. Les données sont les indices de lignes i = 1, 2, 3, les indices de colonnes j = 1, 2, 3 et le vecteur colonne dont les trois composantes valent 1.
1. On construit les neuf coefficients avec la règle donnée :
2. On multiplie chaque ligne par le vecteur choisi. Les trois sommes sont exactes :
3. Le résultat est le vecteur colonne de composantes 11/6, 13/12 et 47/60. Pour contrôler le calcul, on remet les termes de chaque ligne au même dénominateur : 6/6 + 3/6 + 2/6 = 11/6, par exemple pour la première ligne.
En pratique
En analyse numérique, on construit une matrice de Hilbert d’un ordre donné, puis on l’utilise dans un système linéaire pour éprouver une méthode de résolution. On observe alors l’écart entre le résultat attendu et celui obtenu avec des nombres arrondis.
Pour comparer deux algorithmes, on leur soumet le même ordre, le même second membre et la même précision numérique. Si leurs résultats réagissent différemment aux arrondis, ce test rend visible leur comportement face à un mauvais conditionnement.
Pour un calcul courant, la matrice de Hilbert n’est donc pas choisie parce qu’elle modélise spontanément le problème. Elle est surtout préférée comme banc d’essai lorsque le critère recherché est une forte sensibilité numérique, et non un simple exemple de matrice symétrique.
À ne pas confondre
Matrice de Hilbert et matrice symétrique définie positive. « Symétrique définie positive » décrit des propriétés, tandis que « matrice de Hilbert » impose aussi le coefficient 1/(i + j − 1) à chaque position. Une matrice peut donc partager ces propriétés sans être une matrice de Hilbert ; la règle des coefficients tranche.
Matrice de Hilbert et matrice simplement remplie de fractions. La présence de nombres comme 1/2 ou 1/3 ne suffit pas. Pour une matrice de Hilbert, la case (2, 3), par exemple, vaut nécessairement 1/4, car 2 + 3 − 1 = 4.
Limites et pièges
Le premier ordre est un cas charnière. Pour n = 1, la matrice se réduit à la seule valeur 1. Il ne faut donc pas lire « mal conditionnée » comme une difficulté identique à chaque ordre : la sensibilité devient l’enjeu lorsque l’ordre augmente.
Des coefficients exacts ne garantissent pas un calcul numérique exact. Les fractions définissent la matrice sans ambiguïté, mais leur représentation décimale et les opérations effectuées peuvent introduire des arrondis. Il faut conserver les fractions exactes pour un contrôle symbolique ou préciser la précision numérique employée.
La positivité définie n’efface pas le mauvais conditionnement. Ces deux informations coexistent ici. Vérifier seulement que la matrice est symétrique et définie positive ne suffit donc pas à prévoir la stabilité d’une résolution ; il faut aussi examiner son conditionnement.
Pour aller plus loin
Le Conditionnement donne le cadre précis pour relier les petites perturbations des données aux variations possibles du résultat d’un calcul.
Cette notion éclaire le rôle de la matrice de Hilbert : sa structure est simple à écrire, mais son nombre de conditionnement croît très rapidement avec l’ordre. Elle sépare ainsi la difficulté mathématique de définir un objet de la difficulté numérique de calculer avec lui.
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