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AnalyseMéthode · Glossaire

méthode d'Aitken

À partir de trois termes consécutifs d'une suite numérique, la méthode d'Aitken extrapole sa limite en supposant que ses erreurs suivent localement une progression géométrique. Elle remplace le terme courant par l'estimation de la limite correspondant exactement à ce modèle, à condition que le dénominateur associé aux secondes différences soit non nul. Elle est surtout utile quand la suite converge lentement.
Convergence de la suite et accélération d'Aitken La suite brute part de 6 et se rapproche de 2, tandis que les cinq valeurs d'Aitken sont égales à 2. 2 3 4 6 0 1 2 3 4 5 6 n valeur suite brute u_n Aitken A_n limite 2
La suite brute se rapproche progressivement de 2 ; pour ce modèle géométrique exact, chaque terme d'Aitken disponible vaut 2.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Relier trois termes consécutifs à la formule Δ² d'Aitken.
  • Calculer exactement la valeur accélérée 2 à partir du triplet 6, 4, 3.
  • Vérifier le résultat sur le triplet suivant et sur la limite de la suite.
  • Repérer une seconde différence nulle ou numériquement dangereuse.
  • Distinguer l'accélération d'Aitken d'une simple moyenne et de l'extrapolation de Richardson.

En clair

Une suite affiche successivement 6, puis 4, puis 3. Elle semble se rapprocher de 2 : l'écart à 2 passe de 4 à 2, puis de 2 à 1. Continuer ainsi donnerait 2,5, puis 2,25, sans jamais atteindre 2 en un nombre fini d'étapes.
La méthode d'Aitken utilise les trois valeurs déjà connues pour prolonger la tendance comme si les écarts diminuaient toujours dans le même rapport. Dans cet exemple idéal, elle saute directement de 6, 4 et 3 à la limite 2. Sur une suite réelle, ce raccourci reste une extrapolation à contrôler.

Définition

La méthode d'Aitken, ou procédé Δ² d'Aitken, transforme une suite numérique un en une nouvelle suite accélérée. Pour chaque indice n, elle exploite trois termes consécutifs un, un+1 et un+2. La première différence mesure la variation entre deux termes ; la seconde différence mesure la variation de ces variations.
Si la seconde différence n'est pas nulle, le terme accéléré An vaut : un(un+1un)2un+22un+1+unu_n-\frac{(u_{n+1}-u_n)^2}{u_{n+2}-2u_{n+1}+u_n}. La forme équivalente unun+2un+12un2un+1+un+2\frac{u_nu_{n+2}-u_{n+1}^2}{u_n-2u_{n+1}+u_{n+2}} peut être utile pour un calcul exact, mais les deux écritures subissent les mêmes difficultés numériques lorsque le dénominateur est petit.
Le modèle qui motive la formule est un = L + a qn : L désigne la limite, a l'écart initial et q un rapport constant. Lorsque ce modèle est exact et que la seconde différence ne s'annule pas, An est exactement égal à L. Pour une suite seulement proche de ce modèle, l'accélération est possible, mais elle n'est pas garantie.

Le principe

Soit un une suite numérique. À l'indice n, calculez d'abord sa première différence Δun, puis sa seconde différence Δ²un.
Δun=un+1un,Δ2un=un+22un+1+un\Delta u_n=u_{n+1}-u_n,\qquad \Delta^2u_n=u_{n+2}-2u_{n+1}+u_n
Si Δ²un ≠ 0, remplacez un par le terme d'Aitken : An=un(Δun)2Δ2unA_n=u_n-\frac{(\Delta u_n)^2}{\Delta^2u_n}. Répétez l'opération sur chaque triplet disponible pour former la suite accélérée, puis contrôlez sa stabilité avec les termes suivants ou un résidu connu.

Quand l'utiliser

Le procédé demande trois termes consécutifs finis et des opérations définies dans le corps numérique considéré. Il faut aussi que la seconde différence un+2 − 2un+1 + un soit non nulle. En calcul approché, elle doit être assez éloignée de zéro au regard de la précision utilisée pour éviter une division très instable.
L'hypothèse utile est locale : près de la limite, les erreurs successives doivent se comporter approximativement comme une progression géométrique. Le rapport peut être positif ou négatif ; une convergence alternée n'est donc pas exclue par principe.
Avec les termes 1, 2 et 3, la seconde différence vaut 3 − 2 × 2 + 1 = 0 : la formule est bloquée. Il faut alors conserver la suite brute, attendre un autre triplet ou employer une méthode adaptée aux informations disponibles.

