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Logique et ensemblesThéorème · Glossaire

paradoxe de Burali-Forti

Le paradoxe de Burali-Forti montre que la collection de tous les ordinaux ne peut pas être un ensemble. Si elle en était un, son bon ordre définirait un nouvel ordinal qui devrait être à la fois dans cette collection et strictement supérieur à lui-même.
Contradiction du paradoxe de Burali-Forti L'ensemble supposé de tous les ordinaux reçoit un type d'ordre beta qui lui appartient, ce qui impose beta inférieur à beta. 0 < 1 < 2 < 3 < ⋯ Ω : tous les ordinaux type d’ordre : β β ∈ Ω et β < β : contradiction
Si Ω rassemble tous les ordinaux, son type d'ordre β appartient à Ω ; il faudrait donc avoir β < β, ce qui est impossible.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier l'hypothèse qui rend contradictoire un ensemble de tous les ordinaux.
  • Suivre le passage du bon ordre de Ω à son type d'ordre β.
  • Distinguer la contradiction d'une simple liste limitée d'ordinaux.
  • Situer l'antinomie dans la remise en question du concept naïf d'ensemble.

En clair

Imaginez une liste où figurent tous les rangs possibles d'objets bien ordonnés. Si cette liste complète était elle-même un ensemble bien ordonné, elle aurait à son tour un rang : un nouvel ordinal.
Mais ce rang devrait déjà figurer dans la liste censée contenir tous les ordinaux. En même temps, il viendrait après chacun d'eux, donc après lui-même. Cette impossibilité révèle que la collection de tous les ordinaux est trop vaste pour former un ensemble.

Définition

Un ordinal est le type d'ordre d'un ensemble bien ordonné : il décrit la position structurée de ses éléments, et pas seulement leur quantité. Supposons qu'il existe un ensemble Ω contenant tous les ordinaux. L'ordre naturel des ordinaux ferait de Ω un bon ordre. Appelons β l'ordinal correspondant au type d'ordre de Ω.
Chaque ordinal α appartenant à Ω apparaît avant le type d'ordre β de la totalité :
αΩα<β\alpha \in \Omega \Rightarrow \alpha < \beta
Or β est lui-même un ordinal. Puisque Ω est supposé les contenir tous, β appartient à Ω. La propriété précédente donne alors β < β, ce qui contredit le caractère strict de l'ordre. La conclusion ne nie donc ni l'existence des ordinaux ni celle d'ensembles d'ordinaux : elle exclut précisément un ensemble qui les rassemblerait tous.

Le principe

Si Ω était un ensemble contenant tous les ordinaux, alors l'ordre naturel des ordinaux en ferait un ensemble bien ordonné. Son type d'ordre serait un ordinal β supérieur à tout élément de Ω. Comme β serait lui-même un ordinal, il appartiendrait à Ω, d'où la contradiction :
βΩetβ<β\beta \in \Omega \quad \text{et} \quad \beta < \beta
La collection de tous les ordinaux ne forme donc pas un ensemble.

Quand l'utiliser

Le raisonnement porte sur les ordinaux munis de leur ordre naturel. Il demande trois éléments vérifiables : Ω est supposé être un ensemble ; chaque ordinal est supposé appartenir à Ω ; l'ordre de Ω doit avoir un type d'ordre ordinal β. Ces conditions font entrer β dans la collection à laquelle son propre ordre l'oblige à être supérieur.
Le blocage disparaît pour un ensemble qui ne contient qu'une partie des ordinaux. Par exemple, une collection finie d'ordinaux a bien un ordinal suivant qui lui est supérieur, mais elle n'avait pas prétendu contenir tous les ordinaux. Il faut alors travailler avec cet ensemble limité, sans le rebaptiser « ensemble de tous les ordinaux ».

