Depuis le Frankenstein de Mary Shelley, l'idée que l'inventivité humaine allait conduire à engendrer une créature maléfique qui nous serait supérieure traverse toute l'histoire de la science-fiction. Dans ce registre, le thème d'un ordinateur devenu fou dangereux, qui prend aujourd'hui volontiers les traits de l'IA, est aussi ancien que l'informatique elle-même.

À l'occasion des journées 2026 de la Société informatique de France les 4 et 5 juin à Nancy, Alain Dutech et Nicolas Dupuy ont proposé au public une projection-débat originale, dans laquelle la diffusion de deux extraits de films d'anticipation ont été l'occasion de discussions sur le devenir de l'IA, entre promesses, menaces et fantasmes.
Affiche du film The Invisible Boy de 1957, sorti en France cinq ans plus tard sous le titre Le cerveau infernal.

Tangente : Le premier extrait que vous avez diffusé est un film de Herman Hoffman de 1957, The Invisible Boy, qui raconte l'histoire d'un ordinateur surpuissant rêvant de conquérir le monde pour lui seul et d'instaurer un univers stérile. Peut-on dire que toutes les angoisses de notre temps sont déjà contenues dans ce film ?

Alain Dutech : L'idée d'un être supérieur qui s'émancipe est récurrente dans la science-fiction depuis les origines. Ce qui est intéressant dans ce film (par ailleurs un échec à sa sortie), c'est que chaque aspect peut être décortiqué selon deux points de vue inverses. Côté pile, un côté effectivement visionnaire, comme dans l'interface vocale de l'ordinateur qui préfigure nos agents conversationnels. Côté face, une dimension complètement fantaisiste : quand on voit que de simples cartes perforées sont censées contenir assez d'information pour modifier un ordinateur pour le rendre conscient, on ne peut s'empêcher de sourire… Mais si l'on met de côté ces aspects évidemment surannés, il reste un questionnement toujours actuel sur les dangers de la technologie.