AnalyseNotion · Glossaire
Denjoy Arnaud
Arnaud Denjoy (1884-1974) est un mathématicien français dont les travaux touchent notamment à l’analyse, aux systèmes dynamiques et aux fonctions quasi-analytiques. Son nom est surtout associé à l’intégrale de Denjoy, ou intégrale totale, qui généralise l’intégrale de Lebesgue en intégrant certaines fonctions qu’elle ne permet pas de traiter. Cette extension reste soumise aux conditions de la construction retenue et ne rend pas toute fonction intégrable.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier Arnaud Denjoy et situer ses principaux domaines de recherche.
- Comprendre pourquoi l'intégrale de Denjoy élargit le cadre de Lebesgue.
- Distinguer une extension théorique d'une méthode numérique et repérer ses limites.
En clair
Imaginez une fonction dont la dérivée existe presque partout, mais dont les variations se concentrent sur un ensemble si mince que l'intégrale de Lebesgue de cette dérivée ne suffit pas nécessairement à retrouver l'accroissement de la fonction. C'est le symptôme qualitatif d'une situation où un cadre de Denjoy peut apporter une extension : cette récupération ne vaut que pour une classe appropriée de primitives, avec les hypothèses de la construction retenue. À l'inverse, l'exemple F(x) = x² sert seulement à vérifier la relation entre dérivée et accroissement dans un cas où Lebesgue suffit. Arnaud Denjoy a aussi étudié des objets très variés, des trajectoires de systèmes dynamiques aux fonctions quasi-analytiques. Son nom reste surtout attaché à cette intégration totale, conçue pour traiter des cas où l'intégration classique atteint ses limites.
Définition
Arnaud Denjoy est un mathématicien français dont les travaux relèvent principalement de l'analyse, mais aussi de la topologie et des systèmes dynamiques. Sa contribution la plus célèbre est l'intégrale de Denjoy, également appelée intégrale totale. Il s'agit d'une théorie de l'intégration qui généralise l'intégrale de Lebesgue : elle attribue une intégrale à une classe plus vaste de fonctions lorsque l'intégration de Lebesgue ne suffit pas.
Cette extension ne signifie pas que toute fonction devient intégrable. Le domaine exact dépend de la construction retenue et des conditions de régularité imposées à la fonction. L'idée est notamment de récupérer une fonction à partir de sa dérivée dans des situations où le théorème fondamental du calcul différentiel et intégral ne peut pas être appliqué directement avec l'intégrale de Lebesgue. L'intégrale de Denjoy appartient ainsi à l'histoire de l'analyse réelle et doit être distinguée d'une simple méthode numérique.
Les recherches de Denjoy ne se limitaient pas à l'intégration. Elles concernaient aussi les équations différentielles, les fonctions analytiques d'une variable complexe et les fonctions quasi-analytiques d'une variable réelle. Il a enseigné à Montpellier puis à la Sorbonne, où il a occupé les chaires de calcul différentiel et intégral et de géométrie supérieure.
Un exemple, pas à pas
Considérons le cas d'une fonction F absolument continue sur [a,b], dont la dérivée f existe presque partout et est intégrable au sens de Lebesgue. En langage courant, « absolument continue » signifie ici que les variations de F restent contrôlées par la longueur des intervalles, et « dérivée presque partout » signifie que f décrit la variation de F sauf éventuellement sur un ensemble négligeable. Dans ce cadre, le théorème fondamental donne l'accroissement de F ; l'exemple montre que la théorie de Denjoy conserve ce résultat lorsqu'une intégration plus générale est disponible.
Donnée 1 : la fonction à considérer est F, absolument continue sur [a,b]. Pour rendre le calcul refaisable, prenons F(x) = x² sur [1,3].
Donnée 2 : sa dérivée presque partout est f, c'est-à-dire que f mesure la variation instantanée de F là où elle existe ; ici, f(x) = 2x.
Donnée 3 : les bornes de l'intervalle sont a et b, avec a inférieur à b ; ici, a = 1 et b = 3.
Donnée 2 : sa dérivée presque partout est f, c'est-à-dire que f mesure la variation instantanée de F là où elle existe ; ici, f(x) = 2x.
Donnée 3 : les bornes de l'intervalle sont a et b, avec a inférieur à b ; ici, a = 1 et b = 3.
