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GéométrieNotion · Glossaire

Torseur

En mécanique et en géométrie, dans un espace affine euclidien orienté de dimension 3, un torseur est un objet mathématique associant à chaque point de l'espace un vecteur de manière affine. Un torseur est déterminé par un vecteur résultant et un moment par rapport à un point de référence, le moment en tout autre point se déduisant par une formule de transport. Les torseurs sont utilisés pour représenter les actions mécaniques (forces et couples) et les mouvements (vitesses angulaire et linéaire).
Transport du moment d'une force entre A, B et P Une force verticale de 10 newtons est appliquée en P. Son moment vaut 20 newtons-mètres en A, 10 en B et zéro en P. A · x=0 m · bras 2 m · M(A)=20 N·m B · x=1 m · bras 1 m · M(B)=10 N·m P · x=2 m · M(P)=0 N·m F=(0,10,0) N
La même force a un bras de levier de 2 m depuis A et de 1 m depuis B : son moment passe exactement de 20 à 10 N·m.
Sommaire

Ce que vous allez apprendre

  • Identifier les deux composantes d'un torseur et le rôle du point de réduction.
  • Transporter un moment d'un point à un autre avec le bon sens de vecteur.
  • Contrôler un calcul de moment sur une force de 10 N.
  • Distinguer un torseur d'un vecteur, d'un couple pur et d'un tenseur.

En clair

Une clé serre un écrou : la main pousse, mais l'effet de rotation dépend aussi de l'endroit où elle pousse. Pour décrire cette action sans perdre l'une de ces informations, on réunit la poussée totale, appelée résultante, et son effet de rotation autour d'un point, appelé moment.
Ce couple d'informations forme un torseur. Si le point d'observation change, la résultante reste la même et le moment se recalcule. Le torseur conserve ainsi une seule action mécanique tout en permettant de l'étudier depuis le point le plus commode.

Définition

Dans l'espace affine euclidien orienté de dimension 3, un torseur est déterminé par un vecteur fixe, la résultante notée R, et par un champ de vecteurs appelés moments. Le moment au point A est noté MA. Pour deux points A et B, le vecteur BA va de B vers A. La relation de transport est :
MB=MA+BA×RM_B=M_A+\overrightarrow{BA}\times R
Le symbole × désigne le produit vectoriel. Connaître R et MA en un seul point suffit donc à reconstruire le moment en tout point. Cette loi affine entraîne l'équiprojectivité : les projections des moments en A et B sur la droite AB sont égales. En statique, R rassemble les forces et MA leurs moments au point A, couples compris. En cinématique du solide, la résultante correspond à la vitesse angulaire et le moment à la vitesse linéaire au point choisi. Les composantes des deux vecteurs n'ont pas nécessairement la même unité ; leur association est structurée par la loi de transport, non par une addition entre elles.

Un exemple, pas à pas

Une force verticale agit sur un solide. Dans un repère orthonormé direct, le point A est l'origine, le point d'application P a pour coordonnées (2, 0, 0) m et le point B a pour coordonnées (1, 0, 0) m. La force F vaut (0, 10, 0) N. Le torseur de cette force a donc pour résultante R = F.
1. Au point A, le moment est le produit vectoriel du vecteur AP par la force F :
MA=AP×F=(2,0,0)×(0,10,0)=(0,0,20) NmM_A=\overrightarrow{AP}\times F=(2,0,0)\times(0,10,0)=(0,0,20)\ \mathrm{N\cdot m}
2. Pour transporter le moment en B, le vecteur BA vaut (−1, 0, 0) m :
MB=MA+BA×R=(0,0,20)+(0,0,10)=(0,0,10) NmM_B=M_A+\overrightarrow{BA}\times R=(0,0,20)+(0,0,-10)=(0,0,10)\ \mathrm{N\cdot m}
3. Le contrôle direct donne BP = (1, 0, 0) m, puis BP × F = (0, 0, 10) N·m. Le résultat coïncide exactement avec le moment transporté. La figure rend visibles les bras de levier de 2 m depuis A et de 1 m depuis B.

En pratique

En statique, le torseur remplace plusieurs forces et couples par leur résultante et leur moment en un point choisi. Il est préférable à une force unique lorsque des actions réparties ou un couple pur doivent être conservés.
Pour étudier l'équilibre d'un solide, on transporte les torseurs des actions au même point, puis on compare séparément les résultantes et les moments. Si une seule force et sa ligne d'action sont déjà connues, cette représentation plus simple peut suffire.
En cinématique, le torseur décrit ensemble la rotation d'un solide et la vitesse d'un de ses points. Une simple vitesse de translation suffit seulement lorsque la vitesse angulaire est nulle ; sinon, la vitesse linéaire varie avec le point considéré.

À ne pas confondre

Un vecteur. Un vecteur seul ne contient pas la dépendance à un point. Deux actions peuvent avoir la même résultante mais des moments différents en A ; elles donnent alors des torseurs différents.
Un couple. En mécanique, un couple pur est un cas particulier de torseur : sa résultante est nulle et son moment est identique en tout point. Une action dont la résultante vaut 10 N, comme dans l'exemple, n'est donc pas un couple pur.
Un tenseur. Un tenseur est une application multilinéaire ou l'objet qui la représente ; il ne se reconnaît pas à une loi de transport des moments. La proximité des deux mots en français ne traduit pas une identité mathématique.

Limites et pièges

Résultante nulle. Lorsque R = 0, le terme de transport est nul : le moment ne change plus avec le point. Il faut conserver ce moment s'il est non nul, car conclure à l'absence d'action ferait disparaître un couple pur.
Moment nul en un point. Cela ne rend pas nécessairement tout le torseur nul. Dans l'exemple, le moment vaut 20 N·m en A, 10 N·m en B et 0 N·m au point P, tandis que la résultante reste 10 N partout. Il faut toujours annoncer le point de réduction.
Convention de transport. L'écriture avec BA suppose que ce vecteur va de B vers A. Si l'on emploie AB, le signe du produit vectoriel doit être inversé. Un moment transporté qui contredit le calcul direct signale souvent cette erreur de sens.
Unités mélangées. Pour un torseur d'actions mécaniques, la résultante s'exprime en newtons et le moment en newtons-mètres. Il ne faut ni additionner leurs composantes entre elles ni leur attribuer une unité commune.

Pour aller plus loin

Le produit scalaire de la résultante R par le moment MA ne dépend pas du point A. En effet, le terme ajouté lors du transport est un produit vectoriel avec R, donc il est perpendiculaire à R. Cette quantité invariante aide à classer les torseurs.
Lorsque la résultante n'est pas nulle, il existe une droite centrale sur laquelle le moment est parallèle à la résultante et de norme minimale. Si l'invariant est nul, ce moment minimal est nul : le torseur est alors un glisseur.
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