Un exemple, pas à pas

Suivons la tentative de ranger tous les ordinaux, en partant des premiers rangs 0, 1, 2, 3, puis en poursuivant sans en omettre aucun.
Données :
Ω désigne l'ensemble supposé de tous les ordinaux ;
l'ordre utilisé est l'ordre naturel des ordinaux ;
β désigne le type d'ordre de Ω.
1. Supposons que Ω soit réellement un ensemble.
2. Ordonnons ses éléments par l'ordre naturel des ordinaux.
3. Associons à ce bon ordre son ordinal β.
4. Constatons que tout élément de Ω est strictement inférieur à β.
5. Utilisons l'hypothèse « tous les ordinaux » : β doit appartenir à Ω.
La cinquième étape applique la quatrième à β lui-même :
βΩβ<β\beta \in \Omega \Rightarrow \beta < \beta
Le contrôle est immédiat : aucun élément d'un ordre strict ne peut être inférieur à lui-même. L'hypothèse de départ, et non la notion d'ordinal, est donc rejetée. La chaîne 0, 1, 2, 3 n'est qu'une amorce visible ; le paradoxe apparaît au moment où l'on exige une totalité qui contienne réellement tous les ordinaux.

En pratique

Dans un raisonnement de théorie des ensembles, le paradoxe sert de signal d'alarme lorsqu'une définition rassemble « tous les ordinaux » dans un même ensemble. Le bon geste consiste à vérifier d'abord que la collection revendiquée est bien un ensemble.
Pour étudier une famille limitée d'ordinaux, on garde l'ensemble effectivement défini et on cherche l'ordinal qui borne ou prolonge cette famille. Cette option est légitime précisément parce que la famille ne prétend pas être totale.
Dans l'histoire des fondements, l'antinomie explicitée en 1897 par Cesare Burali-Forti illustre pourquoi le concept naïf d'ensemble a dû être remis en question. Elle permet de repérer l'endroit exact où l'hypothèse de totalité produit la contradiction.

À ne pas confondre

Avec le paradoxe de Russell. Les deux antinomies remettent en cause une conception naïve des ensembles, mais le critère distinctif de Burali-Forti est l'usage du bon ordre et de la collection de tous les ordinaux.
Avec une simple liste inachevée d'ordinaux. Ajouter un ordinal plus grand à une liste qui n'était pas déclarée complète ne crée aucune contradiction. Le cas bascule seulement lorsque la collection est supposée contenir tous les ordinaux, y compris l'ordinal associé à son propre ordre.
Avec l'inexistence des ordinaux. Le paradoxe ne rejette pas les ordinaux. Il rejette l'hypothèse qu'un seul ensemble puisse les contenir tous ; des ensembles limités d'ordinaux restent compatibles avec le raisonnement.

Limites et pièges

La totalité est l'hypothèse critique. Le symptôme est l'expression « ensemble de tous les ordinaux ». Il faut conserver le mot « collection » sans conclure automatiquement qu'elle constitue un ensemble.
Le nouvel ordinal n'est pas extérieur par définition. Puisque β est un ordinal et que Ω est supposé contenir tous les ordinaux, β doit appartenir à Ω. Refuser cette appartenance revient déjà à abandonner l'hypothèse initiale.
« Plus grand que tous » doit rester strict. Le paradoxe exige β < β, et non une simple égalité. Remplacer l'ordre strict par une comparaison vague masque la contradiction au lieu de la résoudre.
Une amorce finie ne prouve rien à elle seule. Les rangs 0, 1, 2 et 3 rendent la progression visible, mais aucun nombre d'étapes finies n'établit la totalité. Il faut revenir à l'hypothèse globale sur Ω.

Pour aller plus loin

Le glossaire nombre ordinal précise l'objet dont la collection totale provoque l'antinomie.
La fiche Bon ordre approfondit la structure d'ordre qui permet d'associer un ordinal à Ω.
Le paradoxe de Russell offre un autre point d'entrée vers les antinomies qui ont ébranlé la conception naïve des ensembles.
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