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GéométrieObjet géométrique · Glossaire
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sphère à cornes

La sphère à cornes d’Alexander est une surface de l’espace ℝ³ dont les cornes se ramifient et s’entrelacent indéfiniment. Avec son intérieur, elle a la topologie d’une boule fermée. Pourtant, certains lacets de l’espace extérieur ne peuvent pas se resserrer en un point sans traverser la surface : l’extérieur n’est donc pas simplement connexe.
Ramification et entrelacement de la sphère à cornes Trois panneaux montrent une sphère, deux cornes entrelacées puis quatre branches secondaires indiquant la répétition. Sphère Entrelacement Ramification Schéma de principe — répétition sans dernière étape
La ramification et l’entrelacement se répètent sans dernière étape ; les proportions dessinées ne définissent pas l’objet.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Suivre la ramification et l’entrelacement répétés des cornes.
  • Distinguer la topologie de la boule fermée de celle de son extérieur.
  • Relier la non-simple connexité aux lacets extérieurs impossibles à contracter.
  • Situer le contre-exemple par rapport au théorème de Jordan-Schönflies.

En clair

Imaginez une sphère à laquelle poussent deux longues cornes. Chacune se sépare à son tour en cornes plus fines, et leurs branches s’entrelacent. Le geste recommence sans fin. À chaque étape finie, on ne voit qu’une approximation ; la sphère à cornes est la surface obtenue au terme de toutes les répétitions.
La surprise ne vient pas seulement de sa silhouette. La surface et tout ce qu’elle enferme forment topologiquement une boule, mais l’espace extérieur garde des lacets impossibles à resserrer en un point. Une sphère ordinaire ne produit pas cet obstacle.

Définition

La sphère à cornes, aussi appelée sphère cornue d’Alexander, est une surface de l’espace ℝ³ obtenue par une construction indéfiniment itérée. Partant d’une sphère ordinaire, on fait apparaître des cornes qui se ramifient et s’entrelacent à chaque étape. L’objet limite constitue un plongement topologiquement pathologique d’une sphère. James Alexander l’a découvert en 1923.
La réunion de cette surface et de son intérieur est homéomorphe à la boule unité fermée. Autrement dit, considérée comme un espace en elle-même, cette réunion a la même structure topologique qu’une boule pleine ; elle est donc simplement connexe. Cette propriété ne détermine pourtant pas la topologie de l’espace qui reste autour d’elle.
L’extérieur de la sphère cornue n’est ni simplement connexe ni homéomorphe à l’extérieur d’une boule unité. Il contient donc des lacets qui ne peuvent pas être contractés en un point tout en restant dehors. C’est précisément ce qui contredit, en dimension 3, l’extension du théorème de Jordan-Schönflies valable pour les courbes de Jordan du plan.

De quoi c'est fait

La construction réunit quatre éléments. La surface initiale fournit la sphère ordinaire de départ. Les cornes en sont les prolongements ; elles se divisent en branches plus fines. L’entrelacement place les branches de manière que l’obstacle se répète dans l’espace extérieur. Enfin, l’itération indéfinie transforme la suite des étapes finies en un objet limite.
La ramification seule ne suffit pas à expliquer la propriété remarquable : elle doit être associée à l’entrelacement, puis répétée à chaque échelle. Le dessin schématique rend visibles ces deux dépendances sans fixer une forme métrique particulière. La taille, l’épaisseur ou la couleur choisies pour représenter les cornes ne définissent pas l’objet ; ce sont la structure de la construction et son plongement dans ℝ³ qui comptent.

