GéométrieNotion · Glossaire
forme automorphe
Les formes automorphes généralisent les formes modulaires au cadre des groupes de Lie réductifs. Ce sont des fonctions sur un tel groupe réel ou sur son espace symétrique, invariantes ou semi-invariantes sous un sous-groupe arithmétique, et soumises à des conditions analytiques et de croissance modérée. Elles sont essentielles au programme de Langlands, qui relie théorie des nombres, géométrie arithmétique et théorie des représentations.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Identifier les données nécessaires à une définition de forme automorphe.
- Vérifier une condition d'invariance sur un exemple dans SL₂.
- Distinguer forme automorphe, forme modulaire et automorphisme.
- Situer les formes automorphes dans le programme de Langlands sans transformer une correspondance conditionnelle en équivalence automatique.
En clair
Imaginez un motif qui paraît identique après certains déplacements autorisés. Une forme automorphe transpose cette idée à une fonction : plusieurs points reliés par les transformations d'un groupe doivent donner la même valeur, ou des valeurs liées par une règle précise.
La symétrie n'est toutefois qu'une partie de la définition. La fonction doit aussi être suffisamment régulière et ne pas croître trop vite. Les formes modulaires constituent le modèle historique de cette construction ; les formes automorphes l'étendent à des groupes et à des espaces plus généraux.
Définition
Soit G un groupe de Lie réel réductif, une classe de groupes continus qui contient notamment SL₂(ℝ), et soit Γ un sous-groupe arithmétique de G. Dans un cadre simplifié, une forme automorphe peut se décrire comme une fonction φ sur G, ou sur un espace symétrique associé, qui descend au quotient Γ\G et satisfait des conditions analytiques ainsi qu'une condition de croissance modérée. Selon la définition retenue, ce cadre doit être complété par des conditions de régularité et de représentation, ou formulé dans un cadre adélique.
Dans le cas invariant, pour tout élément γ de Γ et tout élément g de G, la condition centrale est . Une formulation semi-invariante autorise un facteur de transformation déterminé. Le côté de l'action et la nature exacte de ce facteur font partie des conventions à préciser ; ils ne peuvent pas être devinés à partir du seul mot « automorphe ».
Les formes modulaires sont un cas particulier : le demi-plan de Poincaré remplace l'espace général et SL₂(ℤ) fournit le groupe arithmétique. Le passage aux formes automorphes permet de traiter d'autres groupes réductifs. Dans le programme de Langlands, ces objets sont étudiés au moyen de représentations automorphes et mis en relation, selon des conjectures et des théorèmes précis, avec des représentations galoisiennes.
Un exemple, pas à pas
Prenons le groupe G = SL₂(ℝ), le sous-groupe arithmétique Γ = SL₂(ℤ) et la fonction constante φ qui vaut 1 sur tout G. Cet exemple minimal isole la condition d'invariance. Le schéma représente une orbite : plusieurs éléments reliés par l'action de Γ reçoivent tous la valeur 1.
Données.
Groupe réel : SL₂(ℝ).
Sous-groupe : Γ = SL₂(ℤ).
Fonction : φ(g) = 1 pour tout élément g de G.
L'élément γ choisi dans Γ est donné par la matrice suivante.
Groupe réel : SL₂(ℝ).
Sous-groupe : Γ = SL₂(ℤ).
Fonction : φ(g) = 1 pour tout élément g de G.
L'élément γ choisi dans Γ est donné par la matrice suivante.
Étape 1. Le déterminant de γ vaut 1 × 1 − 1 × 0 = 1. Ses coefficients sont entiers ; γ appartient donc bien à SL₂(ℤ).
Étape 2. Pour un élément quelconque g de SL₂(ℝ), le produit γg est encore dans SL₂(ℝ). Comme φ est constante, on obtient :
Contrôle. Le raisonnement ne dépend d'aucun coefficient particulier de γ ni de g : les deux arguments sont envoyés sur 1. La fonction est donc Γ-invariante. Elle est aussi régulière et de croissance modérée, mais cet exemple constant ne montre pas la richesse des formes automorphes non constantes.
En pratique
Pour vérifier un candidat, on identifie d'abord le groupe G, le sous-groupe arithmétique Γ et le côté de l'action. On calcule ensuite la valeur de la fonction en g et en γg. Si ces valeurs diffèrent sans respecter le facteur prévu, le candidat n'est pas automorphe dans ce cadre.
Lorsque le problème se déroule sur le demi-plan de Poincaré avec l'action de SL₂(ℤ), le langage des formes modulaires est généralement le plus direct. Le cadre automorphe devient préférable lorsque le groupe de Lie réductif ou l'espace symétrique dépasse ce cas particulier.
En théorie des nombres et en théorie des représentations, les conditions de symétrie organisent les fonctions en objets que l'on peut comparer. Dans un problème lié au programme de Langlands, il faut toutefois préciser la correspondance étudiée : le programme ne fournit pas une identification automatique entre toute forme automorphe et toute représentation galoisienne.
À ne pas confondre
Forme automorphe et forme modulaire. Dans le cadre classique, une forme modulaire est une fonction holomorphe sur le demi-plan de Poincaré, relative à SL₂(ℤ) ou à un sous-groupe tel qu'un sous-groupe de congruence, qui satisfait une loi de transformation d'un poids donné et des conditions aux pointes. Une fonction qui vérifie seulement la loi de transformation classique n'est donc pas nécessairement une forme modulaire. Une forme automorphe s'inscrit dans un cadre plus général, associé notamment à d'autres groupes réductifs, et n'est pas nécessairement holomorphe.
Forme automorphe et automorphisme. Un automorphisme est une transformation bijective d'un objet qui préserve sa structure. Une forme automorphe est une fonction soumise à des symétries et à des conditions analytiques. Le fait de transformer l'objet lui-même signale un automorphisme, non une forme.
Représentation automorphe et représentation galoisienne. Elles appartiennent à deux côtés distincts des correspondances de Langlands. Une occurrence du mot « correspondance » ne signifie pas que les deux expressions désignent le même objet.
Limites et pièges
L'invariance seule ne suffit pas. Une fonction peut vérifier φ(γg) = φ(g) sans satisfaire les conditions analytiques ou de croissance exigées. Il faut contrôler séparément la régularité et la croissance modérée avant de conclure.
Invariant ne veut pas toujours dire strictement inchangé. Certaines conventions utilisent une semi-invariance avec un facteur de transformation. Si les valeurs semblent différentes, il faut examiner ce facteur et le côté de l'action au lieu de rejeter immédiatement la propriété automorphe.
L'exemple constant est un cas charnière. La valeur 1 rend l'équation d'invariance immédiate, mais elle masque la structure des fonctions non constantes. Il sert à tester la définition, pas à représenter à lui seul les phénomènes arithmétiques étudiés.
Langlands n'énonce pas une bijection sans conditions. Les correspondances dépendent du groupe, du type de représentation et d'hypothèses précises. Il faut identifier l'énoncé concerné avant de passer d'une forme automorphe à une donnée galoisienne.
Pour aller plus loin
Le passage d'une fonction à une représentation automorphe organise ensemble les transformées de cette fonction par le groupe. Ce changement de point de vue place les formes automorphes dans le langage de la théorie des représentations, l'un des cadres du programme de Langlands.
forme modulaire. Retrouvez le cas classique sur le demi-plan de Poincaré qui sert de modèle aux formes automorphes.
Explorez les mathématiques autrement
Retrouvez nos magazines, podcasts et jeux pour explorer les mathématiques autrement.
Découvrir les offres
