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Histoire et cultureNotion · Glossaire

géométrie des Sulbasutras

Les Sulbasutras sont quatre textes rituels indiens, rédigés entre le VIIIe et le IVe siècle avant notre ère, qui donnent des « règles de la corde » pour mesurer et tracer les autels sacrificiels. Ils décrivent notamment comment construire, à partir d’un carré donné, un carré d’aire double en utilisant sa diagonale. Cette géométrie pratique, distincte d’un traité grec déductif, met en relation longueurs, constructions et aires.
Carré initial et carré d'aire double Un carré de côté 2 et sa diagonale, puis un carré construit sur cette diagonale et d'aire 8. carré initial diagonale aire 4 aire 8
Le carré initial a une aire 4 ; sa diagonale devient le côté d'un carré d'aire 8.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier les Sulbasutras et leur contexte rituel.
  • Comprendre la construction d'un carré d'aire double.
  • Distinguer une règle pratique d'une démonstration déductive.

En clair

Imaginez une corde tendue sur le sol pour mesurer et tracer le contour d'un autel. Les Sulbasutras rassemblent des règles qui permettent de transformer des figures tout en conservant ou en combinant leurs aires. Une construction particulièrement remarquable part d'un carré et utilise sa diagonale pour obtenir un autre carré dont l'aire est le double. Ces textes indiens ne sont pas des traités de géométrie au sens grec. Leurs indications sont liées à un geste rituel et à une construction concrète, mais elles montrent que des relations entre longueurs et surfaces étaient maîtrisées en pratique.

Définition

La géométrie des Sulbasutras désigne l'ensemble des constructions géométriques décrites dans quatre textes rituels indiens attribués à Baudhayana, Manava, Apastamba et Katyayana. Rédigés entre le VIIIe et le IVe siècle avant notre ère, ils donnent des règles de mesure et de tracé pour la construction des autels sacrificiels. Le mot Sulbasutra signifie littéralement « règles de la corde ». Ces règles portent notamment sur les aires. À partir d'un carré donné, elles indiquent comment construire un carré d'aire double, ce qui fournit une valeur approchée de √2, la longueur de la diagonale d'un carré de côté 1. Elles indiquent aussi comment transformer un rectangle en carré de même aire, additionner ou soustraire les aires de deux carrés, et produire une figure homothétique, c'est-à-dire une figure agrandie ou réduite dans un même rapport. La datation exacte des textes reste incertaine. Leur indépendance à l'égard de la tradition grecque est établie, et leur nature est différente : ce sont des annexes rituelles, non des traités mathématiques déductifs. Leurs constructions témoignent donc d'une géométrie pratique avancée, sans constituer pour autant des démonstrations formelles au sens grec.

Un exemple, pas à pas

Prenons un carré dont le côté mesure 2 unités. On veut construire un carré de double aire en utilisant une relation entre longueur et surface. Données : côté du carré initial = 2 unités ; aire initiale = 2 × 2 = 4 unités² ; diagonale du carré initial = 2√2 unités. La diagonale est le côté du nouveau carré.
Son carré vaut (2√2)² = 8 unités².
L'aire obtenue vaut donc 8 unités².
Le rapport entre les deux aires vaut 8 ÷ 4 = 2. Le contrôle est direct : le nouveau carré a bien une aire égale à deux fois celle du carré initial. La longueur 2√2 n'est pas un arrondi ; elle devient une valeur approchée seulement si elle est remplacée par un nombre décimal, environ 2,83 unités.

En pratique

Dans la construction d'un autel, une corde sert à mesurer des longueurs et à matérialiser des directions. Le geste consiste à tendre la corde entre des repères afin de tracer des côtés ou une diagonale. La figure recherchée est alors contrôlée par ses dimensions et par son aire.
Pour obtenir une aire double à partir d'un carré, la diagonale fournit la longueur décisive. Cette procédure privilégie une construction directement réalisable à la corde ; elle ne remplace pas une démonstration générale écrite dans le langage des mathématiques grecques.
Pour une autre transformation d'aire, la règle à employer dépend de la figure de départ. Un carré et un rectangle ne se traitent pas par le même tracé ; il faut d'abord identifier les côtés et l'aire à conserver ou à combiner.

À ne pas confondre

La géométrie des Sulbasutras ne se confond pas avec la géométrie grecque déductive. Le critère est le but et la forme du texte : les Sulbasutras donnent des règles de corde liées aux autels sacrificiels, tandis qu'un traité grec organise des définitions, des propositions et des démonstrations. Une construction correcte dans un Sulbasutra n'est donc pas, par elle-même, une preuve formelle au sens grec.
Elle ne se confond pas non plus avec la seule histoire de la racine carrée de deux. La racine apparaît ici comme conséquence d'une construction de carré d'aire double, mais les textes traitent aussi l'équivalence d'aires, la somme ou la différence de carrés et l'homothétie. La présence de √2 ne suffit donc pas à résumer leur contenu.

Limites et pièges

Une longueur décimale peut donner l'impression que la construction est exacte alors qu'elle ne l'est qu'à la précision du tracé. Pour le carré de côté 2, la diagonale vaut exactement 2√2 unités, tandis que 2,83 unités est une approximation. Il faut conserver cette distinction lorsque l'on vérifie l'aire.
La règle du carré d'aire double ne signifie pas que la diagonale de tout rectangle produit automatiquement un carré de même aire. La propriété utilisée concerne le carré de départ : ses quatre côtés sont égaux et ses angles sont droits. Si ces conditions ne sont pas réunies, une autre construction est nécessaire.
Enfin, l'absence de démonstration déductive dans ces textes ne prouve pas l'absence de raisonnement géométrique. Elle indique seulement que la justification est portée par des procédures de construction et par le contexte rituel, non par la forme d'un traité grec.

Pour aller plus loin

L'article « Matrices carrées et transformations du plan » élargit la réflexion sur les transformations géométriques, notamment les changements de figure et d'échelle. Il permet de relier la figure homothétique mentionnée dans les Sulbasutras à une description plus générale des transformations du plan, sans attribuer cette formalisation aux textes indiens.
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