Un exemple, pas à pas

Suivons un même lacet extérieur au fil de la construction. On le place comme un anneau autour du passage formé par deux cornes entrelacées, puis on observe ce qui empêche de le resserrer sans traverser la surface.
1. On part de la sphère sans corne. Un lacet dessiné dans son extérieur peut glisser autour de la surface et se resserrer en un point : c’est la situation de comparaison.
2. On prolonge la surface par deux cornes entrelacées et l’on place le lacet autour de leur passage, toujours dans l’extérieur. Pour tenter de le resserrer, il faudrait faire passer l’anneau au-delà des extrémités des cornes.
3. Or chaque extrémité se ramifie en nouvelles cornes entrelacées. À chaque niveau dessiné, on contrôle que le lacet reste dehors et que l’itinéraire envisagé rencontre une nouvelle paire de branches ; une étape finie reste seulement une approximation.
4. Dans la construction limite, il n’existe plus de dernière extrémité à contourner : l’obstacle se reproduit à toute échelle. Le lacet suivi peut donc rester impossible à contracter en un point sans traverser la surface, alors même que la réunion de la surface et de son intérieur est homéomorphe à une boule fermée.

En pratique

Pour lire une représentation de la sphère cornue, on repère d’abord le geste répété : ramification, entrelacement, puis reprise sur les nouvelles branches. Si le dessin s’arrête après quelques niveaux, on le traite comme une approximation de la construction indéfinie, pas comme l’objet limite.
Pour comparer cette surface à une sphère ordinaire, on précise ensuite quel espace est étudié. Si la question porte sur la surface accompagnée de son intérieur, le modèle pertinent est la boule fermée. Si elle porte sur ce qui reste dehors, on examine les lacets de l’extérieur et leur possibilité de se contracter.
Pour situer le contre-exemple, on commence par le plan : une courbe de Jordan possède un extérieur homéomorphe à celui d’un cercle. En dimension 3, la sphère cornue montre que l’énoncé analogue échoue pour ce plongement topologique. Pour un plongement différentiable, cette obstruction n’est plus l’exemple à employer.

À ne pas confondre

Sphère ordinaire. Toutes deux sont des sphères du point de vue topologique, mais leurs extérieurs les séparent. Autour de la sphère ordinaire, tout lacet se contracte ; l’extérieur de la sphère cornue contient au contraire des lacets qui ne se contractent pas.
Boule fermée. La sphère cornue désigne la surface, tandis que la réunion de cette surface et de son intérieur est homéomorphe à une boule fermée. Le critère qui tranche est donc l’inclusion ou non de l’intérieur.
Courbe de Jordan. Une courbe de Jordan est une courbe fermée du plan sans point double. La sphère cornue vit dans ℝ³ et sert précisément à montrer que la conclusion de Jordan-Schönflies sur l’extérieur ne s’étend pas telle quelle de la dimension 2 à la dimension 3.

Limites et pièges

Une étape finie n’est pas l’objet limite. Un dessin montre forcément un nombre fini de ramifications. Si l’on peut désigner une dernière génération de cornes, on observe une approximation ; il faut raisonner sur la répétition indéfinie pour parler de la sphère cornue.
Connexe ne signifie pas simplement connexe. Le piège consiste à conclure de l’existence d’une seule région extérieure que tous ses lacets se resserrent. Le bon test porte sur la contraction des lacets : l’extérieur de la sphère cornue échoue à ce test.
Être homéomorphe à une boule ne règle pas la question de l’extérieur. La réunion de la surface et de son intérieur est simplement connexe, mais son complément extérieur ne l’est pas. Il faut toujours nommer l’espace auquel la propriété est attribuée.
« Déformer en une sphère » demande un cadre précis. La surface a le même type topologique qu’une sphère, mais son plongement dans ℝ³ n’est pas celui de la sphère standard. La distinction pertinente oppose donc l’objet abstrait à sa position dans l’espace ambiant.

Pour aller plus loin

Le théorème de Jordan fournit le point de départ en dimension 2 : une courbe fermée simple sépare le plan en deux régions.
La notion d’homéomorphisme précise en quel sens deux espaces ont la même structure topologique malgré des formes visuelles différentes.
La fiche Simplement connexe détaille le test des lacets qui distingue l’extérieur de la sphère cornue de celui d’une sphère ordinaire.
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