Un exemple, pas à pas

Considérons la suite un = 2 + 4(1/2)n. Les trois données utilisées au départ sont u0 = 6, u1 = 4 et u2 = 3. Nous cherchons le terme accéléré A0.
1. La première différence vaut Δu0 = u1 − u0 = 4 − 6 = −2.
2. La seconde différence vaut Δ²u0 = u2 − 2u1 + u0 = 3 − 8 + 6 = 1. Le dénominateur est donc non nul.
3. Appliquons la formule : A0=6(2)21=2A_0=6-\frac{(-2)^2}{1}=2. Le triplet suivant, 4, 3 et 2,5, donne de même A1 = 4 − (−1)2/0,5 = 2.
4. Le contrôle vient de l'expression de départ : 4(1/2)n tend vers 0, donc un tend vers 2. Les deux valeurs accélérées atteignent exactement cette limite. Le graphe des sept premiers termes montre la suite brute qui s'en approche et les cinq termes d'Aitken déjà placés sur 2.

En pratique

Lorsqu'une itération fournit lentement des approximations successives d'une même valeur, trois sorties consécutives suffisent pour tenter Aitken. Si la seconde différence est petite ou irrégulière, poursuivre l'itération brute est plus prudent.
Dans un tableur ou un programme, calculez la valeur accélérée à côté de chaque triplet, sans écraser les données d'origine. Comparez ensuite plusieurs An successifs : leur accord est un contrôle utile, tandis qu'une forte dispersion invite à garder les un.
Quand le problème fournit un résidu ou une équation à satisfaire, évaluez ce critère avec la valeur d'Aitken. Une diminution du résidu constitue un indice, mais ne confirme pas à elle seule l'amélioration : si l'erreur est accessible, comparez-la directement, ou appuyez-vous sur une condition indépendante. Si le résidu ne diminue pas, la suite brute ou une méthode exploitant directement l'équation constitue une meilleure option.

À ne pas confondre

Méthode d'Aitken et moyenne de deux termes. Une moyenne utilise deux valeurs et les pondère à parts égales ; Aitken utilise trois termes et estime la progression de leurs écarts. Avec 6, 4 et 3, la moyenne de 4 et 3 vaut 3,5, tandis que le terme d'Aitken vaut 2.
Méthode d'Aitken et extrapolation de Richardson. Aitken estime un rapport local à partir de trois termes consécutifs. Richardson s'appuie sur une loi d'erreur liée à un pas que l'on fait varier. En l'absence de pas identifié, le triplet 6, 4, 3 relève directement du cadre d'Aitken.

Limites et pièges

Seconde différence nulle. Le seuil exact Δ²un = 0 rend la formule indéfinie. Le symptôme est une division par zéro, comme pour le triplet 1, 2, 3. Il faut ignorer ce terme accéléré et conserver les valeurs brutes.
Seconde différence presque nulle. Une division reste possible, mais les erreurs d'arrondi peuvent être fortement amplifiées. Un terme accéléré démesuré ou très variable est un signal d'alerte. Il faut augmenter la précision si elle est disponible, ou renoncer à l'extrapolation sur ce triplet.
Comportement non géométrique. Trois points déterminent toujours une extrapolation lorsque le dénominateur ne s'annule pas, mais pas nécessairement une meilleure approximation. Si les An successifs s'éloignent ou si le résidu augmente, il faut revenir à la suite originale plutôt que retenir le saut le plus spectaculaire.
Convergence accélérée, limite inchangée. La méthode vise la même limite ; elle ne démontre ni son existence ni la convergence de la suite de départ. Avant d'interpréter une valeur stable, il faut la confronter aux termes suivants ou à une condition indépendante du problème.

Pour aller plus loin

suite géométrique — Étudier le modèle à rapport constant qui rend l'extrapolation d'Aitken exacte lorsque sa seconde différence ne s'annule pas.
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