Idée apparemment universelle, notion première en géométrie, la ligne (droite ou courbe) peut être « un enchaînement de connexions entre des points fixes ». Mais si le point a fait l’objet d’études poussées, peu d’auteurs se sont intéressés à la ligne (Klee et Kandinsky en peinture, ou Fuller en architecture avec le concept de tenségrité sont de trop rares exceptions).
Cette situation intrigante a poussé le socio-anthropologue Tim Ingold à lui consacrer un cours, puis cet ouvrage. Très bien écrit, construit et traduit, il présente des thèses plus anthropologiques que géométriques : l’écriture comme activité consistant à tracer des lignes ; la distinction entre écriture et dessin (l’écriture relève d’une notation, est une technologie et est linéaire, alors que le dessin est un art) ; la différence entre tracer une ligne à main levée et tracer une ligne à la règle est la même qu’entre le trajet libre (d’un voyageur) et le transport logistique (de nourriture)…
Le premier chapitre est déconcertant. L’auteur y montre que… la parole et le chant n’ont pas toujours été dissociés : en Occident, et jusqu’au Moyen Âge, il n’existait qu’un seul registre d’écriture utilisant des lettres et des mots. De là, il explique que l’histoire de l’écriture doit être incluse dans une histoire de la notation, qui elle-même s’inscrit dans une étude de la ligne.