AlgèbreFormule · Glossaire
identité des quatre carrés d'Euler
L’identité des quatre carrés d’Euler affirme que, dans tout anneau commutatif, le produit de deux sommes de quatre carrés est encore une somme de quatre carrés, dont les termes sont des combinaisons bilinéaires des huit termes initiaux. Elle permet ainsi de composer deux représentations en quatre carrés, principe notamment utilisé pour démontrer que tout entier naturel est somme de quatre carrés.
Sommaire
Ce que vous allez apprendre
- Lire l’identité et identifier ses quatre combinaisons bilinéaires.
- Refaire le calcul 5 × 5 donnant 25 comme somme de quatre carrés.
- Distinguer l’identité de composition du théorème d’existence de Lagrange.
- Repérer le rôle de la commutativité et les pièges liés aux termes nuls.
En clair
Écrivons deux fois le nombre 5 avec quatre carrés : 5 = 1² + 2² + 0² + 0² et 5 = 1² + 0² + 2² + 0². Leur produit vaut 25. L’identité d’Euler fournit directement quatre nouveaux nombres, ici 1, 2, 2 et 4, dont les carrés donnent encore ce produit : 25 = 1² + 2² + 2² + 4².
Autrement dit, la propriété « être une somme de quatre carrés » se conserve quand on multiplie deux nombres.
Définition
Prenons deux sommes de quatre carrés. Les quatre éléments de la première sont notés a1, a2, a3 et a4 ; ceux de la seconde sont notés b1, b2, b3 et b4. L’identité des quatre carrés d’Euler transforme leur produit en une nouvelle somme de quatre carrés.
Les quatre nouveaux éléments sont les combinaisons c1, c2, c3 et c4 définies par :
On obtient alors l’égalité suivante :
Cette égalité est une identité : elle reste vraie pour toutes les valeurs choisies dans un anneau commutatif. Sur les réels, les quatre composantes peuvent aussi être vues comme celles d’un produit de quaternions ; la multiplicativité de leur norme donne la même relation.
Le principe
Si un élément A est une somme de quatre carrés, A = a1² + a2² + a3² + a4², et si un élément B est une autre somme de quatre carrés, alors leur produit AB est lui aussi une somme de quatre carrés.
Les quatre termes de cette nouvelle somme ne sont pas obtenus en multipliant les carrés terme à terme. Ce sont les quatre combinaisons bilinéaires c1, c2, c3 et c4 données dans la définition.
Quand l'utiliser
L’identité algébrique s’applique lorsque les huit éléments appartiennent à un même anneau commutatif. Il faut disposer de deux écritures comportant chacune quatre carrés ; des termes nuls sont admis, comme dans les deux écritures de 5 utilisées ici. Le résultat fournit alors explicitement quatre éléments dont la somme des carrés est le produit.
Dans une structure où la multiplication n’est pas commutative, le réarrangement des produits croisés employé par cette formule n’est plus justifié. On ne peut donc pas y appliquer automatiquement la version écrite pour les anneaux commutatifs ; il faut revenir à une identité adaptée à la multiplication considérée.
Un exemple, pas à pas
Prenons les deux quadruplets (1, 2, 0, 0) et (1, 0, 2, 0). Chacun représente 5, car 1² + 2² + 0² + 0² = 5 et 1² + 0² + 2² + 0² = 5.
1. Calculons la première combinaison : c1 = 1 × 1 − 2 × 0 − 0 × 2 − 0 × 0 = 1.
2. La deuxième vaut c2 = 1 × 0 + 2 × 1 + 0 × 0 − 0 × 2 = 2.
3. La troisième vaut c3 = 1 × 2 − 2 × 0 + 0 × 1 + 0 × 0 = 2.
4. La quatrième vaut c4 = 1 × 0 + 2 × 2 − 0 × 0 + 0 × 1 = 4.
Le produit 5 × 5 est donc représenté par le quadruplet (1, 2, 2, 4). Le contrôle est direct : 1² + 2² + 2² + 4² = 1 + 4 + 4 + 16 = 25.
En pratique
Pour construire une représentation du produit de deux entiers déjà écrits comme sommes de quatre carrés, on applique les quatre combinaisons de l’identité. Cette voie est préférable à une recherche au hasard lorsque les deux décompositions de départ sont connues.
Dans une démonstration arithmétique, l’identité sert à transmettre la propriété par multiplication. Elle intervient notamment dans la démonstration du théorème des quatre carrés de Lagrange, qui concerne tous les entiers naturels.
Sur les réels, le calcul peut aussi être organisé comme un produit de quaternions. Cette lecture est utile lorsque l’on travaille déjà avec leurs quatre composantes et leur norme.
À ne pas confondre
L’identité d’Euler ne doit pas être confondue avec le théorème des quatre carrés de Lagrange. L’identité est une égalité de composition : elle part de deux sommes de quatre carrés et en construit une troisième pour leur produit. Le théorème de Lagrange est un résultat d’existence : il affirme que tout entier naturel possède une telle écriture. Pour 25 obtenu à partir de 5 × 5, la formule construit l’écriture ; le théorème, lui, affirme seulement qu’une écriture existe.
Limites et pièges
Un terme nul n’est pas un échec de la formule. Les quadruplets (1, 2, 0, 0) et (1, 0, 2, 0) restent bien des sommes de quatre carrés ; il faut conserver les zéros dans les calculs pour respecter la place de chaque composante.
La formule fournit une décomposition du produit, mais elle n’affirme ni qu’elle est unique ni que ses quatre carrés sont non nuls. Si l’on cherche toutes les représentations possibles d’un entier, il faut donc poursuivre l’étude au-delà de la seule composition obtenue.
Le simple produit terme à terme donne, pour l’exemple, (1, 0, 0, 0), dont la somme des carrés vaut 1 et non 25. Il faut employer les quatre combinaisons avec leurs signes, puis contrôler la somme finale.
Pour aller plus loin
Le théorème des quatre carrés de Lagrange prolonge la question : il affirme l’existence d’une écriture comme somme d’au plus quatre carrés pour tout entier naturel.
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