Il existe une doxa qui énonce que la théorie des jeux n’est arrivée en France qu’à la fin des années 1970. Dans cet ouvrage richement documenté, Tarik Tazdaït montre que, si elle s’est effectivement installée en France à ce moment-là, elle était déjà présente depuis les années 1950 : certes pas encore dominante ni communément acceptée, mais néanmoins bien là.
Lorsque le mathématicien et économiste Oskar Morgenstern présente pour la première fois à Paris en 1947 son ouvrage fondateur Theory of Games and Economic Behavior (qu’il signe avec le mathématicien John von Neumann aux Princeton University Press en 1944), personne n’en a encore connaissance. Ce voyage quelque peu décevant pour l’auteur a néanmoins un impact décisif : intéresser au sujet un certain Georges-Théodule Guilbaud (1912‒2008), un personnage central dans l’histoire du lien entre mathématiques et sciences sociales.