GéométrieNotion · Glossaire
Lallemand Charles
Charles Jean-Pierre Lallemand (1857-1938) est un géophysicien français. Il a joué un rôle déterminant dans le nivellement géodésique de la France, un réseau de repères altimétriques qui permet de comparer les altitudes à une référence commune : le « zéro normal » établi au marégraphe de Marseille. En 1885, il établit le réseau national, qui remplace celui de Bourdaloue (1864).
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Situer Charles Lallemand et ses dates clés.
- Relier le zéro normal de Marseille au réseau national de nivellement.
- Comprendre comment un repère est rattaché à une référence commune.
En clair
Pour construire une carte fiable, il faut savoir quelle altitude attribuer à chaque point du territoire. Des repères fixes et des mesures soigneusement reliées forment alors un réseau de nivellement. Charles Lallemand a organisé ce réseau à l'échelle de la France à partir de 1885.
Son idée centrale est de comparer les hauteurs à une même référence : le « zéro normal » du marégraphe de Marseille. Un médimarémètre en estime le niveau moyen, rendu stable par les très faibles marées de la Méditerranée. Lallemand a ainsi donné un socle commun aux altitudes françaises.
Définition
Charles Jean-Pierre Lallemand est un géophysicien français qui a profondément structuré le nivellement géodésique français. Le nivellement géodésique est un réseau de repères altimétriques reliés par des mesures, destiné à déterminer avec précision les altitudes de points répartis sur le territoire.
En 1885, Lallemand établit un réseau national qui remplace le réseau Bourdaloue de 1864. Il choisit comme origine un « zéro normal » fixé au marégraphe de Marseille. Un marégraphe mesure le niveau de la mer ; le médimarémètre associé mesure le niveau moyen de la Méditerranée. Comme les marées méditerranéennes sont de l'ordre de quelques centimètres, ce niveau moyen fournit une référence particulièrement stable.
Le zéro de référence ne décrit pas une altitude universelle : il fixe une convention commune pour comparer les hauteurs en France. L'IGN a conservé ce zéro dans le réseau redéfini en 1969. Les travaux de Lallemand s'étendent aussi aux plans cadastraux, à la volcanologie, à la sismicité, aux mouvements lents de la croûte terrestre, ainsi qu'au perfectionnement des instruments et des méthodes de calcul graphique, notamment la nomographie.
Un exemple, pas à pas
Prenons le cas d'un géomètre qui doit rattacher un nouveau repère d'altitude à un réseau déjà établi. Le repère à créer et un repère connu sont reliés par une suite de visées et de repères intermédiaires. Chaque observation compare des hauteurs, sans isoler le nouveau point du réseau.
1. Le géomètre part d'un repère dont l'altitude est déjà définie par rapport au zéro normal. 2. Il installe l'instrument entre deux repères et relève les différences de hauteur. 3. Il répète l'opération jusqu'au point recherché. 4. Il additionne les différences avec leurs signes pour obtenir l'altitude du nouveau repère dans la même convention. Par exemple, à partir d'une altitude de 100,00 m, les différences +1,20 m, −0,35 m et +0,15 m donnent 100,00 + 1,20 − 0,35 + 0,15 = 101,00 m.
Le résultat devient contrôlable lorsque plusieurs cheminements relient les mêmes repères : les altitudes calculées doivent rester compatibles. Cette organisation en réseau est précisément ce qui transforme une mesure locale en référence nationale. Elle illustre le rôle du nivellement développé par Lallemand en 1885.
En pratique
Sur le terrain, un repère altimétrique n'est utile que si son altitude peut être reliée à la référence commune. Le géomètre suit donc les repères du réseau, compare les hauteurs avec un instrument adapté et note chaque différence avec son sens.
Cette méthode sert à rendre compatibles des travaux réalisés en des lieux différents : cartes, plans cadastraux et études des mouvements du sol peuvent alors parler de la même altitude. Le réseau doit être entretenu et ses mesures contrôlées, car une erreur locale peut se propager aux points qui en dépendent.
À ne pas confondre
Le nivellement géodésique ne se confond pas avec un simple relevé de terrain. Un relevé peut comparer quelques points pour un chantier précis, tandis qu'un réseau géodésique relie durablement de nombreux repères à une référence commune.
Il ne faut pas non plus confondre le marégraphe et le zéro normal. Le marégraphe est l'instrument et le lieu de mesure du niveau marin à Marseille ; le zéro normal est la référence conventionnelle construite à partir de ce niveau. Enfin, le réseau Bourdaloue de 1864 est l'ancien réseau remplacé par celui établi par Lallemand en 1885, et non un autre nom du même réseau.
Limites et pièges
Une altitude mesurée dans le réseau de Lallemand est une altitude rapportée à une convention de référence, pas une propriété indépendante de tout choix. La stabilité du niveau moyen de la Méditerranée facilite le choix marseillais, mais elle ne supprime ni les erreurs instrumentales ni les effets locaux.
La cohérence d'un réseau dépend donc de la qualité des repères, des instruments, des méthodes de calcul et des contrôles entre cheminements. Une différence de hauteur ne devient une altitude nationale qu'après rattachement au réseau et propagation maîtrisée de la référence. La conservation du zéro dans le réseau redéfini par l'IGN en 1969 assure une continuité historique, sans signifier que les techniques de mesure sont restées identiques.
Pour aller plus loin
L'œuvre de Lallemand relie la géodésie à une vision plus large de la Terre. Les mêmes exigences de mesure et de calcul interviennent lorsqu'il étudie la sismicité, l'activité volcanique ou les mouvements lents de la croûte. La nomographie, qu'il contribue à perfectionner, fournit en outre une manière graphique d'exploiter des relations numériques.
Cette continuité entre repères, instruments et modèles explique que son travail dépasse la seule histoire d'un réseau altimétrique. Sa présidence de l'Union géodésique et géophysique internationale en 1919 témoigne de cette articulation entre mesures nationales et coopération scientifique internationale.
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