Dans le titre de ce livre, le mot le plus important est sûrement « personnelles ». Son autrice est une mathématicienne brillante et reconnue. Au regard de son implication dans différents projets de diffusion, elle aurait pu choisir de présenter les subtilités de ses recherches et de ses résultats. Son parti pris est tout autre : elle s’ouvre avec sincérité sur sa formation et son parcours, elle partage son regard sans concession sur les mathématiques et sur notre communauté. Elle offre ainsi un livre qui devrait permettre à toutes et tous de découvrir de l’intérieur la richesse de la recherche en mathématiques et les travers de celles et ceux qui les pratiquent.
Dans le détail, au début du livre, on rencontre l’autrice lycéenne qui ne sait pas encore qu’elle veut faire des mathématiques ni même que cela peut constituer un métier. La bonne élève poursuit en classes préparatoires et rencontre Stéphane Hoguet, un professeur à la fois talentueux et charismatique qui lui transmet passion et confiance. Ce coup de pouce était bienvenu alors qu’elle pouvait constater que les femmes se raréfiaient dans ce cursus. Cette étape de sa formation est d’ailleurs l’occasion de rappeler les biais de notre société, la façon dont elle a pu les ressentir à l’époque et leur persistance aujourd’hui.
Suivent les années à l’École normale supérieure, la thèse, puis un exil volontaire à New York, plus précisément au Courant Institute, avec l’envie de voir le monde. Revenant dans le présent, Sylvia Serfaty évoque la façon de faire de la recherche, les collaborations, l’inspiration des « anciens »… Elle détaille le plaisir dans son quotidien de chercheuse ou la façon dont des problèmes peuvent l’habiter… Ce qui contraste avec la manière dont les travaux sont évalués et publiés, avec le star-system qui accompagne prix et récompenses. On alterne entre la joie simple procurée par les mathématiques et des réflexions un peu désabusées : on découvre la réalité complexe de la recherche.