On considère f comme la dérivée presque partout de F.
On intègre f entre a et b : ∫₁³ 2x dx = [x²]₁³ = 9 − 1 = 8.
Comme F est absolument continue, on obtient F(b) − F(a).
On vérifie le résultat en soustrayant la valeur initiale F(1) = 1 de la valeur finale F(3) = 9 : 9 − 1 = 8.
On intègre f entre a et b : ∫₁³ 2x dx = [x²]₁³ = 9 − 1 = 8.
Comme F est absolument continue, on obtient F(b) − F(a).
On vérifie le résultat en soustrayant la valeur initiale F(1) = 1 de la valeur finale F(3) = 9 : 9 − 1 = 8.
Le résultat est donc l'accroissement exact de F sur l'intervalle, soit F(b) − F(a), ici F(3) − F(1) = 8. Dans une situation où l'intégrale de Lebesgue est déjà définie, l'intégrale de Denjoy est cohérente avec cette valeur ; son intérêt apparaît lorsque la classe de fonctions considérée est plus large. Ce calcul illustre la relation entre dérivée, primitive et accroissement, mais ne constitue pas à lui seul un cas où l'extension de Denjoy est nécessaire.
En pratique
En analyse réelle, on rencontre d'abord l'intégrale de Riemann, puis l'intégrale de Lebesgue lorsque les fonctions ou les ensembles deviennent plus irréguliers. Le geste consiste à vérifier quelles hypothèses sont satisfaites avant de choisir le cadre d'intégration.
Lorsque la dérivée d'une fonction présente une irrégularité qui empêche son intégration au sens de Lebesgue, une théorie de Denjoy peut fournir un cadre plus étendu. Elle sert alors à préserver une relation entre dérivation et intégration, sous les conditions propres à la construction utilisée.
Pour étudier une trajectoire, une équation différentielle ou une fonction complexe, l'intégrale de Denjoy n'est pas automatiquement l'outil approprié. L'intégrale de Lebesgue reste le choix à privilégier dès qu'elle suffit, car ses propriétés et ses théorèmes sont alors directement disponibles.
À ne pas confondre
L'intégrale de Denjoy ne se confond pas avec l'intégrale de Lebesgue. Le critère qui les sépare est la classe de fonctions admise : la théorie de Denjoy vise une extension, tandis que l'intégrale de Lebesgue est suffisante pour les fonctions qui y sont déjà intégrables. Une fonction intégrable au sens de Lebesgue fournit un cas qui tranche : les deux cadres peuvent alors donner la même valeur, mais ils ne reposent pas sur le même domaine général.
L'intégrale de Denjoy ne désigne pas non plus une approximation numérique. Une méthode numérique produit une valeur approchée à partir d'un algorithme et de données discrètes ; l'intégrale de Denjoy est une construction théorique qui élargit un concept mathématique d'intégration.
Limites et pièges
Une généralisation de l'intégrale de Lebesgue n'intègre pas toutes les fonctions. Le symptôme d'un abus est d'annoncer une valeur sans préciser la classe de fonctions ni la définition de l'intégrale utilisée. Il faut alors indiquer le cadre exact, car plusieurs intégrales de Denjoy ont été construites avec des domaines et des propriétés qui ne se recouvrent pas nécessairement.
Le cas où f est intégrable au sens de Lebesgue est un cas charnière : l'extension n'est pas nécessaire pour définir l'intégrale. Le piège consiste à présenter la théorie de Denjoy comme une valeur différente ; dans ce cas, il faut comparer les définitions et vérifier la convention retenue, plutôt que supposer une différence numérique.
Enfin, attribuer à Denjoy toutes les notions qui portent son nom est trompeur. Les travaux sur les systèmes dynamiques, les fonctions quasi-analytiques et l'intégration appartiennent à des domaines liés de l'analyse, mais une propriété précise doit être rattachée à l'objet mathématique qui la définit.
Pour aller plus loin
Pour situer les systèmes dynamiques dans un panorama plus large, consultez Du problème des trois corps au chaos mathématique. Vous y gagnerez un contexte sur l'étude de trajectoires et de comportements complexes, qui éclaire l'un des domaines de recherche associés à Denjoy sans le confondre avec sa théorie de l'intégration.
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